Les escarpins du cordonnier

Le-conteur-philosophe

À la fin de cette fable, une de nos compagnes demanda : – Maître, qu’est-ce qu’un don véritable?

Un roi voulait à tout prix marier sa fille, mais celle-ci refusait les beaux partis qu’il lui présentait, car elle aimait en secret un petit cordonnier. Au bout de quelque temps, son père fut à bout de colère. Il l’obligea à se décider avant Pâques, sinon ce serait lui qui choisirait.

La princesse proposa alors un marché. Elle se marierait avec le prétendant qui lui ferait le plus beau cadeau. Son père fut très étonné. Il ne savait pas sa fille aussi attachée aux choses matérielles, mais il accepta devant toute la cour cette sage décision

L’annonce fut alors proclamée et tous les prétendants se présentèrent au palais avec des cadeaux plus somptueux les uns que les autres: chevaux chamarrés et empanachés de rubans, rivières de diamants, soies des Indes, verres de Murano, diadèmes incrustés de pierreries, perroquets parlant latin… Bref! Tout ce qu’on peut imaginer de plus luxueux lorsqu’on est prince, archiduc ou marquis. Quant au petit cordonnier, il fut la risée de tous lorsqu’il lui porta de merveilleux escarpins de cuir qu’il avait fabriqués. Pourtant, ce fut lui qu’elle choisit.

Et le roi eut beau tempêter, la fine mouche lui prouva que seul ce cadeau était recevable, car le cordonnier l’avait fait de ses mains. C’était cela FAIRE un cadeau, et non se contenter de sortir quelques deniers de sa bourse ! Le roi comprit que sa fille l’avait berné, mais, devant toute sa cour réunie, il ne put pas revenir sur sa parole. Alors il oublia sa colère et finit par se féliciter d’avoir mis au monde une enfant aussi pleine de sagesse. Avec un tel caractère, l’avenir de son royaume était assuré !

Michel Piquemal dans Le conteur philosophe

Une pièce musicale de The John Renbourn Group – My Johnny Was A Shoemaker

Le gai savoir

citation danse Nietzsche

Les quatre erreurs – L’homme a été éduqué par ses erreurs : en premier lieu, il ne se vit toujours qu’incomplètement, en second lieu il s’attribua des qualités imaginaires, en troisième lieu il se sentit dans un rapport hiérarchique faux vis-à-vis des animaux et de la nature, en quatrième lieu il inventa des tables du bien toujours nouvelles, les considérant, pendant un certain temps, comme éternelles et absolues, en sorte que tantôt tel instinct humain, tantôt tel autre occupait la première place, anobli par suite de cette appréciation. En finir avec ces quatre erreurs, ce serait en finir avec les notions d’humanité et de dignité de l’homme.

*

Que dit ta conscience ? Tu dois devenir l’homme que tu es.

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Celui qui est mécontent de lui-même est toujours prêt à s’en venger : nous autres deviendrons ses victimes, ne serait-ce que pour avoir à toujours supporter la laideur de son aspect. Car la vision du laid rend mauvais et sombre.

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“Donner du style” à son caractère – voilà un art grand et rare !

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J’habite ma propre maison je n’ai jamais imité personne en rien et je me ris de tout maître qui n’a su rire de lui-même.

Inscription au-dessus de ma porte.

Friedrich Nietzsche dans Le gai savoir

Une chanson de Robert Charlebois interprétée avec Louise Forestier – Lindberg

Les livres du dessous

ImAGE Chemin des livres

Un lecteur m’a posé une question très simple, quels sont les livres qui vous ont marqué?

J’ai eu un instant de réflexion, certes il y a beaucoup d’œuvres qui m’ont touché, certains provenant d’auteurs émergents. Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir accès à beaucoup de livres et d’auteurs.

Pour mes fondamentaux, ceux que j’ai suivi longtemps et qui représentent encore aujourd’hui une source d’inspiration, j’ai retenu 20 auteurs qui ont marqué mes 20 premières années:

Nikos Kazantzakis avec Alexis Zorba, (vous pouvez aussi vous aventurer avec Les frères ennemis et La Dernière Tentation du Christ). Cette œuvre a marqué mon imaginaire et probablement influencé mon choix d’aller en Grèce plus d’une fois, avec la musique de Leonard Cohen en tête. Une hymne à la lucidité, la persévérance et le courage de se relever en homme libre.

Khalil Gibran avec le Prophète (mais aussi Le Précurseur et Le sable et l’écume). Cette œuvre ouvre les yeux sur une approche des fondements de la spiritualité avec finesse et poésie. C’est le chant de l’âme qui caresse le cœur.

Richard Bach avec Jonathan Livingston le goéland (et pour continuer à découvrir Illusions : Le Messie récalcitrant et Un). Une approche simple, directe de la conscience en action. Plus tard Dan Millman avec le Guerrier pacifique a apporté une énergie similaire.

John Ronald Reuel Tolkien avec Le Hobbit (pour aller plus loin Le Silmarillion et la trilogie du Seigneur des anneaux). C’est plus qu’une histoire, je parle des livres et non des films. On y retrouve les valeurs de l’amitié, de l’engagement et du don de soi. C’est apprendre à découvrir le dépassement des peurs. L’être le plus humble peut aussi faire la différence.

Hermann Hesse avec Siddhartha, ( et que dire du Loup des steppes et du Jeu des perles de verre?). Quel grand auteur, il nous fait dépasser les limites d’une sagesse convenue.  Il a su rendre la quête humaine accessible tout en tentant de décrypter le sens de l’existence.

Lao-Tseu, Tao Te King (Livre de la Voie et de la Vertu). Un compagnon, un guide qui convient de consulter fréquemment et de garder près de soi pour décanter certaines expériences dont on cherche le sens.

La traduction de Richard Wilhelm du Yi King, Le livre des transformations. Un autre compagnon, un autre livre que nous lisons par brides, et pas nécessairement dans un ordre préétabli. À mon sens, il contient le code de l’interprétation de l’instant.

Rabindranath Tagore avec Sadhana (et poursuivre avec L’Offrande lyrique ou Le Jardinier d’amour). Le poète de l’Inde moderne, qui apporte un regard profond et joyeux sur la condition humaine, la nature qui nous entoure et la place de la contemplation pour une vie saine.

Satprem, de son vrai nom Bernard Enginger avec Par le Corps de la Terre ou Le Sannyasin. Une découverte lors de mon voyage en Inde à 17 ans. Il m’a fait voir la notion de changement et l’importance d’accepter d’être un être de transition. Sa métaphore sur la réincarnation est divine.

Jiddu Krishnamurti avec Le Chant de la Vie. Homme libre, la Société Théosophique avait vu en lui une incarnation de l’Instructeur Mondial, il récuse avec fermeté son rôle messianique et annonce en 1929 la dissolution de l’Ordre. Il enseigna le reste de sa vie la liberté, l’amour et la conscience ne relevant d’aucune religion ou doctrine philosophique.

Hubert Reeves avec Poussières d’étoiles (et pour le plaisir, Patience dans l’azur et L’espace prend la forme de mon regard). Il a su faire plus que nous vulgariser l’astrophysique, il a su nous aider à prendre conscience des étoiles en nous.

Mohandas Karamchand Gandhi avec Tous les hommes sont frères. Un grand homme qui a su mettre en action ses espoirs d’un monde non violent.  Que nous soyons d’accord ou non avec sa vie, il a su assumer son idéal. Une inspiration en ce sens.

Rudyard Kipling et Le Livre de la jungle. Un des premiers livre,  j’ai été scout. Par l’entremise de ces petites histoires d’animaux, Rudyard Kipling nous parle des hommes, des codes que nous nous imposons,  de la loi des chasseurs, de la loi des colonisateurs et en fin de compte de la loi des hommes. Tout comme John Ronald Reuel Tolkien, il raconte le pouvoir des petits de ce monde.

Antoine de Saint-Exupéry avec le Petit Prince (et que dire de Terre des hommes, et de Vol de nuit et de Citadelle?). Une œuvre directe et simple qui exprime une morale du devoir et de l’action fondée sur la croyance en la grandeur de l’homme.

Sri Aurobindo et La Bhagavad-Gîtâ. Le livre qui m’a fait découvrir l’impermanence et l’importance d’assumer ses choix. Un récit de guerre poétique qui interpelle la conscience de l’humain.

Christiane Singer et La mort viennoise.  Une grande richesse de métaphores sur la vie, la mort et l’engagement. L’Amour y est présenté comme une voie de passage.

Esther « Etty » Hillesum avec Une vie bouleversée. Une femme au destin tragique, tuée par la bêtise humaine et qui a su malgré cela, vivre une spiritualité d’une grande profondeur.  Elle est un être bon, d’une grande résilience. Une inspiration.

Teresa Carolyn McLuhan avec Pieds nus sur la terre sacrée.  Le livre qui m’a permis de revisiter mes racines. Un grand cru.

Lou Andreas-Salomé avec Ma vie. Le livre de l’expérience humaine assumée, tout en étant voilée par un soupçon de retenue. Ce n’est pas une bibliographie, c’est un essai sur l’humain, écrit avec une grande lucidité et clairvoyance.

Friedrich Nietzsche et Ainsi parlait Zarathoustra. Un livre déterminant, un grand poème déroutant, inspirant et à la fois magnifique. Au Prologue on peut lire:

« Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante ».

Une chanson de David Gilmour – High Hopes

Les paroles sur https://www.lacoccinelle.net/247104-pink-floyd-high-hopes.html

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Le philosophe nu

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Je viens de lire une anecdote qu’on prête aux Pères du désert :

« L’abbé Joseph demande à l’abbé Pastor : « dis-moi comment devenir moine ? » l’ancien lui répond : « si tu veux trouver le repos en ce monde et dans l’autre, en toute occasion, pose-toi cette question : « Qui suis-je ? » Et ne juge personne. »

La sobriété de ce Pastor est parlante. On s’attendait à un barda de recettes mais le saint homme renvoie à l’intériorité, à l’observation de ses démons intérieurs, à la connaissance de la foule braillarde qui se presse dans son cœur. Comment après une telle introspection, oser pointer du doigt les petits travers de ses proches. »

*

Un maître dit à ses disciples : « Ne condamnez jamais le bâton qui vous frappe. Ce n’est que l’instrument de la colère. De même, celui qui vous fait du mal est l’esclave de la passion.

*

Par intuition plus que par expérience, je devine qu’un cœur libre se rassasie totalement de la vie. Dans les moments de joie, les besoins disparaissent d’ailleurs d’eux-mêmes chez celui qui sait se combler du réel.

*

Ne jamais oublier que se sont mes fragilités qui sont la source de ma fécondité.

*

Je m’aperçois que par peur de souffrir, j’ai voulu bannir toutes les passions. Or, sans elles je ne serais pas là. Sans l’affection de mes proches, sans l’amour de la philosophie, sans mon ardeur au combat, sans le goût des rencontres, je ne serais assurément plus sur cette terre.

La vie me donne sans cesse des maîtres et des guides. L’humour et le rire de ma famille m’ont révélé que le goût de l’existence peut triompher de la souffrance ; le père Morand m’a convié à me tourner vers l’intériorité plutôt qu’à chercher au-dehors des motifs à ma joie ; l’enthousiasme de mes enfants, tous les jours, m’enseigne à désapprendre mes peurs et à oser tant bien que mal un tout petit peu d’amour de soi…

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Le maître Sekkei Harada m’y appelle : « Il n’y a qu’une personne que vous deviez rencontrer ; une personne que vous devez rencontrer comme si vous étiez amoureux fous. Cette personne est votre Soi essentiel, votre vrai Soi. Tant que vous n’aurez pas rencontré ce Soi, il vous sera impossible de ne pas avoir le sentiment que quelque chose vous manque, impossible d’être clair à propos des choses en général.

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Je veux m’ouvrir à ce nouveau défi : rencontrer le vrai Soi, devenir Soi, au-delà de la comparaison et de la jalousie.

Alexandre Jollien dans Le philosophe nu

Une pièce musicale de Lex Van Someren – Journey to the Heart

Le vieil homme qui m’a appris la vie

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Un homme cherche du travail dans une ferme. II tend sa lettre de recommandation à son nouvel employeur. Il y est simplement écrit : « Dort en dépit de la tempête. » Ayant désespérément besoin d’aide, l’agriculteur embauche l’homme en question.

Plusieurs semaines passent et tout à coup, au milieu de la nuit, une puissante tempête déferle sur la vallée. Réveillé par la pluie battante et le vent rugissant l’agriculteur saute de son lit. Il appelle son nouvel ouvrier mais ce dernier dort à poings fermés

II se précipite vers la grange. À sa grande surprise, il voit que les animaux sont à l’abri et approvisionnés en fourrage. II se précipite vers le champ. Il voit que les ballots de paille sont ficelés et recouverts de bâches goudronnées. II se précipite vers le silo. Les portes sont biens fermées et le grain est sec.

C’est alors qu’il comprend les mots « Dort en dépit de la tempête ».

Mes amis, si dans la vie nous nous occupons des choses importantes, si nous sommes dans le juste avec ceux que nous aimons et si nous nous comportons en adéquation avec notre foi, nos vies ne seront pas alourdies par la douleur lancinante du devoir inaccompli. Nos paroles seront toujours sincères, et nos actes aussi. Nous ne nous perdrons jamais dans les affres d’un « Ah ! Si j’avais su ». Nous pourrons alors dormir en dépit de la tempête. « Et, le moment venu, nos adieux seront déni de regrets.

*

Cet enfant, par exemple, me rappelle un enseignement de nos sages. Quand un bébé vient au monde, ses poings sont serrés, n’est-ce pas?

II a serré son poing droit.

Pourquoi? Parce qu’un bébé, qui ne sait rien de son environnement, veut tout attraper, histoire de pouvoir dire « Le monde entier m’appartient ».

Mais quand une vieille personne meurt, que font ses mains? Elles sont ouvertes. Pourquoi? Parce qu’elle a appris la leçon.

Laquelle ?» Il a écarté ses doigts vides. .«Que l’on ne peut rien emporter avec soi.»  Et donc, avons-nous percé le secret du bonheur ?

– Je crois bien que oui.

– Et vous allez me le donner ?

– Oui, tu es prêt ?

– Je suis prêt.

– Sois satisfait.

– C’est tout ?

– Sois reconnaissant.

– C’est tout ?

– Pour que tu ce que tu possède déjà. Pour l’amour que tu reçois. Et pour ce que Dieu t’a donné.

– Et c’est tout ? »

Il m’a regardé au fond des yeux. Puis il a eu un profond soupir. « C’est tout. »

Mitch Albom dans Le vieil homme qui m’a appris la vie

Une pièce musicale de David Parsons – Devaloka

Les secrets du cœur

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La lampe de la Sagesse vacille, et il est temps d’y mettre de l’huile. La maison de la fortune véritable est en train de s’écrouler, il est temps de la reconstruire et de la conserver. Les voleurs ignorants ont volé le trésor de votre paix, il est temps de le reprendre.

Jusques à quand le peuple restera-t-il assoupi ?

Jusques à quand glorifiera-t-il ceux qui n’ont atteint la grandeur que par chance?

Combien de temps ignorera-t-il ceux qui lui ont permis de voir la beauté de son esprit, symbole de paix et d’Amour?

Jusques à quand les hommes honoreront-il les morts en ignorant les vivants qui passent leur vie dans un cercle de misère, et qui se consument comme des cierges allumés afin d’éclairer le chemin des ignorants et les conduire sur les sentiers de la Lumière ?

*

Nombreux sont ceux qui parlent comme le grondement de la mer, mais leurs vies sont stagnantes et sans profondeur, comme un marais pourrissant. Nombreux sont ceux qui lèvent la tête au-dessus du sommet des montagnes, mais leur esprit continue à dormir dans l’obscurité des cavernes.

*

Celui qui tente de séparer le corps de l’esprit ou l’esprit du corps éloigne son coeur de la Vérité. La fleur et son parfum sont inséparables, et l’aveugle qui nie la couleur et l’image de la fleur en croyant qu’elle ne possède qu’un parfum qui vibre dans l’éther est semblable à ceux qui se pincent les narines en prétendant que les fleurs ne sont que des formes et des tons qui n’ont aucun parfum.

Khalil Gibran dans Les secrets du cœur

Une pièce musicale de Hazem Shahen – The horse of Darwis