Le Rêve du papillon

Le temps

Par une bel après-midi noyé de soleil, un dignitaire s’était aventuré sur les sentiers escarpés de la vallée profonde où Tchouang-tseu avait élu domicile. Le mandarin, brillant lettré qui avait passé tous les degrés des examens et obtenu un poste de conseiller auprès du roi de Wou, voulait poser au vieux maître une question sur le Tao, dans l’espoir de respirer l’effluve de l’Indicible.

La chaumière était déserte, la porte grande ouverte. Des traces de sandales, toutes fraîches, menaient à une prairie pentue. Le dignitaire les suivit et il découvrit Tchouang-tseu endormi à l’ombre d’un vieil arbre noueux, la tête sur un coussin de fleurs des champs. Le lettré toussota et les sage ouvrit les yeux.

– Ô Maître, pardonnez-moi de troubler votre repos. Je viens de fort loin vous interroger sur le Tao.

– Je ne sais pas si je pourrai répondre répondit Tchouang-tseu en  se frottant les yeux.

– Vénérable, votre modestie vous honore.

– Cela n’a rien à voir, non. A vrai dire, je ne sais plus rien. Je ne sais même plus qui je suis!

– Comment est-ce possible? demanda le mandarin interloqué.

– Oh c’est très simple, reprit le vieux taoïste, l’air songeur. Figurez-vous que tout à l’heure, en dormant, j’ai fait un rêve étrange. J’étais un papillon voltigeant, ivre de lumière et du parfum des fleurs. Et maintenant, je ne sais plus si je suis Tchouang-tseu ayant rêvé qu’il était un papillon ou un papillon qui rêve qu’il était Tchouang-tseu!

E t le conseiller du Roi de Wou, bouche bée s’inclina profondément et retourna sur ses pas, ruminant cette parole énigmatique dans l’espoir d’en tirer le suc.

Pascal Fauliot dans Contes des sages taoïstes

Une pièce musicale d’Eric Aron – Mandala

Les sous-hommes de l’occident

Riche de ses nombreux voyages et études à l’étranger, Pierre-Yves Albrecht, docteur en ethnologie, constate que certains peuples dits primitifs (comprendre « premiers ») considèrent les occidentaux comme des sous-hommes: la raison ? Nous négligeons l’importance et le rôle de l’initiation… donc nous restons des sous-êtres…

Réconcilier

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Nous sommes rendus à une étape de notre évolution ou le clivage entre la pensée scientifique et la pensée spirituelle n’a plus sa place. Pour la personne qui désire vraiment se développer, franchir des frontières, aller au cœur de sa nature propre, il se doit d’aller là où l’improbable, les peurs et les dogmes nous empêchent de voir.

 La démarche scientifique et la démarche spirituelle peuvent nous permettre de réconcilier l’homme à la nature. Nous avons en nous la capacité d’analyser, de scruter, de savoir mettre en perspective. Nous avons aussi en nous une force d’introspection, une capacité de contempler, d’admirer les merveilles de ce monde et de connaître la grâce de l’émerveillement.

Combien de temps un humain peut-il marcher avant de se rendre compte que ses deux pieds sont différents? Combien de temps un humain peut-il observer ce qui l’entoure avant de se rendre compte qu’il a deux yeux qui regardent de points de vue différents?

Se réconcilier, c’est accepter la pluralité de nos démarches, de continuer à essayer de comprendre l’atome ou l’univers, tout en explorant le sens qui s’inscrit en soi.

Le monde court à sa perte en ce moment justement en raison d’une vision trop étroite.  Le développement économique sans vision collective. L’exploitation de la terre sans vision durable. Le développement de stratégie de ressources humaines sans prise en compte de notre part qui est sacrée et singulière.

Refuser de s’ouvrir à la pluralité de la réalité c’est faire le choix de s’enfermer. Nous devons explorer de nouvelles avenues et tenter de réconcilier les opposées, car sinon, nous risquons de devenir fous puis de disparaître.

Une chansons de Peia – Ciamara ní Mi

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