Manifeste hédoniste

Vin

Si les églises se sont vidées, les esprits restent pleins de l’enseignement chrétien : dépréciation des corps, des sensations, des émotions, de la chair, des passions, des pulsions, des femmes, du plaisir, de la jubilation, surestimation de l’ascétisme, du dolorisme, du renoncement, d’où misogynie et phallocratie…

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L’érotisme est à la sexualité ce que la gastronomie est à la nourriture : un supplément d’âme.

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Cette éthique théorique suppose donc une morale pratique dont les vertus sont simples : vertueux ce qui augmente un plaisir et diminue une souffrance ; vicieux ce qui augmente les souffrances, les entretient ou ne lutte pas contre.

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Les hommes ignorent leur place dans l’univers. S’ils la connaissaient, ils prendraient mesure de la démesure du cosmos et de l’insignifiance de leur existence. Nous faisons un événement considérable de notre vie qui importe aussi peu que l’être d’une feuille dans un arbre. Les glissements de l’éphémère sur le miroir d’une mare d’eau croupie résument le destin de chacun qui se croit monde à lui tout seul.

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L’art sert trop de signature sociale, il crée des tribus désireuses de distinction sociale et de séparation d’avec le grand public.

Michel Onfray dans Manifeste hédoniste

Une pièce musicale d’IMA – Drôle de Vie

Les paroles sur https://www.flashlyrics.com/lyrics/ima/drole-de-vie-10

La Patience brûlante

Oser l’intimité, la profondeur. Se placer dans un dénuement propice au partage du fruit de l’expérience de vie, sur un mode direct, sans fioritures, éclairé par l’ouverture et le don de soi. Tel est le propos de cette collection Antenne offerte à la conscience.

Christiane Singer et la Patience brûlante

Qui contrôle le destin?

ImAGE danse

Je sais qu’il y a des personnes qui croient au destin.  Je suis ni pour ni contre, bien au contraire.  En fait, j’ai de moins en moins le besoin de contrôler ce qui va arriver dans ma vie, ce que je devrais ressentir et atteindre.  Je suis conscient que mes gestes ont des répercussions sur les autres et il en est de même des gestes des autres envers moi, mais j’y vois une forme d’interdépendance conditionnée ou la vie se construit et se nourrit continuellement.

Si j’ai de moins en moins envie d’anticiper certains événements de la vie, par contre, je suis de plus en plus conscient de l’importance de mes choix, de ma capacité à faire en sorte que mes réactions face aux situations soient le reflet de ce que je veux vraiment. Certains y verront dans cette quête d’assumer mon libre arbitre une opposition au concept de destin. Moi pas. Une force, une énergie n’est pas l’opposé d’un concept.

Paradoxalement, cette force et cette énergie prend toute son ampleur lorsque je le vis avec abandon, un certain détachement. Il y a un point d’équilibre entre assumer ses choix et forcer les choses, entre réaliser ses choix et s’abandonner à ce qui suit.

Par exemple, à mes yeux cela ne relève pas de l’ordre de la réalisation du destin que mon enfant réussisse dans la vie afin qu’il soit heureux, c’est de l’ordre de mes attentes.

Je peux toutefois faire en sorte de le responsabiliser face à ses choix, accepter sa différence au regard de ma vie, en m’abandonnant à sa singularité et lui faire goûter des instants de bonheur partagés.  Alors, peut-être que la culture du bonheur lui fera cueillir des fruits nouveaux que certains nommerons créativité, reconnaissance ou réussite. Pour moi, ce sera invariablement, malgré ce qu’il fera selon sa mesure et en tenant compte de ses opportunités, la réalisation de sa vie.

Une pièce musicale La valse d’Amélie

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Alexis Zorba

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– Peut-être que je resterai avec toi, ici… fis-je, effrayé par la tendresse farouche de Zorba. Peut-être aussi que je reviendrai avec toi. Je suis libre!

Zorba secoua la tête:

– Non, tu n’es pas libre, dit-il. La corde avec laquelle tu es attaché, est un peu plus longue que celle des autres. C’est tout. Toi, patron, tu as une longue ficelle, tu vas, tu viens, tu crois que tu es libre, mais la ficelle tu ne la coupes pas. Et quand on ne coupe pas la ficelle…

– Je la couperai un jour! dis-je avec défi, car les paroles de Zorba avaient touché en moi une plaie ouverte et j’avais eu mal.

– C’est difficile patron, très difficile. Pour ça, il faut un brin de folie; de folie, tu entends? Risquer tout! Mais toi, tu as un cerveau solide et il viendra à bout de toi. Le cerveau est un épicier, il tient des registres, j’ai payé tant, j’ai encaissé tant, voilà mes bénéfices, voilà mes pertes! C’est un prudent petit boutiquier; il ne met pas tout en jeu, il garde toujours des réserves. Il ne casse pas la ficelle, non! il la tient solidement dans sa main, la fripouille. Si elle lui échappe, il est foutu, foutu le pauvre! Mais si tu ne casses pas la ficelle, dis-moi, quelle saveur peut avoir la vie? Un goût de camomille, de fade camomille! Ce n’est pas du rhum qui te fait voir le monde à l’envers.

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Le bon maître ne veut pas de récompense plus éclatante que celle-là : former un élève qui le dépasse.

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Nous restâmes silencieux auprès du brasero, tard dans la nuit. Je sentais de nouveau combien le bonheur est chose simple et frugale : un verre de vin, une châtaigne, un misérable poêle, la rumeur de la mer. Rien d’autre. Et pour sentir que tout cela c’est du bonheur, il ne faut qu’un cœur simple et frugal.

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Lorsque tout marche de travers, quelle joie de mettre notre âme à l’épreuve pour voir si elle a de l’endurance et de la valeur! On dirait qu’un ennemi invisible et tout puissant – les uns l’appellent Dieu, les autres diable – s’élance pour nous abattre; mais nous restons debout. Chaque fois qu’intérieurement il est vainqueur, alors qu’au dehors il est vaincu à plate couture, l’homme véritable ressent une fierté et une joie indicibles. La calamité extérieure se transforme en un suprême et durable félicité.

Nikos Kazantzakis dans Alexis Zorba

Une pièce musicale tirée du film  La danse de Zorba