Les irremplaçables

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Tel est le nouvel âge du décervelage: la société de consommation et des « loisirs forcés »; la tutelle des puissances de divertissement. Derrière cette forme de « loisir », il n’y a pas de scholé, pas de lieu propre pour l’homme pour construire son processus d’individuation. « La majorité de ceux qui mènent une vie absurde ne sont pas encore conscients de ce malheur. C’est la vie qu’on les contraint à mener qui les empêche de percevoir qu’elle est absurde. Voilà pourquoi ils ne font rien contre elle. Mieux: même ce qu’ils font à côté de cette vie absurde est quelque chose qu’on fait à leur place, quelque chose qu’on leur livre.

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… puisqu’on les prive de leur autonomie, de la chance de devenir autonomes, ils restent aussi non autonomes pendant leur temps libre. Ils s’acquittent de leur plaisir servilement, tout aussi servilement qu’ils s’acquittent de leur job.

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L’instant à saisir, c’est l’obligation éthique pour l’homme de l’engagement. Il ne suffit pas de l’espérer. Il faut le créer.

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L’allusion au printemps n’est pas neutre dans la mesure où elle évoque la régénérescence. Le printemps est cette saison dont l’allure est celle des matins perpétuels. C’est l’éveil en soi.

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Connaître, c’est se souvenir, au sens aussi où connaître c’est choisir ce que l’on n’oubliera pas.

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L’affectation n’est pas l’attention. Philosopher, ce sera toujours destituer le simulacre. La sophistique n’est qu’une affectation de la mesure. Sa motivation première reste le pouvoir, précisément le « tout en trop » et, si l’on en croit Calliclès, de contourner légalement la loi qui s’est faite le censeur de la nature.

Cynthia Fleury dans Les irremplaçables

Une pièce musicale de Pat Metheny et Toots Thielemans – Always And Forever