Retour au meilleur des mondes

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La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter.

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L’essence du bel esprit peut devenir la substance même du mensonge. Si élégante et amie de la mémoire qu’elle soit, la concision ne peut jamais, dans la nature des choses, rendre compte de tous les faits composant une situation complexe. Sur un pareil thème, on ne peut être concis que par omission et simplification, deux procédés qui nous aident à comprendre, certes – mais, dans bien des cas, de travers – les formules adroitement tournées de l’abréviateur et non pas l’immense réalité ramifiée dont ces notions ont été abstraites avec tant d’arbitraire.

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Plus on est nombreux, moins on peut se gouverner soi-même. Plus le corps électoral est vaste, moins chaque vote individuel a de valeur.

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Les candidats auxquels il a donné sa voix sont loin au sommet de la pyramide du pouvoir. En théorie ils sont les serviteurs du peuple, mais en pratique ce sont eux qui donnent les ordres et c’est le peuple souverain en bas du grand édifice qui doit obéir.

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La réduction théorique de l’ingouvernable multiplicité à l’unité compréhensible devient la réduction pratique de la diversité humaine à l’uniformité crétinisée, de la liberté à la servitude. En politique, l’équivalent d’une théorie scientifique ou d’un système philosophique parfaitement achevé, c’est une dictature totalitaire.

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Dans des conditions favorables, pratiquement n’importe qui peut être converti à n’importe quoi.

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Il n’existe de valeur qu’en fonction de la vie et de la conscience qu’en prend l’individu, une organisation n’est ni consciente, ni vivante, et sa valeur est celle d’un instrument d’un dérivé. Elle ne saurait être bonne en soi, elle ne l’est que dans la mesure où elle contribue au bien des individus la composant. Lui donner le pas sur les personnes, c’est subordonner la fin aux moyens.

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Aldous Huxley dans Retour au meilleur des mondes

Une pi;ece musciale Gustavo Dudamel : Dvorak – Symphony no. 9 – 4th movement – Allegro con fuoco

Responsable et conscient

ImAGE Mandela

Nous vivons dans une société ou la notion de responsabilité est très importante. D’ailleurs, on nous reconnaît des droits et des devoirs et nous sommes ainsi liés par une sorte d’encadrement légal qui maintient la cohésion sociale. Prenons en exemple les différentes lois qui viennent préciser l’âge pour voter, pour la responsabilité civile, ou pour être admissible dans les bars.

Cet encadrement dans notre société pour le mieux vivre ensemble entraîne des défis d’interprétation et des tensions entre humains. Par exemple, comment déterminer le degré de responsabilité dans la mesure où l’acte peut avoir été commis sous l’influence de stupéfiants, d’alcool, de la colère, ou encore en raison d’une situation familiale ou de couple difficile ? Ces facteurs renvoient au concept de circonstances atténuantes souvent évoqué.

Ou encore, comment puis-je être responsable de ce qui m’est inconnu, dont je ne suis pas conscient ? Ce que j’ignore m’empêche dans les faits d’être conscient de la réelle portée de certains de mes actes. Par exemple, doit-on rendre responsables les médecins qui ont perdu des patients en raison de leur ignorance de l’existence de nouvelles approches thérapeutiques?

Ces questions soulèvent la question qui nous concerne tous. Car comment pourrions-nous vivre ensemble si notre responsabilité est niée sous le sceau de l’inconscience ou l’ignorance. Il serait encore plus triste de se sentir responsable de ce qui nous dépasse, ou pire, de nous sentir irresponsables de tout.

Si nous excluons le conditionnement idéologique ou religieux qui peut parfois amener des individus à se réfugier derrière une apparente bonne conscience pour justifier des guerres, des massacres ou attentats, ce qui relève en fait de la pathologie, il faut reconnaître que le champ de ce dont je n’ai pas conscience est large, et je ne peux être entièrement responsable de ce que je suis et de tout ce que je fais. C’est ici, dans cet espace d’incertitude que naissent mes erreurs de bonne foi, mes expériences ratées.  Dans cet espace, nous nous sentons responsables, mais pas coupables.

L’inconscience ne mène pas directement à l’irresponsabilité. Mais une chose est certaine, une personne qui assume ses responsabilités du mieux qu’elle peut est plus consciente, de soi, des autres, de son environnement, du vivre ensemble. Je parle de responsabilité assumée et non de fonction.

Les personnes responsables sont ouvertes sur le monde extérieur, ils s’en préoccupent. Ils s’engagent dans la vie, posent des questions, manifestent une curiosité, veulent apprendre, comme si elles avaient compris qu’elles étaient les uniques responsables de leur niveau de conscience.

Il est intéressant de constater que ce que nous condamnons chez les personnes qui ont posé un geste répréhensible envers autrui, n’est pas uniquement la responsabilité du geste, mais surtout, cette prise de conscience de l’impact de ce geste, par exemple, le remord, le regret ou le pardon manifesté.

La conscience s’alimente donc des responsabilités assumées. Assumer ses responsabilités peut demander plus de temps, par exemple, je pense aux tâches ménagères, aux relations du vivre ensemble, mais tout comme l’entraînement physique, elles apportent un développement de la personne dont le bénéfice dépasse le temps consacré. La conscience se développe par la vie au quotidien, elle n’est pas une fermeture sur soi. Et mes responsabilités me relient en quelque sorte à toutes les consciences.

Une chanson de Luc De Larochellière – D’état en état

Les paroles sur https://www.boiteachansons.net/Partitions/Luc-De-Larochelliere/D-etat-en-etat.php

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