Un courant engagé, en rupture avec une tradition de soumission

Quand, dans les rues de Rangoun, les moines birmans ont retourné leur bol en signe de refus de l’aumône des militaires, ils ont commis un acte de désobéissance religieuse grave. Dans le bouddhisme, le moine ne vit que d’aumônes… ou il jeûne. En choisissant l’affrontement avec le régime militaire de leur pays, en 1988 et en 2007, les moines birmans participent de fait au « bouddhisme engagé », ce mouvement panbouddhique, non issu d’une école particulière, diffus et peu structuré, né du contact avec la modernité occidentale et l’histoire de ses luttes révolutionnaires.

 

Le terme a été forgé par le moine vietnamien Thich Nhat Hanh (né en 1926, exilé en France après la victoire communiste au Vietnam). Mais sa figure emblématique est celle du dalaï-lama, chef religieux et politique du Tibet en exil. Ce courant puise aussi ses modèles ailleurs que dans le bouddhisme, chez Gandhi ou les quakers américains.

 

Il est l’héritier des luttes d’émancipation anticoloniales, auxquelles les moines bouddhistes, dans les pays où ils représentent une force sociale, ont été engagés. A l’instar des moines sri-lankais qui, à la fin du XIXe siècle, ont fait la guerre au colonisateur britannique autour du slogan « Une île, une nation, une religion ». Ils sont encore en conflit avec les Tamouls hindous ou chrétiens.

 

Le bouddhisme engagé renouvelle l’approche bouddhiste de la compassion. Il considère comme légitime l’opposition aux structures politiques en place pour restaurer un idéal de société juste. Il ne remet pas en cause les notions clés de respect, de non-violence, de compassion, mais se refuse à faire de la souffrance l’état de la seule conscience personnelle. Il existe une souffrance liée aux inégalités sociales, aux crises économiques, à l’oppression politique.

 

Le bouddhisme engagé représente une rupture radicale avec l’histoire du bouddhisme faite de subordination et de collusion avec les pouvoirs politiques, jusqu’aux plus despotiques : des petits monarques locaux aux colonisateurs et aux régimes marxistes. Pour Eric Rommeluère, spécialiste du bouddhisme, le bouddhisme engagé représente « la prise de conscience d’une dimension politique autre que celle qui a toujours existé chez les bouddhistes, celle d’une entente tacite avec les pouvoirs en place : « Je vous protège ; vous me soutenez » ».

 

Cette prise de conscience n’est, bien sûr, pas la même dans tous les pays bouddhistes, mais pour beaucoup d’observateurs, le bouddhisme engagé est en passe de devenir la principale composante du bouddhisme moderne.

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