François Cheng et Le Dit de Tianyi

A partir de la naissance, chaque visage est façonné par toute une vie de désirs refoulés, de tourments cachés, de mensonges entretenus, de cris contenus, de sanglots ravalés, de chagrins niés, d’orgueil blessé, de serments reniés, de vengeances caressées, de colères rentrées, de hontes bues, de fous rires réprimés, de monologues interrompus, de confidences trahies, de plaisirs trop vite survenus, d’extases trop vite évanouies. Chaque ride en porte la marque aussi sûrement que les anneaux d’un arbre. C’est tout cela que le visage révèle de la personne, à son insu, malgré l’effort surhumain qu’elle déploie quotidiennement pour le cacher.

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Le jour de mon départ, le maître m’accompagna jusqu’à la croisée des chemins. Il s’arrêta et dit :  » Ce que je pouvais te donner de mieux, je te l’ai donné. A partir de maintenant, suis la Voie, la tienne, et oublie-moi. Ne prends pas la peine de m’écrire. De tout façon, je ne répondrai pas. Je m’en irai d’ailleurs bientôt. » Ces paroles, dures à entendre, furent dites non sur un ton sévère, mais avec une douceur paisible dont tout son visage était illuminé, un visage comme transfiguré. Puis le vieillard se retourna et s’en alla en direction de son ermitage. Sa robe flottait au vent, et son pas était léger.

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Un jour, pour exprimer la terre qui m’a nourri, je serai peintre ; inévitablement je rencontrerai la peinture occidentale. Je saurai entrer dans l’intimité d’un Gauguin et d’un Monet, d’un Rembrandt et d’un Vermeer, d’un Giorgione et d’un Tintoret, tous ces grands maîtres qui ont exalté la forme pat la couleur.

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En somme, il n’y a pas d’espace ni de temps, seulement un être vivant qui se meut, et l’espace-temps naît avec lui.

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Avant son départ, il inscrivit sur mon petit carnet de souvenirs un ver en anglais tiré d’un poème de Longfellow : « La vie est brève : l’art seul est durable ».

François Cheng dans Le Dit de Tianyi

Une pièce musicale d’Enno Aare – Water Ripples

Donner du sens à sa vie

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Dans le bouddhisme, nous avons des clés telles que l’impermanence, l’interdépendance des êtres, le non-moi, qui permettent de comprendre Jésus, d’ouvrir les portes ou les coffres et de découvrir des joyaux, certains même cachés à des chrétiens qui n’ont pas pu les identifier.

Nous disons que « cela étant, ceci est » est une vérité universelle. Donc le Créateur, la créature et la création ne peuvent être dissociés. Le Père contient le Fils et le Saint-Esprit, le Fils contient le Père et le Saint-Esprit, tout comme Jésus est à la fois le fils de Dieu et le fils de l’Homme. Pour un méditant bouddhiste, il est merveilleux d’entrer dans d’autres traditions en pratiquant le regard profond ; il pourra y faire des découvertes spectaculaires. Je pense qu’au XXIe siècle la rencontre entre le bouddhisme et l’Occident sera particulièrement excitante si nous savons emprunter l’avenue de la contemplation profonde.

C’est en s’attaquant aux difficultés de l’homme moderne que le bouddhisme pourra se renouveler, et le développement du bouddhisme en Occident pourra l’aider à rajeunir en Orient pour redevenir encore plus vivant.  Thich Nhat Hanh

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Tant que les hommes aimeront la guerre (ce qui est le cas malheureusement), leur avenir sera très menacé. Il serait temps qu’ils acceptent de s’hominiser. Mais ils refusent. Ils préfèrent la barbarie ancestrale. C’est absurde, parce que les menaces grandissent au fur et à mesure de l’avancée technologique.  Théodore Monod

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Toute action engendre des conséquences, certaines que nous pouvons prévoir, d’autres que nous ne pouvons pas prévoir. La pratique consiste donc aussi dans un lâcher-prise avant l’action. Un événement se produit, une situation se présente, qui peut être extérieure à nous ou intérieure (comme un vertige, un mal au ventre, une angoisse diffuse). L’essentiel, c’est la manière dont chacun se situe face à ce vécu intime que l’existence produit en lui. Nous avons la possibilité d’accueillir cette réaction, parce que c’est la vérité de l’instant, mais sans nous l’approprier.

Les événements, quels qu’ils soient, produisent en nous des émotions en tout genre, heureuses ou malheureuses, plus ou moins intenses. Si nous apprenons peu à peu cette attitude de lâcher-prise, celle-ci finit par imprégner toute notre existence et crée en nous une grande détente : l’événement se présente, mais la réaction mécanique ne se produit plus. Les émotions font place à l’équanimité ! Arnaud Desjardins

Marc de Smedt et Patrice Van Eersel dans Donner du sens à sa vie

Une pièce musicale d’Alexandra Stréliski – Revient le jour

 

De vagues générations

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Tous les êtres vivants naissent et meurent invariablement, seul change la durée. Les générations apparaissent comme des vagues sur le rivage de ce monde.

Les biens et les services se matérialisent et se défont au rythme du temps. Les désirs et les rêves émergent pour ensuite décroître dans les souvenirs. Sans arrêt, les pensées se naissent et traversent l’esprit avant de nourrir le silence.

Seul le mouvement semble permanent même si par nature, il ne fait que passer. De création en création, la vie se regénère et prend des formes différentes.

Il y a inscrit en nous cette volonté de survivre, et de sortir de ce cycle de morts et de vies. Cette volonté puise son espoir dans ce qui semble au-delà de notre condition éphémère, cette inconcevable nature immuable et perpétuelle.

En équilibre entre ce désir d’immortalité et de cette condition impermanente, il y a cela, et ceci, ici et maintenant, le temps d’une grâce, le temps d’une vie.

Une chanson de ZAZ – La lessive

Les paroles sur https://greatsong.net/PAROLES-ZAZ,LA-LESSIVE,1507530.html

COPYRIGHT – DROIT D’AUTEUR 2019 – Daniel Jean – Vous pouvez copier ce texte en indiquant la source dandanjean.wordpress.com, SVP ne pas modifier les textes et le contenu sans approbation, merci.

Pour une mort sans peur

Arnaud Desjardins Arbre

L’être humain ordinaire s’intéresse beaucoup plus aux objets, c’est à dire à tout ce dont il peut prendre conscience, les situations heureuses, les situations tragiques, qu’au sujet. C’est cet intérêt (attraction ou répulsion) pour les objets qui remplit vos vies et vos préoccupations.

Par contre, celui qui est engagé sur un Chemin d’ascèse s’intéresse au sujet: qui aime, qui veut, qui désire, qui souffre, qui est attiré, qui est repoussé, qui a peur?

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Si la peur est une émotion aussi insupportable, c’est qu’elle ne représente aucune possibilité d’unification intérieure. Une émotion est le refus d’être un avec l’extérieur… la peur représente un conflit à l’intérieur de nous-mêmes… ce à quoi nous disons non se trouve en nous.

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Un oui total à tout supprime tous les conflits.

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Quoi que vous fassiez, il y aura encore des circonstances heureuses et des circonstances douloureuses…

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Comprenez que dans une direction, il n’y a aucun espoir et que, dans l’autre, tous les espoirs sont possibles. Mais il faut jouer le jeu. Il faut avoir cette audace, qui est folie aux yeux des hommes et sagesse aux yeux de Dieu, d’accepter la souffrance complètement, de faire l’amour avec la souffrance. La voici : de tout mon être, je l’accueille, je la ressens, parce qu’il y a un secret à découvrir et parce que le secret de la souffrance, je ne le découvrirai que dans la souffrance….

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Il y a bien des vérités relatives que vous niez et qui sont une source de peur pour vous, mais il y a cette vérité absolue que vous niez aussi : je suis infini, je ne suis pas cet ego limité avec une histoire, des caractéristiques, un inconscient, des Vasanas, des désirs, des craintes diverses. Vous le savez au fond de vous, vous ne pouvez pas ne pas le savoir parce que vous êtes cette Conscience illimitée et infinie et vous le niez. Par conséquent vous vous mettez de manière typique et caractéristique dans une situation de peur.

Arnaud Desjardins dans Pour une mort sans peur

Une pièce musciale avec Helene GRIMAUD qui joue Beethoven Piano Concerto No.5-2st.mov

Jung et la question du sacré

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Au siècle des Lumières (Aufklarung) se forma, sur l’essence des religions, une opinion qui mérite d’être mentionnée à cause de sa large propagation, bien qu’elle soit une méprise typique de l’époque. Selon cette opinion, les religions seraient des espèces de systèmes philosophiques qui, comme ces derniers, seraient sortis de a tête des gens. Un homme quelconque aurait un jour imaginé un dieu et des dogmes et, grâce à cette fantaisie « réalisatrice de désirs », il aurait conduit l’humanité par le bout du nez.

A cette opinion s’oppose la réalité psychologique de la difficulté que l’on a de saisir intellectuellement les symboles religieux. Ils ne proviennent nullement de la raison, mais d’ailleurs; du cœur peut-être, mais en tout cas d’une couche psychique profonde, qui ressemble peu à la conscience qui, elle, n’est que surface. Aussi les symboles religieux ont-ils toujours un caractère très marqué de « révélation », autrement dit, ce sont en général des produits spontanés de l’activité inconsciente de l’âme. Ils sont tout ce que l’on voudra, sauf inventés par la pensée; révélations naturelles de l’âme humaine, ils ont plutôt grandi peu à peu au cours des millénaires, comme des plantes.

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Figures de l’autre en soi, l’anima et l’animus, lorsqu’ils passent d’un stade d’archaisme indifférencié à une véritable mise en valeur de leurs potentialités, désignent le non-moi à l’intérieur d’une complétude psychique à construire. Ils désignent ce qui manque au moi pour se vivre comme partie consciente d’une totalité englobante, qui est le Soi. D’où le sens de l’affirmation, obscure au premier abord: « le symbole du sexe opposé recouvre véritablement le Soi », et l’élaboration d’une méthode d’ascèse spirituelle où la sublimation de l’autre sexe conduit à cette découverte du Soi: « Il faut élever le dialogue avec l’anima à la hauteur d’une véritable technique. » On peut alors penser que le dialogue avec le Christ intérieur qu’ont vécu des mystiques chrétiennes (certaines béguines, des religieuses d’Helfta, Thérèse d’Avila ou Marie Alacoque), et qui semble les avoir conduites vers le centre de leur âme, est une actualisation traditionnelle de cet archétype de l’animus.

Ysé Tardan-Masquelier dans Jung et la question du sacré

Une pièce musicale de Karliene – Mother Earth

Le metteur en scène

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Le metteur en scène est une personne capable de faire croire que la réalité est ce qu’il a décidé. Il va mettre en place un décor, il va ajuster le jeu de lumière et d’ombre, utiliser les mots et l’ambiance appropriés pour suggérer une mise en scène qui nous fera croire que c’est la seule réalité. Puis, il va nous entraîner dans une histoire qui se tient, dont chaque nouvel élément viendra cautionner les différents éléments du puzzle. Lorsque c’est bien fait, c’est crédible.

En tant que spectateur, dès que nous y croyons, que nous embarquons dans cette réalité, nous adoptons certaines pensées nous amenant à nous exprimer d’une certaine manière, et nous faisant adopter certains comportements spécifiques qui auront un effet d’entrainement sur le comportement des autres. Cet effet d’entraînement et de consolidation renforcent ce que nous croyons et ce que nous croyons devient notre réalité.

C’est cet effet d’entrainement que recherche le bon metteur en scène. Par exemple, dans une salle de cinéma, la réaction des spectateurs crée un effet d’entrainement qui rend l’expérience encore plus intense.

Un jour, nous prenons conscience qu’il y a des metteurs en scène dans beaucoup d’autres domaines que le cinéma, le théâtre et la littérature. Nous voyons les applications dans les domaines de la religion, la politique, le travail, les relations personnelles, et j’en passe.

La tentation devient alors forte pour devenir un faiseur de réalité. Celle ou celui qui aime la vie telle qu’elle est peut éviter ce piège. Pas besoin de croire pour apprécier la vie, juste de l’attention et de la conscience pour l’accepter telle qu’elle est.

L’enfant cessant de croire au Père Noël découvre que derrière l’emballage du divertissement, il y a un présent qui lui est donné.

Une chanson de Luc De Larochellière – J’ai vu

Les paroles sur https://greatsong.net/PAROLES-LUC-DE-LAROCHELLIERE,JAI-VU,106988212.html

COPYRIGHT – DROIT D’AUTEUR 2019 – Daniel Jean – Vous pouvez copier ce texte en indiquant la source dandanjean.wordpress.com, SVP ne pas modifier les textes et le contenu sans approbation, merci.