Khalil Gibran et Les Ailes brisées

00gibran

Maintenant je sais qu’il existe quelque chose de plus haut que le ciel, de plus profond que l’océan, de plus prodigieux que la vie, que la mort et que le temps.

Je sais maintenant ce que j’ignorais auparavant.

Il y a des choses plus grandes et plus pures que celles que prononce la bouche. Le silence illumine nos âmes, murmure à nos cœurs et les rassemble. Le silence nous sépare de nous-même, nous fait naviguer dans le firmament de l’esprit et nous rapproche du ciel.

Toute beauté – Toute grandeur en ce monde naît d’une simple pensée ou d’une simple émotion en un homme.

Tout ce que nous voyons aujourd’hui, accompli par les générations passées, était, avant de se manifester, une pensée dans l’esprit d’un homme ou une impulsion dans le cœur d’une femme.

Une pensée vous vient au milieu de la nuit, et elle peut vous emporter vers la gloire ou vous mener vers l’asile.

Un regard dans les yeux d’une femme peut faire de vous l’homme le plus heureux du monde.

Il est faux de croire que l’Amour naît d’une longue compagnie et d’une cour assidue. L’Amour est le rejeton d’une affinité spirituelle, et si celle-ci ne se crée pas en un moment, elle ne se créera ni pendant des années, ni même pendant des générations.

Le cœur d’une femme ne change pas avec le temps ou la saison. Même s’il agonise sans arrêt, il ne périra jamais. Le cœur d’une femme est comme un champ transformé en champ de bataille. Après que les arbres aient été déracinés et l’herbe brûlée, après que les rochers aient été rougis de sang et que la terre soit parsemée d’os et de crânes, il redevient calme et silencieux comme si rien ne s’était passé. Car le printemps et l’automne viennent à leur tour et reprennent leur travail.

Khalil Gibran dans Les Ailes brisées 

Une pièce musicale de Leonard Cohen – Lover, Lover, Lover

Les paroles en français sur https://greatsong.net/TRADUCTION-LEONARD-COHEN,LOVER-LOVER-LOVER,54470.html

Khalil Gibran et Les Ailes brisées

Bible

Je ferai de mon âme une enveloppe pour votre âme, de mon cœur une résidence pour votre beauté, et de ma poitrine un tombeau pour vos chagrins.

L’automne, l’Amour et moi, nous nous rendrons dans la vigne, nous nous assoirons près du pressoir, nous regarderons les treilles dénudées de leurs ornements d’or, et les troupes d’oiseaux migrateurs voleront par-dessus nos têtes.

Ceux que l’Amour n’a pas choisi comme adeptes n’entendent pas lorsqu’ils les appellent.

Les montagnes, les arbres et les rivières changent leur apparence selon les caprices du temps et des saisons, comme l’homme change avec ses aventures et ses émotions. Le peuplier élancé qui a, dans le jour, l’aspect d’une fiancée ressemble, le soir, à une colonne de fumée. L’immense rocher qui, à midi, se dresse, imprenable, ressemble le soir à un pauvre miséreux, avec la terre pour lit et le ciel pour couverture. Et le ruisseau que nous voyons briller dans le matin et que nous entendons chanter l’hymne de l’Éternité, se transformera, le soir, en un courant de larmes pleurant comme une mère à qui on aurait arraché son enfant.

La civilisation moderne a rendu la femme un peu plus sage, mais elle a accru ses souffrances à cause de la cupidité de l’homme. La Femme d’hier était une épouse heureuse, mais la femme d’aujourd’hui est une misérable maîtresse-femme. Dans le passé, elle marchait aveuglément dans la Lumière. Aujourd’hui, elle avance les yeux ouverts dans l’obscurité. Elle était belle dans son ignorance, vertueuse dans sa simplicité et forte dans sa faiblesse. Aujourd’hui, elle est devenue laide dans son ingéniosité, superficielle et sans cœur dans sa connaissance.

Le jour viendra-t-il jamais où la beauté et la connaissance, l’ingéniosité et la vertu, la faiblesse du corps et la force de l’âme pourront s’unir dans une Femme ?

L’esprit chagriné trouve son soulagement dans la solitude. Il a horreur des gens, comme le daim blessé s’éloigne du troupeau pour aller vivre dans une grotte jusqu’à la guérison ou jusqu’à la mort.

Je suis de ceux qui croient que le progrès spirituel est une règle de l’existence humaine, mais l’approche de la perfection est lente et pénible.

Khalil Gibran dans Les Ailes brisées

Une pièce musciale d’Armand Amar – Premonition

Khalil Gibran et les Enfants du Prophète

g_Chaillot13sfDerviches01a

Si l’amour vous en juge dignes, lui-même guidera votre cœur.

L’amour n’a d’autre désir que de s’accomplir.

Mais si vous aimez et devez éprouver des désirs, faites que ces désirs soient les vôtres :

Fondre en un ruisseau qui chante sa mélodie à la nuit.

Éprouver la douleur d’un débordement de tendresse.

Être blessé par votre propre compréhension de l’amour.

Et en laisser couler le sang joyeusement.

*

Lorsque l’amour vous fait signe, suivez-le, bien que ses chemins soient abrupts et escarpés.

Et quand ses ailes vous enveloppent, livrez-vous à lui, malgré l’épée cachée dans son plumage qui pourrait vous blesser.

Et s’il vous adresse la parole, croyez en lui, même si sa voix fracasse vos rêves, comme le vent du nord dévaste les jardins.

Car autant l’amour peut vous couronner, autant il peut vous crucifier. Alors même qu’il vous aide à croître, il vous pousse à vous élaguer.

Alors même qu’il s’élève au plus haut de vous-mêmes et caresse les plus tendres de vos branches qui ondoient au soleil, il s’enfonce au plus profond de vos racines pour les ébranler dans leurs attaches à la terre.

Comme des gerbes de blé, il vous rassemble en vous serrant contre lui.

*

Nombreux sont les aigles qui descendent de l’air supérieur pour vivre avec les taupes afin de connaître les secrets de la terre. Il y a ceux qui renoncent au royaume des rêves afin de ne pas sembler distants de ceux qui ne rêvent pas. Et ceux qui renoncent au royaume de la nudité, en couvrant leurs âmes, afin que les autres ne soient pas intimidés en voyant la vérité non couverte et la beauté non voilée. Et plus extraordinaire encore que tous ceux-là est celui qui renonce au royaume de la tristesse pour ne pas paraître fier et orgueilleux.

Khalil Gibran dans Enfants du Prophète

Une pièce musicale de Sufi Music (Sukun)

 

Khalil Gibran : vivre à moitié

Extrait d’un texte de Khalil Gibran qui nous invite à vivre entièrement, pleinement.

 

 

Ne fréquente pas ceux qui sont à moitié amoureux,

Ne sois pas l’ami de ceux qui sont à moitié des amis..

Ne lis pas ceux qui sont à moitié inspirés.

Ne vis pas la vie à moitié

Ne meurs pas à moitié

Ne choisis pas une moitié de solution

Ne t’arrête pas au milieu de la vérité

Ne rêve pas à moitié

Ne t’attache pas à la moitié d’un espoir

Si tu te tais, garde le silence jusqu’à la fin, et si tu t’exprimes, exprime -toi jusqu’au bout aussi.

Ne choisis pas le silence pour parler, ni la parole pour être silencieux …

Si tu es satisfait, exprime pleinement ta satisfaction et ne feins pas d’être à moitié satisfait …

et si tu refuses, exprime pleinement ton refus, car refuser à moitié c’est accepter..

Vivre à moitié, c’est vivre une vie que tu n’as pas vécue…

Parler à moitié, c’est ne pas dire tout ce que tu voudrais exprimer

sourire à moitié, c’est ajourner ton sourire,

aimer à moitié, c’est ne pas atteindre ton amour

être ami à moitié c’est ne pas connaître l’amitié

Vivre à moitié, c’est ce qui te rend étranger à ceux qui te sont les plus proches, et les rend étrangers à toi….

La moitié des choses, c’est aboutir et ne pas aboutir, travailler et ne pas travailler, c’est être présent et …absent

Quand tu fais les choses à moitié, c’est toi, quand tu n’es pas toi-même, car tu n’as pas su qui tu étais

C’est ne pas savoir qui tu es…

Celui que tu aimes n’est pas ton autre moitié…c’est toi même, à un autre endroit, au même moment.

Boire à moitié n’apaisera pas ta soif, manger à moitié ne rassasiera pas ta faim…

Un chemin parcouru à moitié ne te mènera nulle part

et une idée exprimée à moitié ne donnera aucun résultat …

Vivre à moitié, c’est être dans l’incapacité et tu n’es point incapable…

Car tu n’es pas la moitié d’un être humain

Tu es un être humain…

Tu as été créé pour vivre pleinement la vie, pas pour la vivre à moitié

(Traduction: Saadane Benbabaali)

Les secrets du cœur

00gibran

La lampe de la Sagesse vacille, et il est temps d’y mettre de l’huile. La maison de la fortune véritable est en train de s’écrouler, il est temps de la reconstruire et de la conserver. Les voleurs ignorants ont volé le trésor de votre paix, il est temps de le reprendre.

Jusques à quand le peuple restera-t-il assoupi ?

Jusques à quand glorifiera-t-il ceux qui n’ont atteint la grandeur que par chance?

Combien de temps ignorera-t-il ceux qui lui ont permis de voir la beauté de son esprit, symbole de paix et d’Amour?

Jusques à quand les hommes honoreront-il les morts en ignorant les vivants qui passent leur vie dans un cercle de misère, et qui se consument comme des cierges allumés afin d’éclairer le chemin des ignorants et les conduire sur les sentiers de la Lumière ?

*

Nombreux sont ceux qui parlent comme le grondement de la mer, mais leurs vies sont stagnantes et sans profondeur, comme un marais pourrissant. Nombreux sont ceux qui lèvent la tête au-dessus du sommet des montagnes, mais leur esprit continue à dormir dans l’obscurité des cavernes.

*

Celui qui tente de séparer le corps de l’esprit ou l’esprit du corps éloigne son coeur de la Vérité. La fleur et son parfum sont inséparables, et l’aveugle qui nie la couleur et l’image de la fleur en croyant qu’elle ne possède qu’un parfum qui vibre dans l’éther est semblable à ceux qui se pincent les narines en prétendant que les fleurs ne sont que des formes et des tons qui n’ont aucun parfum.

Khalil Gibran dans Les secrets du cœur

Une pièce musicale de Hazem Shahen – The horse of Darwis

Le retour du Prophète

cropped-image-soleil.jpg

Arrache les épines du doute qui s’entremêlent aux bourgeons de l’amour.

Il n’y a aucune raison de désespérer – à chaque problème, mille solutions.

Tout ce qui est attend ton assentiment.

Et tout ce que tu peux devenir attend ton éveil.

Tu vis dans un rêve qui naît à chaque instant.

Toi seul peux octroyer le sens, la beauté et l’amour.

Et qui mérite plus ton amour ? Celui-ci ? Celle-là ?

Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ne proviennent-elles pas de la même source invisible?

Perçu à travers les yeux de l’Amour, l’Univers est une immense tapisserie tissée avec les fils de la beauté.

Éveille-toi ! Je suis ici avec toi.

Ensemble, nous avons poli le miroir de ton esprit afin que tu puisses sentir sur toi Mon regard chargé d’affection.

Tu es maintenant impatient d’allumer la lumière de la conscience.

Ton esprit veut connaître les plus hautes visions et ton cœur brûle de se rendre…

*

Un sourire révèle le visage de l’esprit tout comme les rides à la surface d’un étang dévoilent la présence de la brise.

*

Es-tu autre chose, après tout, qu’un voyageur à travers le temps, chevauchant les vagues du changement ?

Dépourvu d’imagination, ton esprit serait aussi inutile qu’un bateau privé de la mer. C’est ta vision du futur qui donne le cap. C’est en te laissant porter par le souffle de tes aspirations que tu parviendras à ton objectif.

Alors seulement, tu deviendras celui que tu as voulu devenir…

Du neveu de Khalil Gibran, Hajjar Gibran dans Le Retour du Prophète

Une pièce musicale de Levon Minassian – Bab’aziz

 

L’errant

00gibran

Un homme dit à un autre :  » A la marée haute, il y a longtemps, avec un bout de mon bâton j’écrivis un vers sur le sable ; et les gens s’arrêtent encore pour le lire et font attention à ce que rien ne l’efface. « 

Et l’autre homme dit :  » Et moi aussi j’écrivis un vers sur le sable, mais c’était à marée basse, et les vagues de l’immense mer l’ont effacée. Mais dis-moi qu’avais-tu écrit ? « 

 Et le premier homme répondit :  » J’avais écrit ceci :  » Je suis celui qui est « . » Mais toi, qu’avais-tu écrit ? « 

 Et l’autre homme répondit :  » J’avais écrit ceci : « Je ne suis qu’une goutte de ce grand océan.

*

Un jour la Beauté et le Laid se rencontrèrent sur le rivage. Et ils se dirent : « Allons nous baigner dans la mer. » Alors ils se dévêtirent et nagèrent. Au bout d’un moment le Laid revint sur le rivage ; il s’habilla avec les vêtements de la Beauté et poursuivit son chemin. Et la Beauté sortit aussi de la mer, mais ne trouva pas ses habits ; parce qu’elle était trop timide pour rester nue, elle s’habilla avec les vêtements du Laid. Et la Beauté poursuivit son chemin. Et à compter de ce jour les hommes et les femmes prennent l’un pour l’autre.

 Cependant il en est qui ont aperçu le visage de la Beauté, et ils la reconnaissent malgré ses habits. Et il en est qui connaissent le visage du Laid, et ses vêtements ne le dissimulent pas à leurs yeux.

*

Khalil Gibran dans L’errant

Une pièce musicale de The Doors – Riders On The Storm