Un hosanna sans fin 2

Associée à la parole, une catégorie invraisemblable, rigoureuse et changeante, fait son entrée sur la scène : la vérité. Elle est la rigueur même et elle ne cesse de varier dans l’espace et dans le temps. Elle règne sur le monde et sur son savoir et la couronne passe son temps à lui tomber de la tête.

Tous les sentiments, toutes les passions, toutes les vertus apparaissent successivement : le courage, la compassion, la bonté, la justice, la curiosité, l’ambition. Aucune passion, aucune vertu n’était attachée à la vie, aucune n’existait avant la révolution de la pensée.

Quelque chose de plus inouï encore et que la vie ignorait aussi se lève en silence sur le monde pour l’envahir et s’y combattre : le bien et le mal. Il y a du bien et il y a du mal. Nous recherchons le bien et nous fuyons le mal. C’est nous qui décidons – et, souvent, nous nous trompons. Quelque chose de divin et de diabolique s’est installé dans le monde en même temps que la pensée.

Au-delà du bien et du mal, liée étroitement à la mort, une forme aussi puissante, et plus puissante, que toutes les forces physiques et métaphysiques à l’œuvre depuis si longtemps s’empare de nous et nous emporte : l’amour.

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Vivre est une occupation de tous les instants. Une expérience du plus vif intérêt. Une aventure unique. Le plus réussi des romans. Souvent un emmerdement. Trop souvent une souffrance. Parfois, pourquoi pas ? une chance et une grâce. Toujours une surprise et un étonnement à qui il arrive de se changer en stupeur.

Jean d’ Ormesson dans Un hosanna sans fin

Une pièce musicale de Mozart: Symphony No. 40 / Rattle · Berliner Philharmoniker