Vide médian

Ton regard tout de rêve et d’attente

Si offert à la transparence que jamais

l’aube y dépose sa promesse

Aube de la vie, aube de ta vie, attendant

Qu’au fond de la nuit s’esquisse une âme sœur

et lentement prenne corps l’être de ton rêve

Sachant faire siens faim et soif, gel et flamme

Suivre en silence le courant des murmures

et remonter jusqu’à la source des larmes

Faire fi des saisons, des lointains

sur le long chemin qui mène vers toi

Cueillir en passant roses d’été, pétales d’automne

frissons de grillons, laudes de l’alouette

Pénétrer l’intime de la moindre fibre

des feuilles, des fleurs, puis des fruits

Être humble assez pour entendre l’impalpable

dévoiler l’indicible, épouser l’inouï

Se dépouiller tel un arbre en hiver

ouvert aux affres et aux effrois

Dressant ses branches contre le ciel étoilé

Franchissant une à une les couches de la nuit

Et venir enfin

au-devant de la transparence de l’aube

Et te dire, avec l’évidence du jour,

« me voici! »

*

Qui accueille s’enrichit

Qui exclut s’appauvrit

Qui élève s’élève

Qui abaisse s’abaisse

Qui oublie se délie

Qui se souvient advient

Qui vit de mort périt

Qui vit de vie sur-vit

*

Ne laisse en ce lieu, passant

Ni les trésors de ton corps

Ni les dons de ton esprit

Mais quelques traces de pas

Afin qu’un jour le vent fort

À ton rythme s’initie

À ton silence à ton cri

Et fixe enfin ton chemin

François Cheng dans Le livre du Vide médian

Une pièce musicale de Zbigniew Preisner – Niebo (Ciel)