Le véritable trésor

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Bodhidharma, né à Sri Lanka vers 500 après Jésus-Christ, était le troisième fils du roi de cette région indienne. A l’âge de huit ans, on pouvait affirmer qu’il avait déjà le satori. Voici pourquoi : Un jour, son maître, un très grand moine qui s’appelait Hannya Tara, reçut du roi une pierre d’une valeur inestimable.

Le maître demanda aux trois princes : « Connaissez-vous quelque chose d’une valeur plus grande que cette pierre dans notre monde? »

Le prince aîné répondit : « Seulement vous, Maître, avez reçu ce cadeau, vous êtes en possession du plus beau trésor de la terre. »

Le deuxième prince répondit également : « Même en cherchant toute notre vie, nous ne pourrons trouver dans notre monde une pierre comparable. »

Bodhidharma, alors âgé de huit ans, dit à son tour : « C’est un véritable trésor, un trésor inestimable, mais c’est un trésor de ce monde, un trésor vulgaire. Aussi, je pense que notre véritable sagesse est d’une grande valeur. Comprendre la valeur de ce trésor est également une forme de sagesse; néanmoins, cette sagesse n’a pas de profondeur; comprendre que le diamant est une pierre très précieuse d’une valeur bien plus grande que le bout de verre est de la sagesse sociale. »

Et Bodhidharma continua : « La véritable sagesse est de nous comprendre nous-mêmes. »

Taïsen Deshimaru dans Le bol et le bâton

Une pièce musicale avec Jean-Pierre Rampal et Lily Laskine – Sakura Sakura

 

 

 

 

Le haïku

ImAGE plumes envol

Le haïku est simplicité, légèreté, mise à nu de l’essentiel. Le haïku, c’est sur une table de bois, une fleur des champs. C’est le temps accordé au silence. Une grâce, un secret. Un oiseau qui se pose. Un instant sauvé, une brindille d’éternel. Un haïku, c’est la chance offerte de tout deviner, de tout comprendre, de tout aimer, en un éclair de trois vers. […]

L’auteur de haïku doit renoncer le plus souvent aux adjectifs, et toujours aux métaphores, aux « violons de l’automne », aux flamboiements, à la colère, au romantisme, à la nostalgie complaisante. Travail de nudité. Il doit saisir avec force l’image, rassembler dans sa main le présent tout entier, et laisser place au silence. Il s’efface, pour que naisse en un cœur l’étincelle, pour donner une chance si infime soit elle à l’Absolu. L’éternité est maintenant. L’auteur de haïku doit attendre le moment privilégié et ne rien attendre, être vigilant, accueillir. […]

Inventer des haïkus avec un grain d’humour, doser l’image, le sourire, la tendresse, la lucidité, la pointe légère, cueillir l’instant qui passe est un exercice de salubrité personnelle.

Henri Brunel dans Les Plus Beaux Contes zen

Une pièce musicale de Jean Pierre Rampal et Lily Laskine – Blossom (Hana)

La soumission du fantôme

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Une jeune femme qui allait mourir dit à son mari :

— Je t’aime tant que je ne veux pas te perdre. Ne me trompe pas avec une autre femme. Si tu le fais, mon fantôme viendra te hanter et ne te laissera jamais en paix.

Lorsqu’elle fut morte, son mari respecta son souhait pendant trois mois, mais ensuite il s’éprit d’une autre femme et se fiança avec elle. Dès ce jour-là, un fantôme lui apparut chaque nuit, lui reprochant de n’avoir pas tenu sa promesse. Ce fantôme savait beaucoup de choses : il disait à l’homme tout ce qui se passait entre sa fiancée et lui. Chaque fois que l’homme offrait un présent à sa fiancée, le fantôme le décrivait en détail, et il répétait chacune de leurs conversations. L’homme en était à ce point agacé qu’il en perdit le sommeil. C’est alors que quelqu’un lui conseilla de soumettre son problème à un Maître du Zen qui vivait près du village.

— Ton ancienne femme est donc devenue un fantôme, et elle sait tout ce que tu fais, tout ce que tu dis ou offres à ta bien-aimée ? dit le Maître. Ce doit être un fantôme très instruit, et que tu devrais admirer. La prochaine fois que tu le verras, propose-lui un marché. Dis-lui que, puisque tu ne peux rien lui cacher, tu rompras tes fiançailles s’il veut répondre à la question que tu lui poseras. Sur quoi tu prendras une grosse poignée de baies de soja et tu lui demanderas combien de baies tu as dans ta main. S’il ne peut te répondre, tu sauras que ce fantôme n’est que le fruit de ton imagination, et il ne viendra plus t’ennuyer.

La nuit suivante, lorsque le fantôme apparut, l’homme le flatta, comme l’avait dit le Maître, de son savoir.

— En effet, répliqua le fantôme. Je sais même que tu es allé voir le Maître du Zen aujourd’hui.

— Puisque tu sais tant de choses, dit l’homme, dis-moi combien de baies de soja j’ai dans cette main.

Il n’y eut plus aucun fantôme pour répondre à sa question.

Paul Reps dans le Zen en chair et en os

Une pièce musicale avec Sarah Brightman and Antonio Bandera – The Phantom Of The Opera

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/250660.html

Une présence à la vie

Bouddhas

Un maître zen prenait de l’eau dans un puits quand un visiteur qui avait fait un long voyage lui demanda, « Où puis-je trouver le maître de ce monastère ? » Il pensait que cet homme qui prenait de l’eau au puits n’était qu’un serviteur, un bouddha ne ferait pas cela, un bouddha ne nettoie pas le parquet !

Le maître éclata de rire et dit, « Je suis la personne que vous cherchez. »

L’admirateur ne pouvait pas y croire. « J’ai beaucoup entendu parler de vous, mais je ne peux pas concevoir que c’est vous qui allez chercher l’eau au puits. »

Le maître répondit, « Mais, c’est ce que je faisais avant l’illumination. Transporter l’eau, couper du bois, c’est ce que j’ai toujours fait et c’est pourquoi je continue. Je sais bien faire ce travail. Venez avec moi, je vais aller maintenant couper du bois, venez me regarder ! » « Quelle est alors la différence ? Avant l’illumination, vous faisiez ces deux tâches, après l’illumination, vous faites encore les deux mêmes choses. Qu’est-ce qui a changé ?

Le maître riait. « La différence est à l’intérieur. Avant, je faisais les choses dans un état de sommeil. Maintenant, je les fais avec conscience, c’est la seule différence. Les activités sont les mêmes mais je ne suis pas le même. Le monde est le même, mais je ne suis pas le même. Et parce que je ne suis plus le même, pour moi, le monde aussi n’est plus le même.

Osho dans Être en pleine conscience : Une présence à la vie

Une pièce musicale de Deuter – Loving Touch

 

Paraboles

ImAGE Chemin des livres

Parabole

Un voyageur rencontra un tigre et s’enfuit, le tigre à ses trousses. Arrivé au bord d’un précipice, l’homme y sauta en s’accrochant à une liane et resta suspendu dans le vide, le tigre reniflant au-dessus de lui. Tout tremblant, l’homme regarda sous lui et vit qu’un autre tigre le guettait au fond du ravin.

Deux souris — une blanche, et une noire — se mirent à ronger la liane à laquelle il était suspendu. L’homme vit alors près de sa tête une appétissante fraise sauvage. Ne tenant plus la liane que d’une main, il cueillit la fraise de l’autre et la mangea. Que son goût était délicieux !

 *

Ni eau, ni lune

La nonne Chiyono étudiait le Zen depuis longtemps sous la conduite de Bukka d’Engaku, mais elle se révélait incapable d’atteindre les fruits de la méditation.

Une nuit où la lune brillait, elle transportait de l’eau dans un vieux seau rafistolé avec du bambou tressé. Le bambou se rompit, le fond du seau céda — et à cet instant précis Chiyono se sentit libre.

En souvenir de cet instant, elle écrivit ce poème :

J’avais essayé de réparer le vieux seau

mais la tresse de bambou était fragile et près de se rompre,

en sorte que le fond du seau tomba.

Il n’y eut plus d’eau dans le seau

ni de lune dans l’eau !

Paul Reps dans le Zen en chair et en os

Une pièce musicale de Danit – Presencia

 

La Grande Totalité

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En 1586 j’entrai dans ma 41e année. Après une longue période de voyage et d’études, je pus enfin vivre tranquillement dans ma nouvelle demeure de méditation qui venait d’être construite. Mon esprit et mon corps subirent alors une détente bienfaisante et je me sentis merveilleusement heureux.

Un soir, pendant la méditation, je vis clairement la Grande Totalité, illuminatrice, transparente, vide et claire, telle l’Océan limpide, et rien n’exista plus.

Cette vision m’inspira les stances suivantes :

L’Océan limpide luit

clair et vide,

aussi éclatant que le reflet de la lune

sur la neige blanche.

Aucune trace d’homme ou de dieu ne subsiste.

Oh ! quand s’ouvre l’oeil de Vajra,

le mirage disparait.

La grande terre disparait dans la royaume de la tranquillité.

Après cette expérience, je suis retourné dans ma chambre. Sur mon bureau se trouvait le Soutra Leng Yen[Surangama]. Je l’ai ouvert par hasard, et je suis tombé sur les phrases suivantes :

« Vous verrez alors que votre corps et votre esprit, ainsi que les montagnes, les rivières, l’espace et la terre de l’extérieur sont tous dans l’Esprit merveilleux, illuminé et vrai. »

Soudain, l’essentiel de l’ensemble du sutra fut clairement compris par mon esprit et apparut de façon vivante sous mes yeux.

Chen Chi Chang dans Pratique du Zen

Une pièce musicale de Asha – Return To Your Soul

 

Le bruit d’une seule main

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Le Maître du temple de Kennin était Mokurai, le Tonnerre Silencieux. Il avait un petit protégé de douze ans, Toyo. Toyo voyait chaque matin et chaque soir les disciples rendre visite au Maître pour recevoir son enseignement par le moyen du sanzen, ou pour qu’il les aidât à se délivrer de la dispersion de l’esprit en leur soumettant des koans. Toyo voulut lui aussi pratiquer le sanzen.

— Attends encore un peu, dit le Maître. Tu es trop jeune.

Mais l’enfant insista et Mokurai se rendit enfin à son désir. Le soir même, le petit Toyo se présenta au seuil de la chambre de sanzen, de Mokurai, frappa le gong pour s’annoncer, s’inclina trois fois avant d’entrer et alla s’asseoir devant le Maître dans un silence respectueux.

— Tu sais le bruit que font deux mains lorsqu’on les claque l’une contre l’autre, dit Mokurai. Maintenant, dis-moi ce qu’est le bruit d’une seule main ?

Toyo s’inclina et regagna sa chambre pour réfléchir à ce problème. Par la fenêtre, il entendit la musique des geishas. « J’ai trouvé ! » s’écria-t-il.

Le lendemain soir, lorsque son maître lui reposa sa question, Toyo se mit à jouer la musique des geishas.

— Non, dit Mokurai. Ce n’est pas là le son d’une seule main. Tu n’as pas compris.

Se disant qu’une telle musique devait être à peine audible, Toyo s’installa dans un lieu plus tranquille et se remit à réfléchir. Ce faisant il entendit de l’eau qui coulait goutte à goutte : « J’ai trouvé ! » se dit-il.

Le lendemain, lorsqu’il se retrouva devant son maître, Toyo imita le bruit de l’eau.

— Ce n’est pas cela, dit Mokurai. Cela, c’est le bruit de l’eau qui coule ; ce n’est pas le bruit d’une seule main. Cherche encore.

Toyo proposa d’autres réponses — le soupir du vent, le cri du hibou, le chant du criquet — mais Mokurai les refusa toutes.

Pendant près d’un an, Toyo chercha en vain. Finalement, il entra en méditation et oublia tous les sons.

— Je ne pouvais plus en trouver d’autres, expliqua-t-il plus tard. C’est ainsi que j’ai atteint le son qui n’a pas de son.

Toyo avait compris ce qu’est le bruit d’une seule main.

Paul Reps dans le Zen en chair et en os

Une pièce musicale d’Eric Aron – Inside