Accepter l’inconnu

Imaginez une chenille dans son cocon. De l’intérieur, tout ce qu’elle connaît, son corps, ses repères, sa forme finissent par se dissoudre dans un liquide informe. C’est l’obscurité totale. C’est l’inconnu absolu. Et c’est précisément là, dans ce que la chenille vivrait comme une mort, que le papillon prend forme.

Le connu nous dit qui nous sommes. L’inconnu nous révèle qui nous pouvons devenir.

La sécurité de l’esprit ne vient pas de ce qu’on maîtrise, elle vient de la confiance que l’on développe envers ce que l’on ne maîtrise pas encore.

Le connu, c’est rassurant. C’est familier. Mais spirituellement parlant, le connu est précisément la cage, et une cage d’autant plus difficile à quitter qu’elle est confortable. Ce que nous connaissons déjà ne peut pas nous transformer. Il peut tout au plus nous confirmer ce que nous sommes déjà.

Le connu, c’est la somme de nos expériences passées, de nos croyances héritées, de nos réflexes émotionnels. Nous réconforter dedans, c’est demander au passé de construire l’avenir, ce qui, par définition, reproduit les mêmes cycles dont on cherche à nous libérer.

Rumi écrit que l’âme est comme un oiseau en cage qui a oublié le ciel. Le connu, c’est la cage, familière, structurée, prévisible. L’inconnu, c’est le ciel, vaste, sans contours, mais c’est là que l’oiseau est réellement lui-même. La peur de l’inconnu est la peur de sa propre liberté.

Le maître Shunryu Suzuki disait : « Dans l’esprit du débutant, il y a beaucoup de possibilités. Dans l’esprit de l’expert, il y en a peu. » Le connu referme l’esprit. Il le remplit de certitudes qui bloquent la réalité telle qu’elle est vraiment. L’inconnu, lui, exige ce qu’on appelle Shoshin, l’esprit du débutant, vide et ouvert.

Saint-Jean de la Croix parle de la « nuit obscure de l’âme », ce moment où toutes les certitudes s’effondrent, où Dieu semble absent, où le connu ne suffit plus. Ce vide n’est pas un abandon, c’est une purification. L’âme doit lâcher ses représentations de Dieu pour rencontrer Dieu lui-même, toujours plus grand que ce qu’on en sait.

Nisargadatta Maharaj disait : « Ce que tu sais de toi-même ne peut pas être toi. » Tout ce que l’on connaît de soi, nos rôles, nos histoires, nos préférences, est déjà du passé cristallisé. Le Soi réel est toujours au-delà, dans l’inconnu vivant.

Chaque fois que l’existence brise notre connu, par une perte, une rupture, une maladie, un échec, elle ne nous punit pas. Elle nous ouvre de force vers quelque chose que nous n’aurions jamais choisi volontairement.

Avec cette perspective, l’inconnu n’est pas le chaos, c’est le vivant.

Une chanson de Louis-Jean Cormier – Traverser les travaux

Le paroles sur https://www.paroles.net/louis-jean-cormier/paroles-traverser-les-travaux

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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