Golden Joe

C’est ça la vraie misère, monsieur, c’est l’envie.

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Quel autre mot pour un hasard qui se croyait des droits ? Parce qu’un chromosome qui séjournait en lui m’a donné naissance en s’égarant dans le corps de ma mère, il faudrait que je rende un culte à mon père ?

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Une mère peut-elle dire à son fils que plus tard il souffrira, qu’il aimera sans être aimé, humilié, bafoué, détesté, méprisé, seul, perdu ?… Quelle mère voudra dire à son fils qu’il sortira de la vie comme un vaincu, battu par le temps et détruit par la mort… Y a-t-il une mère qui, lorsqu’elle tient ce petit bout de chair rose contre elle, lorsqu’elle regarde ces grands yeux clairs qui ne voient que depuis quelques jours, y a-t-il une mère qui a le courage d’annoncer l’avenir et son cortège d’horreurs ? Le premier acte d’amour d’une mère est le mensonge.

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On ne tue pas la misère avec la charité. Au contraire ça la fortifie.

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Notre père le Dollar,

Que votre cours soit respecté,

Que votre règne dure.

Donnez-nous aujourd’hui notre vision du jour,

Effacez nos crédits comme nous le réclamons à tous nos débiteurs,

Et délivrez-nous des pauvres.

Amen.

Eric-Emmanuel Schmitt dans Golden Joe

 

Une pieèce musicale de Maurice Ravel – Pavane for Dead Princess