Un fluide insaisissable coule d’une génération à l’autre

ImAGE Arbre humain

Un fluide insaisissable coule d’une génération à l’autre.

Lorsque nous développons nos antennes et apprenons à déceler partout la trace d’autres passants, d’autres humains vivants ou morts, alors notre façon d’être au monde se dilate et s’agrandit.

Je suis le témoin de la scène suivante :

Un ami de longue date, Richard Baker Roshi, héritier dharma de Suzuki Roshi, et sa fille de trois ans sont installés à la table du petit déjeuner chez nous. Sophie commence avec son couteau à rayer la table. Et grâce à ce geste qui ne m’as guère enchantée, voilà que j’assiste à une leçon de transmission.

Le père arrête avec douceur la petite main.

Halte, Sophie, à qui est cette table ?

Alors la petite fille boudeuse :

Je sais ! A Christiane.

– Non, mais avant Christiane !… Elle est ancienne cette table, n’est-ce pas ? D’autres ont déjeuné là…

– Oui, les parents, les grands-parents, les….

– … Mais ce n’est pas tout !…. Avant encore ?…

Elle a appartenu à l’ébéniste qui en avait acquis le bois. Mais d’où venait-il ce bois ?… Oui, d’un arbre qu’avait abattu le bûcheron… mais l’arbre, à qui appartenait-il ?… A la forêt qui l’a protégé… Oui… et à la terre qui l’a nourri… à l’air, à la lumière, à l’univers entier… !

… Et puis, Sophie, elle appartient à d’autres… la table… à ceux qui ne sont pas encore nés et qui viendront après nous… ici même quand nous seront partis et quand nous serons morts.

Un cercle après l’autre se forme, comme après le jet d’une pierre dans un étang.

Et les yeux de Sophie aussi s’agrandissent, se dilatent.

L’hommage aux origines. Ainsi commence tout processus d’humanisation

Christiane Singer dans N’oublie pas les chevaux écumants du passé

Une pièce musicale de Mes Aïeux – Dégénérations

Les paroles sur https://laboiteauxparoles.com/titre/8110/mes-aieux-degenerations

Arnaud Desjardins: Textes et témoignages inédits

Arnaud Desjardins Arbre

J’ai été ce que j’ai été. Vu le nombre de conditions, de circonstances, de chaînes de causes à effets, de jeux d’action et de réaction à l’œuvre, je ne pouvais pas être autre que ce que j’ai été. Les reproches, la culpabilité sont une forme de mensonge, de refus de la vérité ou de la réalité relative telle qu’elle est.

Et aujourd’hui, de même, je suis ce que je suis. C’est seulement à partir de cette si difficile réconciliation pleine et entière avec soi-même que la croissance intérieure peut commencer. Il n’y a pas de technique yogique de méditation, de jeûne, d’ascèse, même difficile, qui puisse être fructueuse sur la base d’un refus de soi-même. Or trop souvent, l’engagement dans la démarche spirituelle se met au service de ce reniement.

*

C’est forcément une impasse.

Pour illustrer la réconciliation de l’un et du multiple, il emploie cette très belle image :

 » Nous pouvons aspirer à une communion qui irait jusqu’à la découverte qu’un fondement unique sous-tend le monde multiple, que nous sommes tous les vagues d’un même océan. « 

Chacun a son autonomie, chacun est lui-même, chacun est une vague, mais une vague d’un même océan. C’est une métaphore qui est utilisée fréquemment lorsqu’on veut signifier que nous participons tous de la même conscience.

La conscience est une comme l’océan, mais n’empêche qu’il y a des vagues, des vaguelettes, des lames de fond qui peuvent se prendre pour des manifestations uniques et qui ne sont pas associées à la grande manifestation de l’océan…

Arnaud Desjardins dans Arnaud Desjardins: Textes et témoignages inédits

Une pièce musicale de Turkish Ney Music: Your Love is My Cure

L’amour et ses chemins

ImAGE fusion

Changer n’est pas devenir quelqu’un d’autre, mais devenir ce que l’on est….

Et l’accepter.

*

Celui qui aime a des étoiles dans les yeux. De vraies étoiles qui ne sont pas le reflet de celles du ciel, Mais la manifestation de celles qu’il porte dans son cœur.

*

L’amour même s’il ne le sait pas, est toujours dépendant de la relation sur laquelle il se greffe. Relation qui va le nourrir, le dynamiser ou le stériliser et le meurtrir.

*

Quand on veut bien se donner la peine de regarder quelqu’un de le prendre dans ses bras, de respirer doucement, d’écouter comment son cœur bat, comment la vie circule en lui, on entend alors beaucoup de choses silencieuses.

*

Avant de rassurer, peut-être faut-il comprendre

Avant de comprendre peut-être faut-il entendre

Avant d’entendre peut-être faut-il écouter

Et avant d’écouter …… se décentrer

*

Parfois nul n’est plus sourd que celui qui entend, surtout quand il s’agit d’écouter l’essentiel.

*

Se transformer en victime est pour certain une activité à temps plein, qui ne laisse aucune place au respect de soi.

*

Tu es seul responsable non de ce qu’on t’a fait, mais de ce que toi tu vas faire avec ce qui t’est arrivé.

Jacques Salomé et Catherine Enjolet dans L’amour et ses chemins

Une pièce musicale Pavarotti & Friends 2003 – One

Les escarpins du cordonnier

Le-conteur-philosophe

À la fin de cette fable, une de nos compagnes demanda : – Maître, qu’est-ce qu’un don véritable?

Un roi voulait à tout prix marier sa fille, mais celle-ci refusait les beaux partis qu’il lui présentait, car elle aimait en secret un petit cordonnier. Au bout de quelque temps, son père fut à bout de colère. Il l’obligea à se décider avant Pâques, sinon ce serait lui qui choisirait.

La princesse proposa alors un marché. Elle se marierait avec le prétendant qui lui ferait le plus beau cadeau. Son père fut très étonné. Il ne savait pas sa fille aussi attachée aux choses matérielles, mais il accepta devant toute la cour cette sage décision

L’annonce fut alors proclamée et tous les prétendants se présentèrent au palais avec des cadeaux plus somptueux les uns que les autres: chevaux chamarrés et empanachés de rubans, rivières de diamants, soies des Indes, verres de Murano, diadèmes incrustés de pierreries, perroquets parlant latin… Bref! Tout ce qu’on peut imaginer de plus luxueux lorsqu’on est prince, archiduc ou marquis. Quant au petit cordonnier, il fut la risée de tous lorsqu’il lui porta de merveilleux escarpins de cuir qu’il avait fabriqués. Pourtant, ce fut lui qu’elle choisit.

Et le roi eut beau tempêter, la fine mouche lui prouva que seul ce cadeau était recevable, car le cordonnier l’avait fait de ses mains. C’était cela FAIRE un cadeau, et non se contenter de sortir quelques deniers de sa bourse ! Le roi comprit que sa fille l’avait berné, mais, devant toute sa cour réunie, il ne put pas revenir sur sa parole. Alors il oublia sa colère et finit par se féliciter d’avoir mis au monde une enfant aussi pleine de sagesse. Avec un tel caractère, l’avenir de son royaume était assuré !

Michel Piquemal dans Le conteur philosophe

Une pièce musicale de The John Renbourn Group – My Johnny Was A Shoemaker

Satprem et La genèse du surhomme

étoiles déraillent...

Il laisse la coulée l’emplir, la petite vibration claire qui continue et continue et semble couler sans trêve, comme une petite chanson sourde qui l’accompagne, comme un rythme qui monte et va sans fin, comme deux ailes d’oiseau légères qui battent par son azur intime et le portent partout et font comme une douceur de vue tranquille, comme si la vie s’éloignait, s’élargissait, s’enfonçait dans un infini clair où vibre seulement ce rythme, seulement cette cadence douce, et légère et transparente. Et tout commence à devenir extraordinairement simple.

*

Les Secrets sont simples.

Parce que la Vérité est simple, c’est la plus simple chose au monde, c’est pourquoi nous ne la voyons pas. Il n’y a qu’une Chose au monde, et pas deux, comme les physiciens, les mathématiciens ont commencé de le percevoir, et comme l’enfant qui sourit à la vague le sait bien, sur une grande plage où la même écume semble rouler du fond des temps, et rejoindre un grand rythme qui monte d’une vieille mémoire, qui fond les jours et les peines dans une unique histoire, si vieille qu’elle est comme une présence inaltérable, si vaste qu’elle accroche même son immensité à l’aile d’une mouette.

Et tout est contenu dans une seconde, la totalité des âges et des âmes, dans un simple point qui brille un instant sur la folle écume. Mais ce point là, nous l’avons perdu, et ce sourire, et cette seconde qui chante.

Alors, nous avons voulu reconstruire cette Unité par une somme : 1+1+1… Comme nos ordinateurs, comme si la collection de tous les savoirs possibles sur tous les points possibles finirait par nous rendre la note juste, l’unique note qui fait chanter, mouvoir les mondes, et le cœur d’un enfant oublié. Cette simplicité, nous avons voulu la manufacturer pour toutes les bourses, et plus nos boutons savants se multipliaient, simplifiaient la vie, plus l’oiseau s’envolait, et le sourire, même la belle écume est polluée par nos calculs. Nous ne savons même pas très bien si nos corps nous appartiennent… elle a tout mangé, la belle Machine.

Satprem dans La genèse du surhomme : Essai d’évolution expérimentale

Une pièce musicale d’Armand Amar- Life

 

Khalil Gibran et les Enfants du Prophète

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Si l’amour vous en juge dignes, lui-même guidera votre cœur.

L’amour n’a d’autre désir que de s’accomplir.

Mais si vous aimez et devez éprouver des désirs, faites que ces désirs soient les vôtres :

Fondre en un ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.

Éprouver la douleur d’un débordement de tendresse.

Être blessé par votre propre compréhension de l’amour.

Et en laisser couler le sang joyeusement.

*

Lorsque l’amour vous fait signe, suivez-le, bien que ses chemins soient abrupts et escarpés.

Et quand ses ailes vous enveloppent, livrez-vous à lui, malgré l’épée cachée dans son plumage qui pourrait vous blesser.

Et s’il vous adresse la parole, croyez en lui, même si sa voix fracasse vos rêves, comme le vent du nord dévaste les jardins.

Car autant l’amour peut vous couronner, autant il peut vous crucifier. Alors même qu’il vous aide à croître, il vous pousse à vous élaguer.

Alors même qu’il s’élève au plus haut de vous-mêmes et caresse les plus tendres de vos branches qui ondoient au soleil, il s’enfonce au plus profond de vos racines pour les ébranler dans leurs attaches à la terre.

Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en vous serrant contre lui.

*

Nombreux sont les aigles qui descendent de l’air supérieur pour vivre avec les taupes afin de connaître les secrets de la terre. Il y a ceux qui renoncent au royaume des rêves afin de ne pas sembler distants de ceux qui ne rêvent pas. Et ceux qui renoncent au royaume de la nudité, en couvrant leurs âmes, afin que les autres ne soient pas intimidés en voyant la vérité non couverte et la beauté non voilée. Et plus extraordinaire encore que tous ceux-là est celui qui renonce au royaume de la tristesse pour ne pas paraître fier et orgueilleux.

Khalil Gibran dans Enfants du Prophète

Une pièce musicale de Sufi Music (Sukun)

 

Retrouver l’amour à la lumière des contes

ImAGE Chemin des livres

Il existe sur Terre un lieu secret que nul voyageur ne trouvera en se dirigeant vers l’est, encore moins vers l’ouest, le sud, ou le nord. Il est commun à toute la Terre et à l’Humanité. Seul, un besoin ardent et désintéressé permet de découvrir ce jardin où croissent tous les arbres du monde. Ils sont couverts de fruits aux saveurs oubliées, qui redonnent la mémoire et la jeunesse à ceux qui l’ont perdue. Les jaunes, rouges, bleus, violets, turquoise de toutes les fleurs de la création s’assemblent en tapis chatoyants et parfumés entre les grands troncs élancés, au pied des buissons odorants, au détour des sentiers.

D’une petite éminence au milieu des arbres, on aperçoit quelques dunes de sable d’or. Plus loin, le scintillement éblouissant de la mer laisse entrevoir les êtres étincelants qui la peuplent, et son horizon infini appelle les âmes à s’éveiller.

Au centre coule le clair ruisseau de l’immémoriale parole humaine. Il est né du Mythe de la Lumière que nos ancêtres très lointains ont créé pour ne pas sombrer dans l’ombre grandissante, pour se rappeler leur origine divine. L’eau fraîche et pure de ce ruisseau ne se trouble jamais, car l’éternité est son lit, et seules les paroles nourricières y subsistent.

Sous chaque arbre se trouve un conteur enturbanné, emplumé, chapeauté, jeune ou vieux, parfois édenté. Ils ont en commun les yeux brillants des merveilles que leur voix déroule.

Il est aussi des endroits plus sombres, venteux et inquiétants, où sont racontés les grands tourments et les abysses de l’âme. Leurs conteurs ont la vocation des grands tragédiens antiques : purifier l’âme et le cœur des auditeurs par la contemplation de toutes les passions humaines.

Sous un chêne majestueux se tiennent Jakob et Wilhelm Grimm avec leurs recueils de contes, leur dictionnaire de la langue allemande. Ils sont entourés de ceux qui leur ont confié leur savoir oral traditionnel.

Un chemin perdu mène à la cabane d’une femme et de son mari.

Leur dénuement était grand et tous les soirs, l’homme battait sa compagne. Un jour, une nouvelle vie fit son apparition dans les entrailles de la femme. Une grande fierté emplit son cœur, et lorsque l’homme revint, elle se mit à lui raconter quelque chose encore… et encore, et encore, jusqu’à ce que son compagnon s’endorme dans ses bras, les yeux pleins d’étoiles. Pendant neuf mois, elle protégea ainsi la vie balbutiante de son ventre, et l’homme de sa propre violence. Elle devint mère d’un nouvel habitant de la terre, en même temps que celle des contes.

Dans ce même jardin, dans la profondeur d’une forêt de palmiers, resplendit le palais de Schéhérazade, fille du vizir du roi Schariar. Sa parole enchanteresse calma elle aussi la fureur meurtrière du roi, son mari : trompé par sa femme, il ne gardait ses belles de nuit que jusqu’à l’aube, moment où il les confiait au bourreau. L’intelligence, le charme et le courage de Schéhérazade guérirent la malédiction.

La parole des conteurs, comme le chant des oiseaux, protège la vie et apporte la guérison, cette guérison dont tous les êtres ont besoin.

Hélène Marguerite Contesse dans Guérir le yin et le yang et retrouver l’amour à la lumière des contes

Une pièce musicale de 2CELLOS – Love Story