La vie passante

Les anges comme je les sais

n’ont qu’un seul travail

qui est d’arrêter de suspendre

interrompre la vie ordinaire

l’eau courante de la vie

comme on dresse un barrage sur un fleuve

pour avoir un peu plus d’eau d’énergie

Après on peut reprendre poursuivre

après on peut entendre

la bonne nouvelle

de vivre

après seulement

Les anges ne sont pas des personnes

ne sont que des silences

de purs gardiens

si on regarde bien

On ne peut en voir souvent

dans les jardins publics

auprès d’une femme

penchée sur son enfant

ou d’un arbre

incliné sur son ombre

*

Si ce texte est lumineux

ce n’est pas seulement en raison du voisinage

de la mort et de l’encre

de l’espérance et de l’abîme

C’est aussi c’est surtout

par la pensée qu’il nous donne…

Christian Bobin dans La vie passante

Une pièce musicale Mari Samuelsen: Invierno porteno, Astor Piazzolla, Winter in buenos Aires