Une soirée au Caire

Le Souk.

L’égyptomanie de beaucoup d’Occidentaux lui parait étrange, et même excessive :

– Ah, si seulement ils pouvaient s’intéresser à nous autant qu’à nos ancêtres !

*

Ce pays est en train d’étouffer, entre des fous furieux qui mettent la religion partout et un pouvoir épuisé et largement corrompu. Nous avons besoin de justice sociale et de démocratie. Et je ne parle même pas de nos prisons qui sont une honte.

*

Pourquoi la pierre de Rosette se trouve-t-elle à Londres depuis deux cents ans? Demande le violoniste de l’opéra du Caire. Pourquoi le musée de Berlin détient-il toujours un merveilleux buste de Néfertiti, sorti frauduleusement d’Égypte? Et que font tous ces trésors pharaoniques au Louvre?

Cheminard exaspéré :

Vous voulez vraiment rapatrier toutes les pièces d’antiquité égyptienne qui se trouvent dans les musées du monde ?

La plupart des pièces ont été emportées sans autorisation.

Heureusement mon cher ! Heureusement ! Que seraient-elles devenues si des Européens ne les avaient pas sauvées au XIXè  siècle? Je vous rappelle qu’à l’époque, vos ancêtres démontaient des temples pour en utiliser les pierres.

Et l’obélisque de Louqsor? Trouvez-vous normal qu’on lui ait fait traverser la mer pour le planter sur une place parisienne, au milieu des voitures?

Robert Solé dans Une soirée au Caire

Une pièce musicale d’Om Kalthoum – Enta Omry Instrumental

Ferdaous, une voix en enfer

ImAGE voyage

J’ai écrit des articles qui encensent la liberté et j’ai des penchants philosophiques. Mais mon crime le plus grand est d’être une femme libre à une époque où l’on ne tolère que les esclaves. Je suis née avec un cerveau qui pense à une époque où l’on cherche à tuer la raison.

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Je me sentais étrangère à ce monde et tout de ce monde m’était étranger: cette terre, ce ciel, ces arbres. C’était comme si je déambulais dans un monde irréel, sans que je lui appartienne, sans qu’il m’appartienne…

Faire ce que l’on veut et ne pas faire ce que l’on ne veut pas ! Liberté de n’appartenir à personne, volupté de se détacher de l’univers ! Se sentir une femme indépendante, parmi d’autres êtres indépendants ! Ne subir le pouvoir d’aucun homme et ne se plier ni aux lois du mariage, ni à celles de l’amour ! Vivre en dehors du temps, en dehors des lois, en dehors même de l’existence !

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Rien n’est plus dangereux que la vérité dans un monde qui ment.

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Les critères moraux définis par la société doivent s’appliquer à tous les individus, abstraction faite du sexe, de la couleur de la peau et de la classe sociale.

Nawal El Saadawi dans Ferdaous, une voix en enfer

Une chanson de Zaz – Je veux

Le palais du désir

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Les plus anciens vestiges laissés sur terre ou sous terre sont des édifices de culte, aujourd’hui encore on en rencontre partout! Quand l’homme va-t-il enfin devenir adulte et s’appuyer sur lui-même? Et cette voix tonnante qui arrive du fond de la mosquée pour rappeler aux croyants la fin du monde? Depuis quand le monde devrait-il avoir une fin? Et quoi de plus beau que de voir l’homme combattre les chimères et les vaincre! Mais quand s’achèvera donc la lutte et quand le combattant proclamera-t-il qu’il est heureux en disant : « Soudain le monde me semble étranger! Serait-il né d’hier? » Ces deux hommes, là, devant moi, sont mon père et mon frère. Pourquoi tous les gens ne seraient-ils pas, eux aussi, mes pères et mes frères? Et ce cœur que je porte en moi, comment a-t-il pu se complaire à m’en faire voir de toutes les couleurs? Je n’arrête pas de rencontrer des gens indésirables, alors pourquoi a-t-il fallu que la seule personne que j’aime parmi eux s’en aille à l’autre bout de la Terre?

*

Écoutez-les parler de la beauté! Que connaissent-ils de son essence? Ils ne se laissent séduire que par les couleurs : la blancheur de l’ivoire, l’or des lingots. Demandez-moi mon avis. Je ne vous parlerai pas de peau brune et éclatante, d’yeux noirs comme l’ébène, de silhouette élancée, d’élégance parisienne… Non! Toutes ces choses sont belles, certes, mais ce ne sont que des contours, des formes, des couleurs tributaires en fin de compte des sens et des normes! Non! La beauté, c’est au coeur un sursaut qui le blesse, un souffle luxuriant qui s’épanche dans l’âme, un amour éperdu qui la porte sur des vagues d’azur, jusqu’à lui faire embrasser les cieux purs… Parlez-moi donc de cela si vous en êtes capables!»

Naguib Mahfouz dans Le palais du désir

Une pièce musicale Ancient Arabic Music – Sultan’s Palace

Mendiants et orgueilleux

Le souk d'Alexandrie.

– Dieu est grand ! répondit le mendiant. Mais qu’importent les affaires. Il y a tant de joie dans l’existence. Tu ne connais pas l’histoire des élections ?

– Non, je ne lis jamais les journaux.

– Celle-là n’était pas dans les journaux. C’est quelqu’un qui me l’a racontée.

– Alors je t’écoute.

– Eh bien ! Cela s’est passé il y a quelque temps dans un petit village de Basse-Égypte, pendant les élections pour le maire. Quand les employés du gouvernement ouvrirent les urnes, ils s’aperçurent que la majorité des bulletins de vote portaient le nom de Barghout. Les employés du gouvernement ne connaissaient pas ce nom-là ; il n’était sur la liste d’aucun parti. Affolés, ils allèrent aux renseignements et furent sidérés d’apprendre que Barghout était le nom d’un âne très estimé pour sa sagesse dans tout le village. Presque tous les habitants avaient voté pour lui. Qu’est-ce que tu penses de cette histoire ?

Gohar respira avec allégresse ; il était ravi. « Ils sont ignorants et illettrés, pensa-t-il, pourtant ils viennent de faire la chose la plus intelligente que le monde ait connue depuis qu’il y a des élections. » Le comportement de ces paysans perdus au fond de leur village était le témoignage réconfortant sans lequel la vie deviendrait impossible. Gohar était anéanti d’admiration. La nature de sa joie était si pénétrante qu’il resta un moment épouvanté à regarder le mendiant. Un milan vint se poser sur la chaussée, à quelques pas d’eux, fureta du bec à la recherche de quelque pourriture, ne trouva rien et reprit son vol.

– Admirable ! s’exclama Gohar. Et comment se termine l’histoire ?

– Certainement il ne fut pas élu. Tu penses bien, un âne à quatre pattes ! Ce qu’ils voulaient, en haut lieu, c’était un âne à deux pattes.

Albert Cossery dans Mendiants et orgueilleux

Une chanson de Louis Chedid -Tu peux compter sur moi

Les paroles sur https://www.parolesdeclip.fr/tu-peux-compter-sur-moi-louis-chedid-et-m.html