Archives de la catégorie ‘Pauses lectures

L’aide d’un passeur…   Leave a comment

ImAGE japon cerisiers en fleur

Alors qu’il était mourant, le moine Ninakawa reçut la visite du grand maître zen Ikkyu qui lui proposa de le guider dans cet instant crucial. Le candidat à l’autre monde, d’une voix faible mais ferme répondit:

– Seul je suis venu ici-bas et seul je dois m’en aller. Je ne sais pas quelle aide vous pourriez m’apporter.

– Si vous pensez réellement que vous allez et venez, vous êtes encore dans l’illusion. Vous n’avez donc toujours pas compris la véritable nature de l’esprit.

Le visage de Ninakawa s’illumina d’un paisible sourire et il rendit son dernier souffle.

*

Ma hutte est cachée dans une forêt profonde

Qui chaque année, devient plus impénétrable.

Je n’entends rien des bruits du monde

Sauf, parfois, le chant lointain d’un bûcheron.

Quand le soleil brille, je rapièce ma robe.

Au clair de lune, je lis des poèmes.

Si vous me permettez un conseil:

Ne perdez pas votre vie à courir

Après tant de choses inutiles.

Ryokan (Le voleur et la lune)

*

Pour meubler le silence, et pour prouver qu’il n’était pas un néophyte, l’intellectuel américain continua :

-Sachant que le zen est né en Chine, j’ai cru très longtemps que ce concept du Vide était une influence du taoïsme, mais en découvrant récemment le Prajnaparamita qui est un texte fondateur du Mahayana, et dont les premières versions sont en sanscrit, j’ai compris l’origine proprement bouddhique de cette idée de Vacuité. Notion purement bouddhique, en effet, qui paraît, d’ailleurs, étrangère à l’hindouisme mais…, bredouilla le philosophe, maître, que faites-vous ? Le bol déborde et vous continuez de le remplir ?!

-Eh oui, répondit le moine à son hôte, ce bol déborde tout comme votre esprit. Comment voulez-vous que je puisse y ajouter quelque chose ?

Pascal Fauliot dans Contes des sages du Japon

 

Une pièce musicale de Jean-Pierre Rampal & Lily Laskine – Sakura Sakura

Publié 20 avril 2018 par dandanjean dans Contes, Pauses lectures

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Penser le monde comme un ensemble d’événements   Leave a comment

ImAGE Naxos

On peut penser le monde comme constitué de choses. D’entités. De quelque chose qui est. Qui demeure.

Ou bien on peut penser le monde comme constitué d’événements. D’occurrences. De processus. De quelque chose qui se produit. Qui ne dure pas, qui se transforme continuellement. Qui ne persiste pas dans le temps.

La destruction de la notion de temps par la physique fondamentale implique l’écroulement de la première de ces deux conceptions, non de la seconde. C’est la réalisation de l’omniprésence de l’impermanence, et non de l’immuabilité dans un temps immobile.

Penser le monde comme un ensemble d’événements, de processus, est le mode qui nous permet de mieux le saisir, le comprendre, le décrire. C’est l’unique mode compatible avec la relativité. Le monde n’est pas un ensemble de choses, c’est un ensemble d’événements.

La différence entre les choses et les événements, c’est que les choses perdurent dans le temps. Les événements ont une durée limitée. Le prototype d’une chose est une pierre : nous pouvons nous demander où elle sera demain. Tandis qu’un baiser est un événement. Se demander où se trouvera le baiser demain n’a pas de sens. Le monde est fait de réseaux de baisers, pas de pierres.

Carlo Rovelli dans L’ordre du temps

Une pièce musicale de Pat Metheny avec Charlie Haden – Cinema Paradiso

Publié 19 avril 2018 par dandanjean dans Pauses lectures

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La diversité et ses forces pour l’humanité   Leave a comment

ImAGe mains couleurs

On refuse d’admettre le fait-même de la diversité culturelle; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit.

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La diversité des cultures humaines ne doit pas nous inviter à une observation morcelante ou morcelée. Elle est moins fonction de l’isolement des groupes que des relations qui les unissent.

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Le barbare c’est d’abord celui qui croit en la barbarie

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Les tentatives faites pour connaître la richesse et l’originalité des cultures humaines, et pour les réduire à l’état de répliques inégalement arriérées de la civilisation occidentale, se heurtent à une autre difficulté, qui est beaucoup plus profonde : en gros (et exception faite de l’Amérique, sur laquelle nous allons revenir), toutes les sociétés humaines ont derrière elles un passé qui est approximativement du même ordre de grandeur. Pour traiter certaines sociétés comme des « étapes » du développement de certaines autres, il faudrait admettre qu’alors que, pour ces dernières, il se passait quelque chose, pour celles-là il ne se passait rien – ou fort peu de choses. Et en effet, on parle volontiers des « peuples sans histoire » (pour dire parfois que ce sont les plus heureux). Cette formule elliptique signifie seulement que leur histoire est et restera inconnue, mais non qu’elle n’existe pas. Pendant des dizaines et même des centaines de millénaires, là-bas aussi, il y a eu des hommes qui ont aimé, haï, souffert, inventé, combattu. En vérité, il n’existe pas de peuples enfants ; tous sont adultes, même ceux qui n’ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence.

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L’humanité est constamment aux prises avec deux processus contradictoires dont l’un tend à instaurer l’unification, tandis que l’autre vise à maintenir ou à rétablir la diversification.

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L’exclusive fatalité, l’unique tare qui puissent affliger un groupe humain et l’empêcher de réaliser pleinement sa nature, c’est d’être seul.

 

Claude Lévi-Strauss dans Race et histoire

Une pièce musicale Zbigniew Preisner – Song For The Unification Of Europe

Vers l’intériorité citoyenne   Leave a comment

confiance

Quelques signes extérieurs de paix intérieure :

– tendance à dédramatiser les circonstances, faire confiance

– capacité de se sentir intensément vivant en toutes circonstances

– développement de l’écoute et de la compassion, et profond respect pour toute chose vivante.

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L’émerveillement du simple fait d’être, d’appartenir à la vie, cette seule absorption dans la conscience de la merveille, voilà finalement ce qui comble, guérit, transforme ; voilà ce que cherchent les humains.

La conscience planétaire ne peut émerger qu’en dépassant les dualismes et les séparations qui cloisonnent et divisent le monde : l’homme et la nature font un, le corps et l’âme font un, et, au-delà du bien et du mal, il y a quelque chose qui nous rassemble.

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Notre culture nous tire hors de nous, elle nous incite à faire plutôt qu’à être.

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Sortons dans l’ENFER-mement et entrons dans l’OUVERT-ure.

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En tant qu’êtres humains, nous nous retrouvons très souvent pris au piège de nombreuses habitudes néfastes :

– nous sommes très dépendants de l’extériorité

– nous sommes prisonniers de l’immédiateté et de la vision à très court terme

– nous sommes automatisés dans le processus d’action-réaction qui mène aux relations de pouvoir et non de synergie

– nous favorisons la pensée binaire qui amène la division intérieure

– nous sommes empêtrés dans notre passé.

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Celui qui n’a pas reconnu que la vie est incessante métamorphose n’aura pas sa part du miracle.

Thomas d’Ansembourg dans Qui fuis-je ? Où cours-tu ? A quoi servons-nous ? : Vers l’intériorité citoyenne

Une chanson de Nina Simone – Wild Is The Wind

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/298978.html

Publié 17 avril 2018 par dandanjean dans Pauses lectures

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La loi de la jungle, c’est aussi la loi de l’entraide   2 comments

Le biologiste Pablo Servigne présente les grandes lignes du livre qu’il a coécrit avec Gauthier Chapelle, l’Entraide L’autre loi de la jungle.

Il met en lumière une perspective ou la science peut démontrer au contraire l’importance de l’entraide chez les plantes, les animaux… et les hommes.

 

Publié 17 avril 2018 par dandanjean dans Débats à partager, Pauses lectures

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La souplesse du dragon   Leave a comment

Bonheur bleu

Les caractères n’ont pas de sens, ils ont une surface. N’étant pas enfermés dans un carcan grammatical, ils jouissent d’une souplesse d’interprétation dont rêveraient les mots de toutes les autres langues.

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Les mots sont les outils avec lesquels on pense, et l’on pense différemment selon qu’on écrit avec des mots formés de signes dénués de sens et placés les uns à la suite des autres (les lettres) ou avec des idéogrammes constitués de dessins schématiques disposés de façon à tenir chacun dans un espace identique.

Le raisonnement analytique, ce fondement de la vertu occidentale qui nous a donné la science et la philosophie, doit beaucoup à notre façon d’écrire. Il nous semble évident que tout le réel, les objets physiques, le corps humain, le fonctionnement des entreprises, puisse être ramené à un nombre restreint de composants élémentaires pour être analysés, puisqu’il en est ainsi de tous les mots avec lesquels nous pensons.

Rien de tel en chinois. On l’a vu, on ne peut pas épeler un idéogramme, c’est un tout, un agrégat dont la constitution est souvent rétive à notre forme usuelle d’analyse.

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Les Chinois n’ont pas de prénom, ils ont un « post-nom ». Or la manière dont on énonce sa propre individualité n’est pas un acte anodin, mais un signe culturel profondément emblématique des choix d’une civilisation. Dans le monde indo-européen, chacun se désigne d’abord par son prénom suivi de son nom de famille, marquant ainsi le primat culturel de l’individu sur l’appartenance familiale. En Chine la perspective est différente. Lorsqu’on décline son identité, on commence toujours par indiquer le nom de son clan suivi de son appellation individuelle.

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Feindre d’ignorer, ne pas souligner les fautes ou les défaillances d’autrui, c’est rendre la vie plus facile à soi-même et aux autres.

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Dans la Chine antique, l’inventeur n’est pas forcément bien vu, parce que la nouveauté qu’il apporte remet en question l’harmonie préétablie. Aussi les découvreurs chinois ont-ils pris l’habitude de se protéger en attribuant leurs inventions à quelques personnages légendaires.

Cyrille J.-D. Javary dans La souplesse du dragon : Les fondamentaux de la culture chinoise

Une pièce musicale d’Eric Aron – Suzhou

Publié 16 avril 2018 par dandanjean dans Pauses lectures

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La musique du coeur   Leave a comment

 

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C’est le secret de la musique qu’elle n’exige que notre âme, mais qu’elle la veuille toute entière. Elle ne demande ni intelligence, ni culture par delà toutes langues, toutes sciences, sous des formes ambivalentes mais évidentes en dernière analyse, elle représente l’âme de l’homme.

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Comme la danse et comme tout exercice artistique, la musique a été dans les temps préhistoriques un art magique, un des vieux et légitimes moyens de la magie.

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Plus la musique devient bruyante, plus les hommes deviennent mélancoliques, plus le pays est en danger.

Hermann Hesse dans Musique

Qui veut devenir ce qu’il devrait être doit laisser ce qu’il est maintenant.

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Ce qui est premier dans l’intention vient en dernier dans l’oeuvre, comme le toit d’une maison vient en dernier.

Maître Eckhart dans Aphorismes et légendes

Méditer sur le verbe, secrètement, pour le salut de l’âme et l’honneur de l’esprit, est devenu, avec la fin des temps, d’une nécessité absolue. Quand tout le monde triche, il n’est ni beau, ni grand, ni héroïque d’être honnête : c’est seulement indispensable pour la sauvegarde de l’honnêteté.

Armel Guerne dans Le Verbe nu : Méditation pour la fin des temps

La parole est un prétexte: ce qui attire l’homme vers l’homme c’est l’affinité qui les lie, et non la parole.

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Ta tâche n’est pas de chercher l’amour, mais simplement de chercher et trouver tous les obstacles que tu as construits contre l’amour

Le livre du dedans : Fîhi-mâ-fîhi  de Djalâl-od-Dîn Rûmî

Une pièce musicale de Richard Strauss – Also sprach zarathustra

 

Publié 15 avril 2018 par dandanjean dans Pauses lectures

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