L’espace de la grande vacuité immuable

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La nature de l’esprit transcende les notions d’existence

Et de non‑existence, d’éternité et de néant :

À cette nature on donne le simple nom d’« espace absolu ».

Cet espace, de lui-même parfaitement pur,

Ce ciel immaculé, vide et lumineux, sans milieu ni pourtour,

Se trouve depuis toujours au cœur de chaque être,

Son « visage » occulté par le voile éphémère des constructions mentales.

Difficile est de mettre fin par la force

À l’enchaînement continuel des pensées,

Mais si, quand elles surviennent, on reconnaît leur nature,

Les pensées n’ont pas d’autre choix

Que de se libérer dans leur propre sphère.

Sans poursuivre les pensées passées

Ni inviter les pensées futures,

Demeure dans l’instant présent, et reconnais

Simplement la nature de ce qui surgit dans ton esprit.

Détends-toi dans la simplicité libre d’intentions et d’attachements.

Bien qu’il n’y ait là rien à « méditer »,

Demeure dans la pleine conscience sans te laisser distraire

En t’habituant, sans rien altérer, à la manière dont les choses se présentent d’elles-mêmes,

La sagesse primordiale, d’elle-même lumineuse, s’élèvera de l’intérieur.

« Comment cela ? » demanderas-tu :

Si tu laisses reposer de l’eau trouble,

Elle deviendra naturellement limpide.

La plupart des autres « méditations »

Ne sont que d’éphémères accalmies de l’esprit.

L’espace de la grande vacuité immuable

Et la simple luminosité de la présence éveillée ininterrompue

Sont depuis toujours indissociables.

Tu dois faire toi-même l’expérience de cette chose essentielle

Qui se trouve en toi : personne ne peut le faire à ta place.

de Nyendrak Loungrik Nyima (19e siècle)

Matthieu Ricard dans Chemins spirituels. Petite anthologie des plus beaux textes tibétains

Une pièce musicale de Lex Van Someren – Buddha