L’espace de la grande vacuité immuable

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La nature de l’esprit transcende les notions d’existence

Et de non‑existence, d’éternité et de néant :

À cette nature on donne le simple nom d’« espace absolu ».

Cet espace, de lui-même parfaitement pur,

Ce ciel immaculé, vide et lumineux, sans milieu ni pourtour,

Se trouve depuis toujours au cœur de chaque être,

Son « visage » occulté par le voile éphémère des constructions mentales.

Difficile est de mettre fin par la force

À l’enchaînement continuel des pensées,

Mais si, quand elles surviennent, on reconnaît leur nature,

Les pensées n’ont pas d’autre choix

Que de se libérer dans leur propre sphère.

Sans poursuivre les pensées passées

Ni inviter les pensées futures,

Demeure dans l’instant présent, et reconnais

Simplement la nature de ce qui surgit dans ton esprit.

Détends-toi dans la simplicité libre d’intentions et d’attachements.

Bien qu’il n’y ait là rien à « méditer »,

Demeure dans la pleine conscience sans te laisser distraire

En t’habituant, sans rien altérer, à la manière dont les choses se présentent d’elles-mêmes,

La sagesse primordiale, d’elle-même lumineuse, s’élèvera de l’intérieur.

« Comment cela ? » demanderas-tu :

Si tu laisses reposer de l’eau trouble,

Elle deviendra naturellement limpide.

La plupart des autres « méditations »

Ne sont que d’éphémères accalmies de l’esprit.

L’espace de la grande vacuité immuable

Et la simple luminosité de la présence éveillée ininterrompue

Sont depuis toujours indissociables.

Tu dois faire toi-même l’expérience de cette chose essentielle

Qui se trouve en toi : personne ne peut le faire à ta place.

de Nyendrak Loungrik Nyima (19e siècle)

Matthieu Ricard dans Chemins spirituels. Petite anthologie des plus beaux textes tibétains

Une pièce musicale de Lex Van Someren – Buddha

Paraboles

ImAGE Chemin des livres

Parabole

Un voyageur rencontra un tigre et s’enfuit, le tigre à ses trousses. Arrivé au bord d’un précipice, l’homme y sauta en s’accrochant à une liane et resta suspendu dans le vide, le tigre reniflant au-dessus de lui. Tout tremblant, l’homme regarda sous lui et vit qu’un autre tigre le guettait au fond du ravin.

Deux souris — une blanche, et une noire — se mirent à ronger la liane à laquelle il était suspendu. L’homme vit alors près de sa tête une appétissante fraise sauvage. Ne tenant plus la liane que d’une main, il cueillit la fraise de l’autre et la mangea. Que son goût était délicieux !

 *

Ni eau, ni lune

La nonne Chiyono étudiait le Zen depuis longtemps sous la conduite de Bukka d’Engaku, mais elle se révélait incapable d’atteindre les fruits de la méditation.

Une nuit où la lune brillait, elle transportait de l’eau dans un vieux seau rafistolé avec du bambou tressé. Le bambou se rompit, le fond du seau céda — et à cet instant précis Chiyono se sentit libre.

En souvenir de cet instant, elle écrivit ce poème :

J’avais essayé de réparer le vieux seau

mais la tresse de bambou était fragile et près de se rompre,

en sorte que le fond du seau tomba.

Il n’y eut plus d’eau dans le seau

ni de lune dans l’eau !

Paul Reps dans le Zen en chair et en os

Une pièce musicale de Danit – Presencia

 

Une pause rencontre

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Il regardait le silence envahir son être. Plus rien n’était présent vraiment, sinon d’une façon plus discrète et très différente. Il avait le regard fixe et le cœur qui battait lentement.

Un passant qui aurait vu la scène se serait cru devant un film que l’on a mis sur pause. Mais rien n’aurait supposé que la pose prise par cet homme était en fait une rencontre en soi.

Il avait voulu trouver sa vérité, sa raison de vivre, son essence, et il cherchait depuis longtemps. Pour qui veut trouver quelque chose, il faut être aux aguets et porter une attention particulière à l’objet de sa quête.

Puis, juste avant de faire une pause en regardant le silence paisible l’envahir, il avait compris que jamais il ne pourrait trouver sa vérité, sa raison de vivre ou son essence, car ils ne les avaient jamais perdus. Il venait tout simplement de prendre conscience qu’un jour on s’éveille à eux.

Et maintenant, il mesurait sous ce nouveau jour toute l’importance de revoir sa conception de l’amour.

Une chanson de Radiohead – The Numbers: Jonny, Thom & a CR78

Les paroles sur https://www.musixmatch.com/fr/paroles/Radiohead/The-Numbers/traduction/francais

COPYRIGHT – DROIT D’AUTEUR 2019 – Daniel Jean – Vous pouvez copier ce texte en indiquant la source dandanjean.wordpress.com, SVP ne pas modifier les textes et le contenu sans approbation, merci.

Du silence à la paix de l’esprit

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Imaginez que vous êtes capable de ne rien faire pendant une partie de la journée. Juste être là. Bien qu’apparaissent différentes formes d’envies, vous restez à ne rien faire.

Pas de lecture, pas de vidéo, pas de jeu, pas de musique, pas de paroles.

Pour certains, il s’agit là d’un acte subversif au regard de notre société qui nous pousse à agir, à réaliser nos envies, à développer notre avidité.

Pour d’autres, c’est tout simplement une perte de temps.

Pour d’autres, c’est l’anxiété du vide.

Avoir un esprit indépendant est commun.

Avoir un esprit libre fera en sorte que l’effort n’est plus le seul moyen pour accéder à de nouvelles connaissances et se libérer du connu.

Imaginez qu’un jour, nous trouvions pertinent de prendre simplement conscience de ce que nous pensons, de l’endroit où nous sommes et de ce que nous faisons, et rien d’autre.

Après le silence, vient parfois la paix de l’esprit.

Une chanson de Fred Pellerin – Silence

COPYRIGHT – DROIT D’AUTEUR 2019 – Daniel Jean – Vous pouvez copier ce texte en indiquant la source dandanjean.wordpress.com, SVP ne pas modifier les textes et le contenu sans approbation, merci.

Le Rêve du papillon

Le temps

Par une bel après-midi noyé de soleil, un dignitaire s’était aventuré sur les sentiers escarpés de la vallée profonde où Tchouang-tseu avait élu domicile. Le mandarin, brillant lettré qui avait passé tous les degrés des examens et obtenu un poste de conseiller auprès du roi de Wou, voulait poser au vieux maître une question sur le Tao, dans l’espoir de respirer l’effluve de l’Indicible.

La chaumière était déserte, la porte grande ouverte. Des traces de sandales, toutes fraîches, menaient à une prairie pentue. Le dignitaire les suivit et il découvrit Tchouang-tseu endormi à l’ombre d’un vieil arbre noueux, la tête sur un coussin de fleurs des champs. Le lettré toussota et les sage ouvrit les yeux.

– Ô Maître, pardonnez-moi de troubler votre repos. Je viens de fort loin vous interroger sur le Tao.

– Je ne sais pas si je pourrai répondre répondit Tchouang-tseu en  se frottant les yeux.

– Vénérable, votre modestie vous honore.

– Cela n’a rien à voir, non. A vrai dire, je ne sais plus rien. Je ne sais même plus qui je suis!

– Comment est-ce possible? demanda le mandarin interloqué.

– Oh c’est très simple, reprit le vieux taoïste, l’air songeur. Figurez-vous que tout à l’heure, en dormant, j’ai fait un rêve étrange. J’étais un papillon voltigeant, ivre de lumière et du parfum des fleurs. Et maintenant, je ne sais plus si je suis Tchouang-tseu ayant rêvé qu’il était un papillon ou un papillon qui rêve qu’il était Tchouang-tseu!

E t le conseiller du Roi de Wou, bouche bée s’inclina profondément et retourna sur ses pas, ruminant cette parole énigmatique dans l’espoir d’en tirer le suc.

Pascal Fauliot dans Contes des sages taoïstes

Une pièce musicale d’Eric Aron – Mandala

Quelle est l’utilité de regarder dehors ?

ImAGE ouverture

Wei Wu Wei : Quelle est l’utilité de regarder dehors ? Tout ce que vous allez voir ce sont des objets ! Retournez-vous et regardez dedans.

– Verrai-je donc le sujet à la place ?

Wei Wu Wei : Si c’était ce que vous voyiez, vous regarderiez un objet. Un objet est un objet quelle que soit la direction dans laquelle vous regardez.

– Ne me verrai-je donc pas ?

Wei Wu Wei : Vous ne pouvez pas voir ce qui n’est pas là !

– Alors que verrai-je ?

Wei Wu Wei : Vous verrez peut-être l’absence de vous-même, ce qui est ce qui regarde. On l’a appelé « le vide ».

Wei wu Wei

Une pièce musicale Zen – Aku Flute

 

Vision de Nisargadatta Maharaj

ImAGE pirogue

Alors que j’étais complètement immergé dans les mots de mon Satguru

Ses mots s’imposèrent comme la Vérité Éternelle

Tous les concepts et croyances disparurent simplement…

Tous les problèmes semblaient irréels

Les doutes s’effondrèrent…

Les plaisirs et la souffrance semblaient également illusoires…

« Trigunas » (les trois attributs : sattva – rajas – tamas) devinrent irréels la trinité (le connaisseur – le fait de connaître- la connaissance) disparut…

La naissance elle-même semblait n’être qu’imagination et la mort cessa ainsi d’exister.

La Liberté est la liberté de « l’emprise des concepts » de toutes les sortes de concepts…

La Véritable Liberté est la liberté du concept même de Liberté

Ce n’est pas que j’ai trouvé toutes les réponses…

En fait « celui qui se posait » les questions est mort

J’étais à la recherche de moi-même…

…pendant la recherche, le soi-disant « chercheur » a disparu et la recherche s’est achevée.

Ce qui a toujours existé persiste éternellement

Ce qui n’a jamais existé simplement disparaît !

La Compréhension apparut…

L’ignorance et la connaissance n’étaient que les deux faces de la même pièce de monnaie

Le rêve qui semblait si réel cessa…

Maintenant mon Silence parle…

Ma Vacuité est pleine !

Nisargadatta Maharaj

Une chanson de Harry Manx – Afghani Raga