Khalil Gibran et Les Ailes brisées

Bible

Je ferai de mon âme une enveloppe pour votre âme, de mon cœur une résidence pour votre beauté, et de ma poitrine un tombeau pour vos chagrins.

L’automne, l’Amour et moi, nous nous rendrons dans la vigne, nous nous assoirons près du pressoir, nous regarderons les treilles dénudées de leurs ornements d’or, et les troupes d’oiseaux migrateurs voleront par-dessus nos têtes.

Ceux que l’Amour n’a pas choisi comme adeptes n’entendent pas lorsqu’ils les appellent.

Les montagnes, les arbres et les rivières changent leur apparence selon les caprices du temps et des saisons, comme l’homme change avec ses aventures et ses émotions. Le peuplier élancé qui a, dans le jour, l’aspect d’une fiancée ressemble, le soir, à une colonne de fumée. L’immense rocher qui, à midi, se dresse, imprenable, ressemble le soir à un pauvre miséreux, avec la terre pour lit et le ciel pour couverture. Et le ruisseau que nous voyons briller dans le matin et que nous entendons chanter l’hymne de l’Éternité, se transformera, le soir, en un courant de larmes pleurant comme une mère à qui on aurait arraché son enfant.

La civilisation moderne a rendu la femme un peu plus sage, mais elle a accru ses souffrances à cause de la cupidité de l’homme. La Femme d’hier était une épouse heureuse, mais la femme d’aujourd’hui est une misérable maîtresse-femme. Dans le passé, elle marchait aveuglément dans la Lumière. Aujourd’hui, elle avance les yeux ouverts dans l’obscurité. Elle était belle dans son ignorance, vertueuse dans sa simplicité et forte dans sa faiblesse. Aujourd’hui, elle est devenue laide dans son ingéniosité, superficielle et sans cœur dans sa connaissance.

Le jour viendra-t-il jamais où la beauté et la connaissance, l’ingéniosité et la vertu, la faiblesse du corps et la force de l’âme pourront s’unir dans une Femme ?

L’esprit chagriné trouve son soulagement dans la solitude. Il a horreur des gens, comme le daim blessé s’éloigne du troupeau pour aller vivre dans une grotte jusqu’à la guérison ou jusqu’à la mort.

Je suis de ceux qui croient que le progrès spirituel est une règle de l’existence humaine, mais l’approche de la perfection est lente et pénible.

Khalil Gibran dans Les Ailes brisées

Une pièce musciale d’Armand Amar – Premonition

Recréer ce monde

Puebla Mexique

L’artiste était tout souriant, il venait de terminer une autre œuvre.  Il avait déposé auprès de lui ses instruments. Son cœur était paisible, il venait d’enfanter une autre parcelle de vie qui saurait apporter lumière et ombre à son public.

Peu importe les propos émanant de l’actualité déferlante suggérant que tout paraissait  s’écrouler, il avait ce souffle paisible qui le parcourait, il avait la beauté du simple sourire sur les lèvres.

La vie lui semblait encore, en cet instant, plus précieuse, comme à chaque fois qu’il enfantait. Tout était là, il en prenait la pleine conscience. À sa mesure, il contribuait à recréer l’imprévisible émerveillement.

De la futilité du désordre du monde, il avait su apporter, avec une énergie tranquille, cette œuvre éphémère de sa perfection. Et c’est ce que le monde a besoin.

Une chanson de Zaz – Si

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