Kôans et poésies du Zen

Manifestations-spirituelles-1024x512

Dans l’eau claire, lumineuse

Lumineuse comme du jade

On voit naturellement jusqu’au fond…

Quand le cœur est libre de toute pensée

Les dix mille circonstances ne peuvent le toucher

Si le cœur ne s’agite pas pour des futilités

Le changement éternel ne saurait le troubler

Si l’on comprend cela

Si l’on comprend bien cela

On sait qu’il n’y a ni dos ni face !…

Je vois les hommes de ce monde,

Perdus, perdus, arpentant les chemins de poussière,

Sans comprendre ce qu’ils sont en train de faire

Comment s’en sortir ?

Les jours fastes, combien en tout ?

Parents et amis ne sont proches qu’un court moment

Mille mesures d’or ?

Incomparable, être pauvre sous un arbre.

*

Tchao-tcheou demande à Nan-ts’iuan :  » Qu’est-ce que la Voie ? « 

Ts’iuan dit : « Le cœur quotidien, c’est la Voie. « 

Tcheou dit : « Alors peut-on la suivre ? »

Ts’iuan dit :  » Si l’on s’y attache, aussitôt on va de travers. »

Tcheou dit: « Si je ne m’y attache pas, comment pourrai-je savoir si c’est la Voie? »

Ts’iuan dit :  » La Voie n’appartient ni à la connaissance ni à la non-connaissance. La connaissance est un éveil irréel et la non-connaissance est indifférence. Si tu arrives vraiment à la Voie sans attache, c’est comme le vide suprême, très vaste et très profond. Comment pourrais-tu la juger de force par discrimination ? » Sur ce mot, Tcheou a instantanément l’Éveil.

Masumi Shibata dans Le recueil de la falaise verte : Kôans et poésies du zen

Une pièce musicale de Lex Van Someren – Born In The Heart

Zénitude et double espresso

Regard

Le problème, ce ne sont pas vos pensées. Le problème c’est que vous croyez toutes vos pensées.

*

Les étiquettes que j’appose sur « moi » et sur « l’autre » m’éloignent de la vérité, du moment présent. Si je reste figée derrière une « réalité » inventée de toutes pièces par mon esprit, dans laquelle je suis ceci ou cela, ou que mon voisin de coussin est un être détestable, ce n’est que « sa réalité », la réalité de mon esprit, mais ce n’est pas « la vérité » dans le monde extérieur.

*

Le seul moment où il vaut vraiment la peine d’être présent, c’est maintenant.

*

Ce n’est pas l’endroit où l’on vit qui nous transforme, ni le métier que l’on fait, ni notre compte en banque, nos talents, mais notre état de présence. C’est par la présence que l’on cultive et que l’on récolte toutes les richesses de ce monde.

*

Toute chose, bonne ou mauvaise, heureuse ou malheureuse, passera.

*

En changeant mon esprit, au même moment, je change ma réalité. Je change mon monde.

Nicole Bordeleau dans Zénitude et double espresso

Une pièce musicale de Tony Levin – Waters of Eden

La voie des fleurs

ImAGE japon cerisiers en fleur

Dans l’art de la composition florale, l’œuvre intérieure doit aller de pair avec l’œuvre extérieure, pour exprimer la totalité du ciel, de l’homme et de la terre. L’heure de l’exécution n’est pas un moment distrait de la journée, elle s’étend du matin jusqu’au soir. Et il n’est pas facile de suivre l’invisible sentier des fleurs du matin jusqu’au soir !

*

Cet art n’est pas une école de dextérité, un exercice manuel, c’est une expérience de l’être. La technique en est le support extérieur, mais il ne faut pas en surestimer l’importance. Ce qui est décisif, c’est la discipline du cœur, l’union harmonieuse du corps, de l’âme et du monde environnant.

*

Le mot Ikebana, qui signifie « mettre dans l’eau des fleurs vivantes », implique le devoir d’aimer les fleurs pour elles-mêmes et de les traiter avec bienveillance.

*

Malgré la délicatesse de la matière, cet art était pratiqué à l’origine par des hommes extrêmement virils. L’esprit du samouraï trouvait dans l’absorption avec l’unité des fleurs la gravité nécessaire pour prendre les décisions suprêmes.

*

Les heures d’étude s’écoulaient à peu près silencieuses car, en Orient, on a toujours attaché une valeur particulière à la tradition orale, ou plus exactement, à la tradition du cœur à cœur.

*

L’intention profonde que recèle la tradition du Cœur à cœur est sans doute que l’élève ne puisse se borner à apprendre par cœur la substance d’une leçon ou des notions pratiques, mais qu’il soit obligé de découvrir et de vivre par lui-même l’esprit de son art.

*

Aussi l’apprentissage de cet art n’est-il jamais achevé, même après des années d’exercice. Et quand l’étranger s’exclame : « Comment si longtemps ? », son étonnement prouve qu’il a en a une vue toute superficielle. (…) une construction correcte du seul point de vue technique laisse indifférent et froid. Elle n’est pas vivante.

*

Il existe à ce sujet une légende : on raconte qu’un coolie, haletant sur un sentier de montagne avec son lourd fardeau, découvrit une petite fleur languissante entre deux pavés, qui risquait de mourir de soif au milieu des cailloux brûlants. Il s’agenouilla malgré sa charge et versa ses dernières gouttes de thé sur les tendres racines afin que la petite fleur puisse vivre jusqu’au soir. Puis il poursuivit sa route vers sa lointaine destination. Cette anecdote s’est transmise de bouche en bouche, non pas pour la rareté du fait, mais pour la compréhension qu’elle révèle.

Gusty Luise Herrigel dans La voie des fleurs : Le zen dans l’art japonais des compositions florales

Une pièce musicale de Jean-Pierre Rampal et Lily Laskine – Sakura Sakura

Le véritable trésor

kintsugi-lart-de-la-rc3a9silience-cc3a9line-santini

Bodhidharma, né à Sri Lanka vers 500 après Jésus-Christ, était le troisième fils du roi de cette région indienne. A l’âge de huit ans, on pouvait affirmer qu’il avait déjà le satori. Voici pourquoi : Un jour, son maître, un très grand moine qui s’appelait Hannya Tara, reçut du roi une pierre d’une valeur inestimable.

Le maître demanda aux trois princes : « Connaissez-vous quelque chose d’une valeur plus grande que cette pierre dans notre monde? »

Le prince aîné répondit : « Seulement vous, Maître, avez reçu ce cadeau, vous êtes en possession du plus beau trésor de la terre. »

Le deuxième prince répondit également : « Même en cherchant toute notre vie, nous ne pourrons trouver dans notre monde une pierre comparable. »

Bodhidharma, alors âgé de huit ans, dit à son tour : « C’est un véritable trésor, un trésor inestimable, mais c’est un trésor de ce monde, un trésor vulgaire. Aussi, je pense que notre véritable sagesse est d’une grande valeur. Comprendre la valeur de ce trésor est également une forme de sagesse; néanmoins, cette sagesse n’a pas de profondeur; comprendre que le diamant est une pierre très précieuse d’une valeur bien plus grande que le bout de verre est de la sagesse sociale. »

Et Bodhidharma continua : « La véritable sagesse est de nous comprendre nous-mêmes. »

Taïsen Deshimaru dans Le bol et le bâton

Une pièce musicale avec Jean-Pierre Rampal et Lily Laskine – Sakura Sakura

 

 

 

 

Le haïku

ImAGE plumes envol

Le haïku est simplicité, légèreté, mise à nu de l’essentiel. Le haïku, c’est sur une table de bois, une fleur des champs. C’est le temps accordé au silence. Une grâce, un secret. Un oiseau qui se pose. Un instant sauvé, une brindille d’éternel. Un haïku, c’est la chance offerte de tout deviner, de tout comprendre, de tout aimer, en un éclair de trois vers. […]

L’auteur de haïku doit renoncer le plus souvent aux adjectifs, et toujours aux métaphores, aux « violons de l’automne », aux flamboiements, à la colère, au romantisme, à la nostalgie complaisante. Travail de nudité. Il doit saisir avec force l’image, rassembler dans sa main le présent tout entier, et laisser place au silence. Il s’efface, pour que naisse en un cœur l’étincelle, pour donner une chance si infime soit elle à l’Absolu. L’éternité est maintenant. L’auteur de haïku doit attendre le moment privilégié et ne rien attendre, être vigilant, accueillir. […]

Inventer des haïkus avec un grain d’humour, doser l’image, le sourire, la tendresse, la lucidité, la pointe légère, cueillir l’instant qui passe est un exercice de salubrité personnelle.

Henri Brunel dans Les Plus Beaux Contes zen

Une pièce musicale de Jean Pierre Rampal et Lily Laskine – Blossom (Hana)