Journal extime

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J’ai compris ce qu’est l’obscurité, dit l’aveugle. C’est quand tu ne me touches plus.

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Pour vivre à deux, il importe plus de bien dormir que de coucher ensemble.

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Avoir, comme on dit, « un pied dans la tombe », ce n’est pas être malade, c’est avoir enterré la moitié de ceux qu’on aime.

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Exiger toute la vérité, c’est faire preuve d’une présomption infinie. C’est en réalité se prendre pour Dieu. Car c’est supposer qu’on est capable de supporter toute la vérité sans faiblir, sans réagir de façon désordonnée, injuste, voire criminelle ou suicidaire. Ce qui est au-dessus des facultés humaines. Mais comment avoir la sagesse de dire : « Ne me donnez que la quantité et la qualité de vérité que je mérite » ?

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La pauvreté d’un peuple se mesure à la splendeur de ses fêtes. Inversement l’élévation progressive du niveau de vie s’accompagne d’un dépérissement progressif des festivités.

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Le temps détruit tout. Tout ce que nous aimons. Tous ceux que nous aimons. Mais reconnaissons-lui le mérite de détruire aussi tout ce et tous ceux que nous détestons et qui nous détestent.

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En voyage, j’observe toujours avec fascination certaines maisons inconnues. C’est qu’une maison contient toujours un programme de vie- heureuse ou malheureuse. C’est une possibilité et par là même une invitation. Pourquoi ne pas vivre là ? toute maison est hantée par un passé obscur et un avenir radieux- ou l’inverse.

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A nos âges, le passé est un abîme béant où il est mortellement doux de se laisser glisser.

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Découvrir inventer créer, il y a une affinité profonde entre ces trois démarches.

Michel Tournier dans Journal extime

Une pièce musicale One day We Had Today

Le livre du constant désir

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Il va survenir très bientôt.

Le grand événement qui mettra fin à l’horreur.

Qui va mettre fin au malheur.

Mardi prochain, au coucher du soleil, je vais jouer la Sonate à la lune à l’envers.

Ça va renverser les effets de la folle plongée du monde dans la souffrance depuis les derniers deux cents millions d’années.

Quelle jolie nuit ce sera.

Quel soupir de soulagement, quand les rouges-gorges séniles redeviendront rouge clair comme avant, et que les rossignols à la retraite relèveront leurs queues poussiéreuses, et témoigneront de la majesté de la création!

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J’ai travaillé à mon travail

J’ai dormi à mon sommeil

Je suis mort à ma mort

Et maintenant je peux m’en aller

Quitter ce qui est nécessité

Et laisser ce qui est plein

Besoin en l’Esprit

Et besoin dans le trou

Amour, je suis tien

Comme je l’ai toujours été

De la moelle au pore

Du constant désir à la peau

Maintenant que ma mission

Arrive à sa fin :

Priez que je sois pardonné

Pour la vie que j’ai menée

J’ai poursuivi le Corps

Il m’a pourchassé aussi

Mon constant désir est un lieu

Mon mourir une voile

*

Nous sommes fatigués d’être blancs et nous sommes fatigués d’être noirs, et nous allons cesser d’être blancs et nous allons cesser dorénavant d’être noirs. Nous allons être des voix maintenant, des voix désincarnées dans le ciel bleu, des harmonies plaisantes dans les cavités de votre détresse. Et nous allons être ainsi jusqu’à ce que vous vous preniez en mains, jusqu’à ce que vos souffrances s’apaisent, et que vous puissiez croire à la parole de Dieu qui vous a dit de tant de façons de vous aimer les uns les autres, ou à tout le moins de ne pas torturer et assassiner au nom de quelque stupide idée à vomir et qui fait que Dieu se détourne de vous, en assombrissant le cosmos d’une inconcevable tristesse. Nous sommes fatigués d’être blancs et nous sommes fatigués d’être noirs, et nous allons cesser d’être blancs et nous allons cesser dorénavant d’être noirs.

Leonard Cohen dans Le livre du constant désir

Une pièce musicale de Leonard Cohen – Dance Me To The End Of Love

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/248155-leonard-cohen-dance-me-to-the-end-of-love.html

 

Le manuscrit retrouvé

Bible

Règles de la communauté :

– Respecte ceux qui ont grandi et appris avec toi.

– Respecte ceux qui ont enseigné. Quand le jour viendra, raconte tes histoires et enseigne, ainsi la communauté continuera à exister et les traditions demeureront.

– Seul est aimé et respecté celui qui s’aime et se respecte

– N’essaie pas de plaire à tout le monde, ou bien tu perdras le respect de tous.

– Cherche tes alliés et tes amis parmi ceux qui sont convaincus par ce qu’ils font et ce qu’ils sont.

– L’amitié est un acte de foi en l’autre, et non un acte de renoncement.

– Ne cherche pas à être aimé à tout prix, parce que l’Amour n’a pas de prix

– Évite ceux qui se jugent plus forts. Parce qu’en réalité ils cachent leur propre fragilité.

– Évite ceux qui parlent beaucoup avant d’agir, ceux qui n’ont jamais fait un pas sans avoir la certitude qu’ils seraient respectés pour cela.

L’amitié a les qualités d’un fleuve qui contourne les rochers, s’adapte aux vallées et aux montagnes, se transforme parfois en lac jusqu’à ce que la dépression soit remplie et qu’il puisse poursuivre son chemin.

De même que le fleuve n’oublie pas que son but est la mer, l’amitié n’oublie pas que sa seule raison d’exister, c’est de faire preuve d’amour envers les autres.

– Associe-toi à ceux qui chantent, racontent des histoires, profitent de la vie et ont la joie dans les yeux. Parce que la joie est contagieuse et découvre toujours une solution là où la logique n’a trouvé qu’une explication pour une erreur.

– Associe-toi à ceux qui laissent la lumière de l’Amour se manifeste sans-restrictions, sans jugements, sans récompenses, sans qu’elle ne soit jamais bloquée par la peur d’être incomprise.

– Peu importe comment tu te sentiras, tous les matins lève-toi et prépare-toi à diffuser sa lumière. Ceux qui ne sont pas aveugle la verront briller et en seront enchantés.

Paolo Coelho dans Le manuscrit retrouvé

Une pièce musicale Peter Gabriel – The Book of Love

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/270392.html

Khalil Gibran et Les Ailes brisées

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Maintenant je sais qu’il existe quelque chose de plus haut que le ciel, de plus profond que l’océan, de plus prodigieux que la vie, que la mort et que le temps.

Je sais maintenant ce que j’ignorais auparavant.

Il y a des choses plus grandes et plus pures que celles que prononce la bouche. Le silence illumine nos âmes, murmure à nos cœurs et les rassemble. Le silence nous sépare de nous-même, nous fait naviguer dans le firmament de l’esprit et nous rapproche du ciel.

Toute beauté – Toute grandeur en ce monde naît d’une simple pensée ou d’une simple émotion en un homme.

Tout ce que nous voyons aujourd’hui, accompli par les générations passées, était, avant de se manifester, une pensée dans l’esprit d’un homme ou une impulsion dans le cœur d’une femme.

Une pensée vous vient au milieu de la nuit, et elle peut vous emporter vers la gloire ou vous mener vers l’asile.

Un regard dans les yeux d’une femme peut faire de vous l’homme le plus heureux du monde.

Il est faux de croire que l’Amour naît d’une longue compagnie et d’une cour assidue. L’Amour est le rejeton d’une affinité spirituelle, et si celle-ci ne se crée pas en un moment, elle ne se créera ni pendant des années, ni même pendant des générations.

Le cœur d’une femme ne change pas avec le temps ou la saison. Même s’il agonise sans arrêt, il ne périra jamais. Le cœur d’une femme est comme un champ transformé en champ de bataille. Après que les arbres aient été déracinés et l’herbe brûlée, après que les rochers aient été rougis de sang et que la terre soit parsemée d’os et de crânes, il redevient calme et silencieux comme si rien ne s’était passé. Car le printemps et l’automne viennent à leur tour et reprennent leur travail.

Khalil Gibran dans Les Ailes brisées 

Une pièce musicale de Leonard Cohen – Lover, Lover, Lover

Les paroles en français sur https://greatsong.net/TRADUCTION-LEONARD-COHEN,LOVER-LOVER-LOVER,54470.html

Le Cosmos et le lotus

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L’effort spirituel doit aboutir à une transformation profonde de notre manière de percevoir le monde et d’agir sur lui. Il ne suffit pas de savoir, comme dans le cas d’un physicien quantique, qu’il existe une interdépendance entre l’observateur et l’observé, que notre conscience ne peut être isolée de la réalité globale du monde des phénomènes, encore faut-il reconnaître par l’expérience personnelle que notre conscience fait partie de cette globalité. Notre esprit doit assimiler les implications de cette découverte, et notre vie doit s’en trouver transformée. Le pratiquant accompli du bouddhisme sait que la réalisation vécue de l’interdépendance se traduit par une compassion irrésistible envers tous les êtres – une compassion qui modifie son existence jusque dans sa fibre la plus intime. Passer ainsi d’une connaissance théorique, qui risque de n’avoir que des effets virtuels, à l’expérience directe est la clé de l’éthique.

Lorsque l’éthique est le reflet de nos qualités intérieures et guide notre comportement, elle s’exprime naturellement dans nos pensées, nos paroles et nos actes, et devient source d’inspiration pour les autres. L’éthique est donc fondée sur une adéquation profonde entre la théorie et le vécu. Comment arriver à une telle adéquation ? De façon graduelle. Nous commençons par l’écoute et l’étude, nous poursuivons par la réflexion intellectuelle pour culminer dans l’intégration en notre être, grâce à la méditation, d’une nouvelle perception des choses et d’un nouveau comportement. Méditer veut dire, en l’occurrence, se familiariser avec cette nouvelle perception du monde. De la compréhension naît la méditation, laquelle s’exprime en actes. On passe ainsi sans discontinuité de la connaissance à la réalisation intérieure, puis à l’éthique vécue.

Notre société produit peu de sages. Elle crée certes des comités d’éthique constitués de grands penseurs, mais en Occident, les critères de sélection des membres des « comités de sages » reposent surtout sur leurs réalisations professionnelles, au détriment des qualités humaines. Or il est clair qu’un véritable sage doit l’être à la fois par l’esprit et par le cœur.

Trinh Xuan Thuan dans Le Cosmos et le lotus

Une pièce musicale de Secret Garden – Lotus

Le Jeu du Visage

Une information extérieure ou de seconde main est inutile quand il s’agit de la question cruciale de son propre éveil. Il ne sert à rien de se fier aux ouï-dire, à des livres, si sacrés soient-ils, à des enseignants si respectés soient-ils, à des amis si sensibles et sincères soient-ils. Même l’observation de première main, une fois passée dans la mémoire, ne sert à rien.

Seule une vérification immédiate, ici et maintenant, résoudra la question indubitablement.

Et quand je regarde, je vois, en ce moment même et ici, ce Vide non-duel, lucide, simple qui ne peut jamais être amélioré, gagné ou réalisé.

L’éveil ne s’est jamais produit.

Simplement il est, et on ne peut pas lui échapper.

Douglas Harding dans Le Jeu du Visage

Une pièce musicale de Evelyn Stein – Quiet Resource

François Cheng et Le Dit de Tianyi

A partir de la naissance, chaque visage est façonné par toute une vie de désirs refoulés, de tourments cachés, de mensonges entretenus, de cris contenus, de sanglots ravalés, de chagrins niés, d’orgueil blessé, de serments reniés, de vengeances caressées, de colères rentrées, de hontes bues, de fous rires réprimés, de monologues interrompus, de confidences trahies, de plaisirs trop vite survenus, d’extases trop vite évanouies. Chaque ride en porte la marque aussi sûrement que les anneaux d’un arbre. C’est tout cela que le visage révèle de la personne, à son insu, malgré l’effort surhumain qu’elle déploie quotidiennement pour le cacher.

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Le jour de mon départ, le maître m’accompagna jusqu’à la croisée des chemins. Il s’arrêta et dit :  » Ce que je pouvais te donner de mieux, je te l’ai donné. A partir de maintenant, suis la Voie, la tienne, et oublie-moi. Ne prends pas la peine de m’écrire. De tout façon, je ne répondrai pas. Je m’en irai d’ailleurs bientôt. » Ces paroles, dures à entendre, furent dites non sur un ton sévère, mais avec une douceur paisible dont tout son visage était illuminé, un visage comme transfiguré. Puis le vieillard se retourna et s’en alla en direction de son ermitage. Sa robe flottait au vent, et son pas était léger.

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Un jour, pour exprimer la terre qui m’a nourri, je serai peintre ; inévitablement je rencontrerai la peinture occidentale. Je saurai entrer dans l’intimité d’un Gauguin et d’un Monet, d’un Rembrandt et d’un Vermeer, d’un Giorgione et d’un Tintoret, tous ces grands maîtres qui ont exalté la forme pat la couleur.

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En somme, il n’y a pas d’espace ni de temps, seulement un être vivant qui se meut, et l’espace-temps naît avec lui.

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Avant son départ, il inscrivit sur mon petit carnet de souvenirs un ver en anglais tiré d’un poème de Longfellow : « La vie est brève : l’art seul est durable ».

François Cheng dans Le Dit de Tianyi

Une pièce musicale d’Enno Aare – Water Ripples