Contes des sages de l’Inde : Contrer la violence

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Le Bouddha enseignait partout où il passait. Or un jour qu’il parlait sur une place de village, un homme vint l’écouter parmi la foule. L’auditeur se mit bientôt à bouillir d’envie et de rage. La sainteté du Bouddha l’exaspérait. N’y pouvant plus tenir, il hurla des insultes. Le Bouddha demeura impassible. L’homme fulminant quitta la place.

Comme il avançait le long des rizières à larges enjambées, sa colère s’apaisait. Déjà le temple de son village grandissait au-dessus des rizières. En lui monta la conscience que sa colère était née de la jalousie et qu’il avait insulté un sage. Il se sentit si mal à l’aise qu’il rebroussa chemin pour présenter des excuses au Bouddha.

Lorsqu’il arriva sur la place où l’enseignement continuait, la foule se poussa pour laisser passer l’homme qui avait insulté le Maître. Les gens incrédules le regardaient revenir. Les regards se croisaient, les coudes étaient poussés pour attirer l’attention des voisins, un murmure suivait ses pas. Lorsqu’il fut suffisamment près, il se prosterna, suppliant le Bouddha de lui pardonner la violence de ses propos et l’indécence de sa pensée. Le Bouddha plein de compassion, vint le relever.

– Je n’ai rien à vous pardonner, je n’ai reçu ni violence ni indécence.

– J’ai pourtant proféré des injures et des grossièretés graves.

– Que faites-vous si quelqu’un vous tend un objet dont vous n’avez pas l’usage ou que vous ne souhaitez pas saisir ?

– Je ne tends pas la main, je ne le prends pas bien sûr.

– Que fait le donateur ?

– Ma foi, que peut-il faire ? Il garde son objet.

– C’est sans doute pourquoi vous semblez souffrir des injures et des grossièretés que vous avez proférées. Quant à moi, rassurez-vous, je n’ai pas été accablé. Cette violence que vous donniez, il n’y avait personne pour la prendre.

Martine Quentric-Séguy dans Contes des sages de l’Inde

Une pièce musicale d’Akasha Experience – The Chain

Se croire et s’aimer

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Elle disait qu’elle aimait tout le monde, que l’amour universel est la seule chose qui compte. Et pourtant, trop aimer en général n’a rien de singulier et cache en fait une forme différente d’indifférence.

Lorsqu’elle parlait, elle commençait avec une histoire qui suscitait la compassion, attendrissant les interlocuteurs pour ensuite parler d’elle, de ce qu’elle faisait, de sa façon de se démarquer, avec des mots subtils, avec des regards de séduction. Elle ajoutait toujours une petite touche évoquant une quête spirituelle afin de s’associer à ce qui est supérieur.

Et au fils des ans, elle brisait des cœurs, des connaissances et des amis s’éloignaient. Le petit manège se répétait, se répétait sans cesse, comme le cycle des saisons où des feuilles mortes disparaissent et de nouvelles tiges se dressent. Et pourtant, elle avait maintenant une bonne réputation et une reconnaissance.

Elle ne voyait pas qu’elle était emprisonnée dans un univers de mots et de comportements qui avaient cette capacité de reproduire invariablement les mêmes résultats, avec des moments d’espoir où elle pensait qu’elle atteindrait son but, et pourtant, tout est toujours à recommencer, et l’auditoire augmente.

Trop souvent, nous bâtissons notre vie sur des croyances, et plus elles sont extraordinaires, plus elles semblent réelles. Nous ne nous méfions pas de la part de peurs, de défenses ou d’indifférence qu’elles véhiculent et qui les maintiennent.

Aimer vraiment, comme le disait Jean-Pierre Ferland, c’est de l’ouvrage…

Une chanson de Jean-Pierre Ferland – L’amour c’est d’l’ouvrage

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