Contes des sages de l’Inde : Contrer la violence

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Le Bouddha enseignait partout où il passait. Or un jour qu’il parlait sur une place de village, un homme vint l’écouter parmi la foule. L’auditeur se mit bientôt à bouillir d’envie et de rage. La sainteté du Bouddha l’exaspérait. N’y pouvant plus tenir, il hurla des insultes. Le Bouddha demeura impassible. L’homme fulminant quitta la place.

Comme il avançait le long des rizières à larges enjambées, sa colère s’apaisait. Déjà le temple de son village grandissait au-dessus des rizières. En lui monta la conscience que sa colère était née de la jalousie et qu’il avait insulté un sage. Il se sentit si mal à l’aise qu’il rebroussa chemin pour présenter des excuses au Bouddha.

Lorsqu’il arriva sur la place où l’enseignement continuait, la foule se poussa pour laisser passer l’homme qui avait insulté le Maître. Les gens incrédules le regardaient revenir. Les regards se croisaient, les coudes étaient poussés pour attirer l’attention des voisins, un murmure suivait ses pas. Lorsqu’il fut suffisamment près, il se prosterna, suppliant le Bouddha de lui pardonner la violence de ses propos et l’indécence de sa pensée. Le Bouddha plein de compassion, vint le relever.

– Je n’ai rien à vous pardonner, je n’ai reçu ni violence ni indécence.

– J’ai pourtant proféré des injures et des grossièretés graves.

– Que faites-vous si quelqu’un vous tend un objet dont vous n’avez pas l’usage ou que vous ne souhaitez pas saisir ?

– Je ne tends pas la main, je ne le prends pas bien sûr.

– Que fait le donateur ?

– Ma foi, que peut-il faire ? Il garde son objet.

– C’est sans doute pourquoi vous semblez souffrir des injures et des grossièretés que vous avez proférées. Quant à moi, rassurez-vous, je n’ai pas été accablé. Cette violence que vous donniez, il n’y avait personne pour la prendre.

Martine Quentric-Séguy dans Contes des sages de l’Inde

Une pièce musicale d’Akasha Experience – The Chain

Première lettre de Gandhi à Adolf Hitler, 23 juillet 1939 tirée du livre de Peter Rühe intitulé Gandhi

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Cher ami, Des amis m’ont pressé de vous écrire pour le bien de l’humanité. Mais j’ai résisté à leur demande, parce que j’ai le sentiment qu’une lettre de ma part serait une impertinence. Quelque chose me dit que je ne dois pas calculer et que je dois formuler cet appel sans m’interroger sur ce qu’il vaut. Il est tout à fait clair que vous êtes aujourd’hui la seule personne au monde qui peut empêcher une guerre susceptible de réduire l’humanité à l’état sauvage. Devez-vous payer ce prix pour l’objet que vous recherchez, quelle que soit l’importance qu’il revête à vos yeux? Écouterez-vous l’appel de celui qui a délibérément rejeté la méthode de la guerre non sans un considérable succès? Quoi qu’il en soit, j’attends votre pardon, si j’ai péché en vous écrivant. Je demeure votre ami sincère.

De Mahatma Gandhi

Une pièce musicale Symphonie Universelle

Marshall Rosenberg et l’emphatie

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Distinguons bien l’empathie de la sympathie. Si j’éprouve des sentiments forts, le simple fait d’en être conscient est de la sympathie, pas de l’empathie. Ainsi, si moi, le frère, j’avais dit : « Comme je me sens triste quand tu dis cela ! « , j’aurais éprouvé de la sympathie, je n’aurais pas donné de l’empathie. Vous souvenez-vous de vous être un jour plongé dans un bon livre alors que vous aviez mal quelque part, peut-être à la tête ou à une dent ? Qu’est-il advenu de la douleur? Vous l’avez oubliée.

Elle était toujours là – je veux dire : votre état de santé n’avait pas changé – mais vous ne la ressentiez pas. Vous n’étiez plus dans votre corps mais comme « en visite » dans votre livre. C’est cela, l’empathie.

L’empathie nous demande d’être en lien avec les sentiments de l’autre et non pas de ressentir la même chose. Nous ne faisons que l’accompagner. S’il m’arrive d’éloigner mon esprit de l’autre ne fut-ce qu’une seconde et que je me rends compte que j’ai moi-même des sentiments forts, je n’essaie pas de les réprimer. Je me dis : « Retournes-y ». Le fait que je sois en lien avec mes propres sentiments m’indique que je suis revenu « chez moi ». Alors, je me dis : « Retournes-y. « 

Si ma douleur est trop grande, je ne peux pas faire preuve d’empathie.

Si je souffre trop je ne peux pas donner de l’empathie. Je peux donc dire à l’autre : « Cela me fait tellement mal d’entendre ce que tu dis que je n’arrive pas à t’écouter. Pourrions-nous nous interrompre quelques instants pour que je puisse gérer cela, de manière à pouvoir recommencer à t’écouter ensuite ? « 

Il est important de ne pas confondre empathie et sympathie. Si je dis à une personne en souffrance : « Je comprends comment tu te sens et cela me rend triste », je détourne l’attention vers moi.

J’utilise parfois une formule que beaucoup détestent à propos de la Communication NonViolente : je dis qu’il faut « apprendre à aimer la souffrance de l’autre ». Pourquoi cette formule, qui peut passer pour du sadisme ? Voici un exemple, quand je me rendais à San Diego, une amie avait l’habitude de m’appeler et de me dire : « Viens jouer avec ma douleur. « Elle savait que je comprenais ce qu’elle voulait dire. Elle était en train de mourir d’une maladie très douloureuse, et elle me disait que sa douleur était encore aggravée par la nécessité de gérer les réactions des autres à son égard. Ces réactions, motivées par leur compassion, lui posaient un tel problème qu’elle préférait rester seule avec sa douleur plutôt que de devoir gérer celle des autres. Elle me disait alors : « C’est pour cela que j’aime t’appeler, Marshall : parce que tu es tellement froid. Tu es un vrai salaud ! Je sais que je peux te parler et que tu ne te préoccupes que de toi-même. « 

Elle savait que je comprenais le langage idiomatique de la CNV. Elle savait aussi que je prenais plaisir à nos rencontres, dans la mesure où la présence à l’autre, que ce soit dans la souffrance ou dans la joie, est toujours précieuse. Évidemment, je préférerais que mon interlocuteur soit joyeux, mais il est précieux d’être simplement présent à l’autre et à tout ce qui est vivant en lui. C’est cela que mon amie appelait « jouer avec sa douleur.

Marshall Rosenberg dans L’art de la réconciliation

Une pièce musicalede Pachelbel – Canon In D Major

Dénouer les conflits par la communication NonViolente

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Notre culture nous incite à croire que la violence est parfois bonne, lorsqu’elle permet de punir le méchant. Mais une telle attitude nous coupe de la vie ; nous ne sommes plus vivants. Bien entendu, je ne parle pas d’être vivant comme lorsqu’on se « shoote » à l’adrénaline. En effet, ceux qui raisonnent selon un tel schéma de pensée sont pris dans un cercle vicieux : plus ils sont en colère et plus leur taux d’adrénaline s’accroît. À long terme, une telle attitude est suicidaire, tant pour le corps, pour le cœur, que sur le plan spirituel.

Si nous apprenons à décoder les besoins cachés derrière notre colère, certes, nos émotions resteront fortes, mais la colère va pouvoir s’estomper. Nous rejoindrons, au fond de nous, les émotions primitives destinées à assurer notre survie et à répondre à nos besoins. Il est bien possible alors que je pousse un cri ; ce ne sera pas un cri d’injures, mais un cri d’appel :

– Écoutez-moi ! Et donnez-moi ce dont j’ai tant besoin !

Les sentiments qui affleurent à ce moment-là sont du registre de la tristesse, de l’impuissance, de la blessure ou de la peur ; ils sont douloureux, mais pas destructeurs. Certaines personnes m’ont décrit cette peine, ajoutant qu’elles la vivaient comme nourricière, qu’elles se sentaient revivre.

Marshall B. Rosenberg dans Dénouer les conflits par la Communication NonViolente

Une pièce musicale de Shakti ~ Peace Of Mind

30 000 matins pour renaître

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Un gagnant dans un combat, est juste une personne qui perd un peu de soi. L’oppresseur fait la démonstration qu’il est possible d’assumer l’insupportable, et d’avoir suffisamment d’inconscience pour ne pas s’en rendre compte.

Bien qu’il soit difficile de lui expliquer, ce ne sera jamais la somme des connaissances, le fait d’être capable de lire et d’écrire qui fera un humain conscient. Comment expliquer qu’il s’agit plutôt de cette capacité de se libérer de la peur, de l’intolérance et de l’ignorance?

Un être humain a toujours la capacité de se développer et d’apprendre de ses expériences de vie, quoiqu’elles soient. Rien n’est définitif. Il y a toujours une possibilité de changer.

En naissant, nous avons, en moyenne selon notre espérance de vie, l’opportunité de près de 30 000 matins pour renaître. Imaginez les 720 000 heures de votre vie pour prendre une pause et évaluer votre situation. C’est sans compter les 43 200 000 minutes pour nous ressaisir, ou les 2 592 000 000 secondes pour prendre une décision qui fera la différence.

La paix ne nécessite pas un combat, c’est tout le contraire, il nécessite une ouverture, l’acceptation de l’autre avec un cœur pacifique.

Une chanson de Francis Cabrel – Tout le monde y pense

Les paroles https://www.lacoccinelle.net/964878.html

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Inversion de perspective non violente

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La maturité d’une communauté s’apprécie notamment par sa capacité à ne pas entretenir des comportements favorisant l’émergence de souffre-douleur.

Cela demande que les gens qui la composent entretiennent l’intérêt de construire ensemble, en évitant de se comparer ou de tenter de nier la beauté de l’autre.

Et cette maturité permet de défaire de cette interdépendance: nous avons besoin d’un souffre-douleur, d’un mal-aimé, d’un exclu pour… nous apprécier.

Et cette maturité permet que le souffre-douleur, le mal-aimé ou l’exclu cesse de s’obstiner à suivre ses bourreaux partout.

Pour atteindre ce niveau de maturité, il est plus facile d’amener les gens à s’investir dans la bonté qu’à lutter contre la haine.

Créer les conditions permettant d’instaurer l’état que nous voulons atteindre rend subversive toute résistance aux changements.

Une inversion de perspective non violente.

Une chanson interprétée par Shakira – Imagine

Les paroles sur http://lyrics.shakira-online.fr/?page_id=3346

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