Le Rêve du papillon

Le temps

Par une bel après-midi noyé de soleil, un dignitaire s’était aventuré sur les sentiers escarpés de la vallée profonde où Tchouang-tseu avait élu domicile. Le mandarin, brillant lettré qui avait passé tous les degrés des examens et obtenu un poste de conseiller auprès du roi de Wou, voulait poser au vieux maître une question sur le Tao, dans l’espoir de respirer l’effluve de l’Indicible.

La chaumière était déserte, la porte grande ouverte. Des traces de sandales, toutes fraîches, menaient à une prairie pentue. Le dignitaire les suivit et il découvrit Tchouang-tseu endormi à l’ombre d’un vieil arbre noueux, la tête sur un coussin de fleurs des champs. Le lettré toussota et les sage ouvrit les yeux.

– Ô Maître, pardonnez-moi de troubler votre repos. Je viens de fort loin vous interroger sur le Tao.

– Je ne sais pas si je pourrai répondre répondit Tchouang-tseu en  se frottant les yeux.

– Vénérable, votre modestie vous honore.

– Cela n’a rien à voir, non. A vrai dire, je ne sais plus rien. Je ne sais même plus qui je suis!

– Comment est-ce possible? demanda le mandarin interloqué.

– Oh c’est très simple, reprit le vieux taoïste, l’air songeur. Figurez-vous que tout à l’heure, en dormant, j’ai fait un rêve étrange. J’étais un papillon voltigeant, ivre de lumière et du parfum des fleurs. Et maintenant, je ne sais plus si je suis Tchouang-tseu ayant rêvé qu’il était un papillon ou un papillon qui rêve qu’il était Tchouang-tseu!

E t le conseiller du Roi de Wou, bouche bée s’inclina profondément et retourna sur ses pas, ruminant cette parole énigmatique dans l’espoir d’en tirer le suc.

Pascal Fauliot dans Contes des sages taoïstes

Une pièce musicale d’Eric Aron – Mandala

L’âne de sagesse

Le Souk.

Je fis sa connaissance un jour de l’été, en plein cœur du Caire, dans une des avenues les plus luxueuses. Je me rendais ce matin là chez mon coiffeur, et l’air était chaud, mêlé de douce brise.

Mon cœur, dans ma poitrine, était léger; je venais de croiser un visage gracieux, celui d’une jeune femme blonde accompagnée de son chien, qui avait pris en me temps que moi l’ascenseur de l’hôtel où je demeurais; je marchais et j’aurais presque siffloté et chantonné; j’arrivais au salon de coiffure et soudain, je le vis. Je vis celui qui-le destin en avait décidé ainsi pour moi- serait mon ami.

*

Le véritable écrivain lui aussi soumet tout à sa volonté, il rassemble images, observations, remarques, expériences personnelles, événements sociaux, données historiques, légendes anciennes, il en soustrait les certains éléments pour créer une œuvre artistique originale qui s’impose. Le véritable écrivain n’aligne pas dans sa langue des phrases grandioses, de belles expressions, il crée un monde riche en personnages qui vivent, cherchent, sentent; pour cela, il n’a besoin que de sa plume.

Tewfik El Hakim dans L’âne de sagesse

Une chanson interprétée par Georges Guétary de son vréritable nom Lambros Worloou né à Alexandrie en Égypte – La bohème

Les paroles sur https://www.lacoccinelle.net/288158.html

La sagesse espiègle

Après s’être livré dans l’« Éloge de la faiblesse », sur ses 17 années passées dans un centre pour personnes handicapées, le philosophe Alexandre Jollien confie comment il a perdu pied face à une dépendance affective et comment il en est sorti. Avec la liberté de ton qui lui est propre, l’auteur réalise un exercice de mise à nu, page après page, comme pour mieux raconter son addiction ; dans un neuvième ouvrage, une nouvelle fois extrêmement intimiste. « La sagesse espiègle » est publié aux éditions Gallimard.

De la petitesse à la grandeur

Sache que le monde tout entier est miroir, dans chaque atome se trouvent cent soleils flamboyants.

Si tu fends le cœur d’une seule goutte d’eau, il émerge cents purs océans.

Si tu examines chaque grain de poussière, mille Adam peuvent y être découverts…

Un univers est caché dans une graine de millet ; tout est rassemblé dans le point du présent…

De chaque point de ce cercle sont tirées des milliers de formes.

Chaque point, dans sa rotation en cercle, est tantôt un cercle, tantôt une circonférence qui tourne.

 

Nacer Khémir dans Paroles d’Islam

Une pièce musicale de Faran ensemble – Amazing Oriental Music

Ainsi parlait Zarathoustra

citation danse Nietzsche

Souffrir de la solitude, mauvais signe : je n’ai jamais souffert que de la multitude.

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Que votre amour de la vie soit amour de votre espoir le plus haut et que votre espoir le plus haut soit la pensée la plus haute de la vie.

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Deviens qui tu es! Fais ce que toi seul peut faire.

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Plus tu t’élèves, plus tu parais petit aux yeux des envieux.

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Il faut avoir du chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse.

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Celui qui ose le plus a toujours plus raison. Celui qui crache le plus loin est toujours leur législateur.

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Par bien des chemins et de bien des façons j’ai découvert ma sagesse : ce n’est pas par une seule échelle que j’ai atteint la hauteur d’ou j’ai pu plonger mon regard dans mes lointains.

Et ce n’est que de mauvais gré que je demandais mon chemin. Cela me contrariait toujours !

Je préférais interroger et essayer les chemins moi-même.

Une tentative et une interrogation, voila ce que fut ma marche, et en vérité il faut aussi apprendre a répondre a une telle interrogation!

Cela est mon gout: ni bon, ni mauvais, mais mon gout, dont je n’ai plus honte et que je ne cache plus.

« Or ceci est mon chemin, ou est donc le votre ? »

Voila ce que je répondais a ceux qui me demandaient le chemin.

Le chemin, en effet, il n’existe pas.

Friedrich Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra

Une pièce musicale de Hans Zimmer – A way of life

Si elle clapote, c’est qu’il n’y en a pas assez

ImAGE passage

Répondant à l’invitation à une cérémonie du Thé, j’entrai dans une pièce située à proximité d’un temple. Je remarquai un rouleau accroché dans l’alcôve. La peinture représentait une gourde et la calligraphie due au maître zen Rosen Takashina indiquait : « Si elle clapote, c’est qu’il n’y en a pas assez. » Quel est le sens de ce message de sagesse ?

Une gourde remplie à ras bords de vin ne fait pas de bruit quand on la secoue. S’il ne reste qu’un peu de vin dans la gourde, elle clapote.

Les gens sont comme des gourdes. Les êtres humains vraiment conscients restent imperturbables et calmes quoi qu’il arrive. Ceux qui courent à droite et à gauche, toujours très occupés, se plaignant et s’excusant, ceux-là trahissent leur manque de sagesse.

Un jour où je descendais une rivière dans un petit bateau, je me fis une réflexion similaire. En amont, là où l’eau était peu profonde, la surface clapotait et s’écoulait bruyamment. En aval où la rivière était plus grosse et l’eau profonde, la surface était douce, calme et l’eau s’écoulait silencieusement.

À chaque fois que j’ai tendance à m’agiter, les mots de ce rouleau me reviennent à l’esprit.

Shundô Aoyama dans Zen, graine de sagesse

Une pièce musicale de Jean-Pierre Rampal à la flute et Lili Laskine à la harpe –  Moon Over the Ruined Castle