Le chemin des neuf mondes

INUSKSHUK

On a longtemps dit que les sociétés amérindiennes étaient des sociétés sans écriture, signe de leur faible niveau de développement. Mais pour nombre d’entre elles, écrire, c’est risquer de perdre la mémoire, de s’éloigner de l’expérience qui fait sens. Ils ont préféré investir dans la tradition orale et le symbole, cette autre écriture qui, au delà des mots, touche le physique, l’inconscient et le mental. Cette écriture qui relie à l’essence du monde.

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L’interrelation, l’interdépendance lient les connaissances conceptuelles et expérimentales, cœur, conscience et esprit, hommes, nature et objets. Tout est équilibre entre un ensemble de composantes vivantes qui ont chacune un rôle et une fonction. L’ensemble ne fonctionne que parce que chacune des parties est reliée aux autres et remplit au mieux son rôle. D’après les Kogis, c’est parce que nous avons oublié cette règle élémentaire que nous provoquons de nombreuses ruptures qui menacent l’équilibre de la planète. « Ce qui compte dans la vie, et c’est si évident que l’on s’étonne que cela ne soit pas plus souvent dit, ce sont les relations entre les objets, et non les objets eux-mêmes. »

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Il est temps de penser à des choses essentielles. Il faut commencer par penser que la terre c’est la vie. Si nous ne construisons qu’un monde artificiel, la terre va mourir. Si elle meurt, alors nous allons tous mourir, car la terre c’est la mère, c’est la vie.

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Pour eux, la nature n’est pas belle, harmonieuse en soi, c’est un univers d’épreuves où l’homme doit apprendre à cheminer entre le jour et la nuit, entre la droite et la gauche, entre le bien et le mal.

Éric Julien dans Le chemin des neuf mondes

Une pièce musicale avec Taqralik Partridge et Nina Segalowitz Le chant de gorge inuit

Une spiritualité laïque au quotidien : Neuf voies d’accès au spirituel

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Il y a d’abord la spiritualité des personnes qui poursuivent leur recherche de sens sans aucune référence religieuse. Je chercherai à montrer comment dans les rapports avec la nature, aux valeurs, au silence, à la conscience, etc., il y a de précieux chemins pour permettre à tous d’être partie prenante d’un nouvel humanisme spirituel, avec ce pari qu’un fond mystique émerge dans l’âme contemporaine. Mais je retiens surtout ce que j’appelle le « spirituel au quotidien ».

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Le spirituel, c’est ce qui vient du plus profond de soi et qui, en même temps, nous dépasse. Risquerai-je la formule « d’en-deçà de soi et d’au-delà de soi » ? Le spirituel, c’est ce qui donne profondeur à notre vie, à nos expériences humaines, à nos convictions et croyances, à nos amours, à notre foi en nous-mêmes, aux autres, à l’avenir – et à Dieu pour ceux qui y croient.

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Plusieurs (re)découvrent alors l’importance du spirituel pour se donner des racines intérieures, pour s’habiter, pour aller chercher le meilleur d’eux-mêmes. Il en va de la recherche du spirituel comme du creusage du puits artésien qui sait repérer et harnacher les veines cachées de la terre afin d’étancher nos soifs et de répondre à nos besoins quotidiens, et cela d’une façon inépuisable.

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Mais je m’étonne que dans les débats actuels, on ne parle pas de l’exigence démocratique de n’exclure personne ni aucun groupe de la société. Exclure les groupes religieux de la société civile, c’est paver le chemin à l’intégrisme. Et cela concerne tout autre groupe qu’on exclurait. L’espace public doit être celui de tous.

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Avec finesse, Comte-Sponville souligne que croyants et incroyants ne sont ici séparés que par ce que nous ignorons. Bien sûr, cela n’annule pas nos désaccords, mais en relativise la portée. Selon lui, on peut se passer de religion, mais pas de communion, ni de fidélité, ni d’amour. Paix à tous, croyants et incroyants !

Jacques Grand’Maison dans Une spiritualité laïque au quotidien : Neuf voies d’accès au spirituel

Une pièce musicale de Xavier Rudd – Spirit Bird

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/873264-xavier-rudd-spirit-bird.html

Chemins de la profondeur

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Tout art s’apprend, tout métier s’enseigne. Il existe un art de vivre comme un art d’aimer, et donc un art de la vie intérieure. Il a ses guides. Parmi eux le plus précieux se trouve à l’intérieur de soi-même. Peu importe le nom qui lui est conféré. On peut, avec Augustin, l’appeler le « Maître intérieur ». Mais il doit être découvert. Les autres maîtres n’auront pas d’autres fonctions que de favoriser cette rencontre du soi avec le Soi suprême, l’élément le plus vivant de l’être.

L’expérience du silence.

L’art de la vie intérieure

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L’homme privé de racines, désacralisé, se banalise. Il n’est plus qu’un personnage sociologique ; on anéantit son mystère et ses pouvoirs secrets. Un tel homme n’est plus qu’un produit de supermarché. La dimension humaine ne peut s’acquérir que par l’intériorité, au profit d’une structure lui permettant d’occuper la place qui lui revient et à laquelle il a droit.

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Il ne s’agit (…) pas de mélanger les voies mais de comprendre que les traditions s’imbriquent et se complètent.

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(…), une religion, quand elle n’est pas vécue intérieurement, peut présenter des dangers pour la vie spirituelle en créant une vaine assurance dont les conséquences sont illimitées.

Marie-Madeleine Davy dans Chemins de la profondeur

Une pièce musicale de Santana Moonflower

Deux exemples de transformations intérieures

Daniel Odier et Pierre-Yves Albrecht nous confient deux anecdotes illustrant des transformations intérieures étonnantes.

Avons-nous au fond de nous les ressources pour nous connaître et guérir nos blessures ? Sommes-nous toutes et tous habités par ce « maitre intérieur » décrit par de nombreuses traditions et capable de nous éclairer aux moments les plus obscurs de notre existence ? Qui est cet être lové en nous ? D’où vient-il ? Est-il une partie de nous-mêmes ? Comment le convoquer dans notre vie quotidienne ?

Du chamanisme à la psychothérapie, de la spiritualité à la vraie liberté, et si toutes les solutions étaient en nous ?

Vie unitive

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L’expérience acquise m’avait permis de me familiariser avec de nombreux types et niveaux de silence.

Il y a un silence intérieur, un silence qui descend de l’extérieur, un silence qui met fin à l’existence et un silence qui engloutit l’univers entier.

Il y a un silence du moi et des facultés : volonté, pensée, mémoire, émotions.

Il existe un silence dans lequel il n’y a rien et un silence qui contient quelque chose.

Enfin, il y a le silence du non-soi et le silence de Dieu.

S’il était une voie à laquelle je puisse rattacher mes expériences contemplatives, ce serait précisément cette voie du silence qui sans fin se déroule et s’approfondit.

Une fois cependant, cette voie sembla s’arrêter, au moment où je pénétrai dans un silence dont je ne devais jamais complètement ressortir.

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Avec l’arrêt de la conscience de soi, tous les effets expérimentés qu’elle a générés disparaissent en un clin d’œil. Et quels étaient ces effets ? Ils étaient l’expérience de « l’être », de « la vie », de « l’âme », de « l’énergie », du « mental et de la volonté », de « l’intériorité », du « système affectif », voire de la conscience d' »être un avec Dieu » – toutes ces expériences sont alors soudainement détruites et pour toujours balayées.

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Désormais, il n’y a plus de centre (Dieu) ni de circonférence (soi). En vérité, cette « explosion » (ou cessation) est la seule expérience de mort que l’homme connaîtra jamais. Enlevez donc la conscience de soi avec tous ses effets expérimentés et la vraie question devient « quelle est la vraie nature de ce qui reste au-delà de tout soi ? C’est le vrai mystère de l’homme et la vraie question à laquelle il a besoin d’avoir une réponse.

Bernadette Roberts dans Vie unitive : aventure dans les profondeurs silencieuses de l’inconnu

Une pièce musicale de Chopin – Spring Waltz (Mariage d’Amour)

Lanza del Vasto

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J’ai laissé pendre ma guitare dans les branches

Le vent chante tout seul, écoutez sa chanson

Il dit  » Je veux, moi vent, moi le vent sans maison

Me reposer en toi, guitare aux belles hanches

Et toi tu nageras comme un poisson

Au ventre blanc dans ce ruisseau de sons..

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Partir c’est toujours renaître un peu.

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Va, fou, mets-toi donc en marche avec toute ta vie, et que la route fasse chanter ton corps de roseau sec et tes jambes de vent !

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Qui n’aime pas

Qui n’aime pas l’eau pure a le coeur peu sincère

Qui n’aime pas le pain mal juge de la terre

Qui se calfeutre et n’aime pas le vent

N’aura pas l’aventure et n’aura pas l’espace

Ni les peurs du départ ni son destin devant.

Celui-là passe et ne sait pas qu’il passe.

Qui n’aime pas le feu hait la vie ou la craint

Flamme mouillée cette brûlure de joie

Qui forge les grands troncs et cisèle les brins,

Les poissons de métal, les oiseaux plume à plume,

Les fauves, les serpents pour qu’ils mangent et soient,

Et les fusées d’insectes qui s’allument.

Qui n’aime pas la nuit n’aime pas la pensée

Abîme à des triangles d’astres suspendus

Où les parfums de l’herbe et les vies tépassées

Tressaillent, et le monde aux dedans défendus.

Qui n’aime pas la mer jamais n’aima le rêve.

Stupeur des ports qui balancent leurs mâts

Déchéance éternelle et gloire de la grève,

Perle conçue aux sources des climats.

 

Qui n’aime la pudeur jamais n’aima.

Lanza del Vasto

Une chanson de Radiohead – Street Spirit

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/246944-radiohead-street-spirit.html

Le sacré et le profane

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Il est fascinant de constater que malgré le fait que nous développions nos connaissances et notre capacité d’analyse avec rationalité, il nous est impossible de rejeter complètement les aspects de la réalité, les expériences et les phénomènes qui ne cadrent pas dans cette perspective.

Bien que notre culture et notre éducation nous poussent à voir les choses d’une façon, il y aura toujours quelque chose d’inconnu ou d’irrationnel qui nous apparaîtra comme acceptable.

Les phénomènes sacrés ou de l’ordre de la spiritualité offrent l’antithèse qui s’impose.

C’est probablement pourquoi nous sommes capables d’apprécier l’inexplicable, notre propension à voir une beauté différente, à explorer l’art, la poésie et les élans amoureux de façon singulière.

Peu importe le degré de conditionnement que nous imposent notre culture et environnement, les voies de notre cœur et de notre âme seront toujours subversives.

Notre singularité a des racines profondes sur lesquelles nous pouvons toujours nous alimenter. Elle est notre nature propre, notre voie sacrée.

Nous sommes plus que ce que nous pourrons comprendre.

Une pièce musicale Terra Maïre. Chants archaïques et sacrés. Miserere

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