À l’écoute du silence

Quand dans l’émerveillement de la musique, de l’architecture, de la peinture, de la nature ou de l’amour, vous vous sentez délivré de vous-même, votre regard se porte sur la beauté et, tandis que vous vous perdez de vue, vous vous sentez exister avec une plénitude incomparable. Et c’est à ce moment là justement que la vie atteint son sommet, quand cessant de vous regarder vous n’êtes plus qu’un regard vers l’autre.

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Pour découvrir cet immense espace qui fait d’un être humain un être universel, il faut entrer dans le silence le plus profond, il faut cesser de faire aucun bruit avec soi-même, il faut atteindre jusqu’à la racine de l’être, là où précisément notre personnalité jaillit du cœur à cœur avec l’Hôte bien aimé qui nous habite.

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La plupart des vies, malheureusement sont des cadavres d’humanité…la plupart des hommes sont portés par leur biologie au lieu de la porter. Ils meurent avant de vivre… C’est pourquoi le vrai problème n’est pas de savoir si nous serons vivants après la mort, mais bien si nous serons vivants avant la mort.

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Il ne s’agit pas de se défendre contre des forces hostiles que l’on n’arrive pas à apprivoiser, il ne s’agit pas d’impuissance et d’ignorance, il s’agit de plénitude de la vie ; il s’agit de la joie infinie, il s’agit d’une liberté enfin reconnue, celle qui fait justement de notre puissance de choisir le pouvoir de nous donner, de tout donner en nous donnant. Combien de philosophes ont peiné pour définir la liberté, pour la concilier avec déterminisme, et il n’y en a peut-être pas un qui ait compris que le sens de la liberté, c’était justement de faire de nous-même un don. Mais un don à qui, sinon à une générosité qui s’annonce comme telle au plus profond de nous ?

Maurice Zundel dans À l’écoute du silence

Une pièce musicale de Schubert – « Ständchen » D957