Les livres du dessous

ImAGE Chemin des livres

Un lecteur m’a posé une question très simple, quels sont les livres qui vous ont marqué?

J’ai eu un instant de réflexion, certes il y a beaucoup d’œuvres qui m’ont touché, certains provenant d’auteurs émergents. Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir accès à beaucoup de livres et d’auteurs.

Pour mes fondamentaux, ceux que j’ai suivi longtemps et qui représentent encore aujourd’hui une source d’inspiration, j’ai retenu 20 auteurs qui ont marqué mes 20 premières années:

Nikos Kazantzakis avec Alexis Zorba, (vous pouvez aussi vous aventurer avec Les frères ennemis et La Dernière Tentation du Christ). Cette œuvre a marqué mon imaginaire et probablement influencé mon choix d’aller en Grèce plus d’une fois, avec la musique de Leonard Cohen en tête. Une hymne à la lucidité, la persévérance et le courage de se relever en homme libre.

Khalil Gibran avec le Prophète (mais aussi Le Précurseur et Le sable et l’écume). Cette œuvre ouvre les yeux sur une approche des fondements de la spiritualité avec finesse et poésie. C’est le chant de l’âme qui caresse le cœur.

Richard Bach avec Jonathan Livingston le goéland (et pour continuer à découvrir Illusions : Le Messie récalcitrant et Un). Une approche simple, directe de la conscience en action. Plus tard Dan Millman avec le Guerrier pacifique a apporté une énergie similaire.

John Ronald Reuel Tolkien avec Le Hobbit (pour aller plus loin Le Silmarillion et la trilogie du Seigneur des anneaux). C’est plus qu’une histoire, je parle des livres et non des films. On y retrouve les valeurs de l’amitié, de l’engagement et du don de soi. C’est apprendre à découvrir le dépassement des peurs. L’être le plus humble peut aussi faire la différence.

Hermann Hesse avec Siddhartha, ( et que dire du Loup des steppes et du Jeu des perles de verre?). Quel grand auteur, il nous fait dépasser les limites d’une sagesse convenue.  Il a su rendre la quête humaine accessible tout en tentant de décrypter le sens de l’existence.

Lao-Tseu, Tao Te King (Livre de la Voie et de la Vertu). Un compagnon, un guide qui convient de consulter fréquemment et de garder près de soi pour décanter certaines expériences dont on cherche le sens.

La traduction de Richard Wilhelm du Yi King, Le livre des transformations. Un autre compagnon, un autre livre que nous lisons par brides, et pas nécessairement dans un ordre préétabli. À mon sens, il contient le code de l’interprétation de l’instant.

Rabindranath Tagore avec Sadhana (et poursuivre avec L’Offrande lyrique ou Le Jardinier d’amour). Le poète de l’Inde moderne, qui apporte un regard profond et joyeux sur la condition humaine, la nature qui nous entoure et la place de la contemplation pour une vie saine.

Satprem, de son vrai nom Bernard Enginger avec Par le Corps de la Terre ou Le Sannyasin. Une découverte lors de mon voyage en Inde à 17 ans. Il m’a fait voir la notion de changement et l’importance d’accepter d’être un être de transition. Sa métaphore sur la réincarnation est divine.

Jiddu Krishnamurti avec Le Chant de la Vie. Homme libre, la Société Théosophique avait vu en lui une incarnation de l’Instructeur Mondial, il récuse avec fermeté son rôle messianique et annonce en 1929 la dissolution de l’Ordre. Il enseigna le reste de sa vie la liberté, l’amour et la conscience ne relevant d’aucune religion ou doctrine philosophique.

Hubert Reeves avec Poussières d’étoiles (et pour le plaisir, Patience dans l’azur et L’espace prend la forme de mon regard). Il a su faire plus que nous vulgariser l’astrophysique, il a su nous aider à prendre conscience des étoiles en nous.

Mohandas Karamchand Gandhi avec Tous les hommes sont frères. Un grand homme qui a su mettre en action ses espoirs d’un monde non violent.  Que nous soyons d’accord ou non avec sa vie, il a su assumer son idéal. Une inspiration en ce sens.

Rudyard Kipling et Le Livre de la jungle. Un des premiers livre,  j’ai été scout. Par l’entremise de ces petites histoires d’animaux, Rudyard Kipling nous parle des hommes, des codes que nous nous imposons,  de la loi des chasseurs, de la loi des colonisateurs et en fin de compte de la loi des hommes. Tout comme John Ronald Reuel Tolkien, il raconte le pouvoir des petits de ce monde.

Antoine de Saint-Exupéry avec le Petit Prince (et que dire de Terre des hommes, et de Vol de nuit et de Citadelle?). Une œuvre directe et simple qui exprime une morale du devoir et de l’action fondée sur la croyance en la grandeur de l’homme.

Sri Aurobindo et La Bhagavad-Gîtâ. Le livre qui m’a fait découvrir l’impermanence et l’importance d’assumer ses choix. Un récit de guerre poétique qui interpelle la conscience de l’humain.

Christiane Singer et La mort viennoise.  Une grande richesse de métaphores sur la vie, la mort et l’engagement. L’Amour y est présenté comme une voie de passage.

Esther « Etty » Hillesum avec Une vie bouleversée. Une femme au destin tragique, tuée par la bêtise humaine et qui a su malgré cela, vivre une spiritualité d’une grande profondeur.  Elle est un être bon, d’une grande résilience. Une inspiration.

Teresa Carolyn McLuhan avec Pieds nus sur la terre sacrée.  Le livre qui m’a permis de revisiter mes racines. Un grand cru.

Lou Andreas-Salomé avec Ma vie. Le livre de l’expérience humaine assumée, tout en étant voilée par un soupçon de retenue. Ce n’est pas une bibliographie, c’est un essai sur l’humain, écrit avec une grande lucidité et clairvoyance.

Friedrich Nietzsche et Ainsi parlait Zarathoustra. Un livre déterminant, un grand poème déroutant, inspirant et à la fois magnifique. Au Prologue on peut lire:

« Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante ».

Une chanson de David Gilmour – High Hopes

Les paroles sur https://www.lacoccinelle.net/247104-pink-floyd-high-hopes.html

COPYRIGHT – DROIT D’AUTEUR 2019 – Daniel Jean – Vous pouvez copier ce texte en indiquant la source dandanjean.wordpress.com, SVP ne pas modifier les textes et le contenu sans approbation, merci.

Etty Hillesum… Une vie bouleversée

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Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres. Et plus il y a de paix dans les êtres, plus il y en aura aussi dans ce monde en ébullition.

*

On a parfois du mal à concevoir et à admettre, mon Dieu, tout ce que tes créatures terrestres s’infligent les unes aux autres en ces temps déchaînés. Mais je ne m’enferme pas pour autant dans ma chambre, mon Dieu, je continue à tout regarder en face, je ne me sauve devant rien, je cherche à comprendre et à disséquer les pires exactions, j’essaie toujours de retrouver la trace de l’homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introuvable. Enseveli parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes. …

Je regarde ton monde au fond des yeux, mon Dieu, je ne fuis pas la réalité pour me réfugier dans de beaux rêves – je veux dire qu’il y a place pour de beaux rêves à côté de la plus cruelle réalité – et je m’entête à louer ta création, mon Dieu, en dépit de tout !

*

Je sais comment libérer peu à peu mes forces créatrices des contingences matérielles, de la représentation de la faim, du froid et des périls. Car le grand obstacle, c’est toujours la représentation et non la réalité. La réalité, on la prend en charge avec toute la souffrance, toutes les difficultés qui s’y attachent : on la prend en charge, on la hisse sur ses épaules et c’est en la portant que l’on accroît son endurance. Mais la représentation de la souffrance – qui n’est pas la souffrance, car celle-ci est féconde et peut vous rendre la vie précieuse – il faut la briser. Et en brisant ces représentations qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles, on libère en soi-même la vie réelle avec toutes ses forces, et l’on devient capable de supporter la souffrance réelle, dans sa propre vie et dans celle de l’humanité.

Etty Hillesum dans Une vie bouleversée

Une pièce musicale d’Artefactum – De Muitas Guisas

Rencontre avec des hommes remarquables

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Vivant depuis quinze ans déjà en Occident sans interruption, en relation constante avec des gens de toutes nationalités, j’en suis venu à la conclusion qu’ici on ne sait pas et on ne s’imagine même pas ce que c’est que l’Asie.

La plupart des gens, en Europe et en Amérique, se représentent l’Asie comme un continent de grandeur indéterminée, aux confins de l’Europe, habité par des peuplades vivant à l’état sauvage, ou dans le meilleur des cas demi-sauvage, qui ont échoué là par hasard.

L’idée qu’ils se font de son étendue est des plus vagues. Ils compareraient facilement ces territoires aux pays européens, et ne soupçonnent même pas que le continent d’Asie est si vaste qu’il pourrait contenir plusieurs Europes, et qu’il abrite d’importantes communautés dont non seulement les Européens mais les Asiatiques eux-mêmes n’ont jamais entendu parler.

En outre, ces « peuplades sauvages » ont atteint depuis longtemps déjà, en matière de médecine, d’astrologie et de sciences naturelles, sans sophistications ni explications hypothétiques, un degré de perfectionnement auquel la civilisation européenne ne parviendra peut-être que dans plusieurs centaines d’années.

Georges Gurdjieff dans Rencontre avec des hommes remarquables

Une pièce musicale d’Armand Amar – La Genèse

Le chemin des neuf mondes

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On a longtemps dit que les sociétés amérindiennes étaient des sociétés sans écriture, signe de leur faible niveau de développement. Mais pour nombre d’entre elles, écrire, c’est risquer de perdre la mémoire, de s’éloigner de l’expérience qui fait sens. Ils ont préféré investir dans la tradition orale et le symbole, cette autre écriture qui, au delà des mots, touche le physique, l’inconscient et le mental. Cette écriture qui relie à l’essence du monde.

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L’interrelation, l’interdépendance lient les connaissances conceptuelles et expérimentales, cœur, conscience et esprit, hommes, nature et objets. Tout est équilibre entre un ensemble de composantes vivantes qui ont chacune un rôle et une fonction. L’ensemble ne fonctionne que parce que chacune des parties est reliée aux autres et remplit au mieux son rôle. D’après les Kogis, c’est parce que nous avons oublié cette règle élémentaire que nous provoquons de nombreuses ruptures qui menacent l’équilibre de la planète. « Ce qui compte dans la vie, et c’est si évident que l’on s’étonne que cela ne soit pas plus souvent dit, ce sont les relations entre les objets, et non les objets eux-mêmes. »

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Il est temps de penser à des choses essentielles. Il faut commencer par penser que la terre c’est la vie. Si nous ne construisons qu’un monde artificiel, la terre va mourir. Si elle meurt, alors nous allons tous mourir, car la terre c’est la mère, c’est la vie.

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Pour eux, la nature n’est pas belle, harmonieuse en soi, c’est un univers d’épreuves où l’homme doit apprendre à cheminer entre le jour et la nuit, entre la droite et la gauche, entre le bien et le mal.

Éric Julien dans Le chemin des neuf mondes

Une pièce musicale avec Taqralik Partridge et Nina Segalowitz Le chant de gorge inuit

Une spiritualité laïque au quotidien : Neuf voies d’accès au spirituel

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Il y a d’abord la spiritualité des personnes qui poursuivent leur recherche de sens sans aucune référence religieuse. Je chercherai à montrer comment dans les rapports avec la nature, aux valeurs, au silence, à la conscience, etc., il y a de précieux chemins pour permettre à tous d’être partie prenante d’un nouvel humanisme spirituel, avec ce pari qu’un fond mystique émerge dans l’âme contemporaine. Mais je retiens surtout ce que j’appelle le « spirituel au quotidien ».

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Le spirituel, c’est ce qui vient du plus profond de soi et qui, en même temps, nous dépasse. Risquerai-je la formule « d’en-deçà de soi et d’au-delà de soi » ? Le spirituel, c’est ce qui donne profondeur à notre vie, à nos expériences humaines, à nos convictions et croyances, à nos amours, à notre foi en nous-mêmes, aux autres, à l’avenir – et à Dieu pour ceux qui y croient.

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Plusieurs (re)découvrent alors l’importance du spirituel pour se donner des racines intérieures, pour s’habiter, pour aller chercher le meilleur d’eux-mêmes. Il en va de la recherche du spirituel comme du creusage du puits artésien qui sait repérer et harnacher les veines cachées de la terre afin d’étancher nos soifs et de répondre à nos besoins quotidiens, et cela d’une façon inépuisable.

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Mais je m’étonne que dans les débats actuels, on ne parle pas de l’exigence démocratique de n’exclure personne ni aucun groupe de la société. Exclure les groupes religieux de la société civile, c’est paver le chemin à l’intégrisme. Et cela concerne tout autre groupe qu’on exclurait. L’espace public doit être celui de tous.

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Avec finesse, Comte-Sponville souligne que croyants et incroyants ne sont ici séparés que par ce que nous ignorons. Bien sûr, cela n’annule pas nos désaccords, mais en relativise la portée. Selon lui, on peut se passer de religion, mais pas de communion, ni de fidélité, ni d’amour. Paix à tous, croyants et incroyants !

Jacques Grand’Maison dans Une spiritualité laïque au quotidien : Neuf voies d’accès au spirituel

Une pièce musicale de Xavier Rudd – Spirit Bird

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/873264-xavier-rudd-spirit-bird.html

Chemins de la profondeur

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Tout art s’apprend, tout métier s’enseigne. Il existe un art de vivre comme un art d’aimer, et donc un art de la vie intérieure. Il a ses guides. Parmi eux le plus précieux se trouve à l’intérieur de soi-même. Peu importe le nom qui lui est conféré. On peut, avec Augustin, l’appeler le « Maître intérieur ». Mais il doit être découvert. Les autres maîtres n’auront pas d’autres fonctions que de favoriser cette rencontre du soi avec le Soi suprême, l’élément le plus vivant de l’être.

L’expérience du silence.

L’art de la vie intérieure

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L’homme privé de racines, désacralisé, se banalise. Il n’est plus qu’un personnage sociologique ; on anéantit son mystère et ses pouvoirs secrets. Un tel homme n’est plus qu’un produit de supermarché. La dimension humaine ne peut s’acquérir que par l’intériorité, au profit d’une structure lui permettant d’occuper la place qui lui revient et à laquelle il a droit.

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Il ne s’agit (…) pas de mélanger les voies mais de comprendre que les traditions s’imbriquent et se complètent.

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(…), une religion, quand elle n’est pas vécue intérieurement, peut présenter des dangers pour la vie spirituelle en créant une vaine assurance dont les conséquences sont illimitées.

Marie-Madeleine Davy dans Chemins de la profondeur

Une pièce musicale de Santana Moonflower

Deux exemples de transformations intérieures

Daniel Odier et Pierre-Yves Albrecht nous confient deux anecdotes illustrant des transformations intérieures étonnantes.

Avons-nous au fond de nous les ressources pour nous connaître et guérir nos blessures ? Sommes-nous toutes et tous habités par ce « maitre intérieur » décrit par de nombreuses traditions et capable de nous éclairer aux moments les plus obscurs de notre existence ? Qui est cet être lové en nous ? D’où vient-il ? Est-il une partie de nous-mêmes ? Comment le convoquer dans notre vie quotidienne ?

Du chamanisme à la psychothérapie, de la spiritualité à la vraie liberté, et si toutes les solutions étaient en nous ?