Notre essence, notre matrice   Leave a comment

Le feu a dit hier en cachette à l’oreille de la fumée :

« L’aloès ne peut me supporter, pourtant il se sent heureux avec moi ;

C’est lui qui sait m’apprécier, c’est lui qui me rend des actions de grâces.

Car l’aloès a trouvé un bienfait dans son propre anéantissement.

L’aloès était tout entier fait de nœuds, de place en place,

La joie de l’anéantissement a brisé tous ses nœuds.

O mon amie amoureuse de la flamme, sois la bienvenue » !

O toi que je martyrise et que j’anéantis, ô gloire d’entre les témoins !

Vois que le ciel et la terre sont à la merci de l’existence.

Enfuis-toi vers le néant, loin de ces deux infirmes.

Chaque âme qui fuit la pauvreté et l’anéantissement,

Oh ! Chose déplorable ! S’enfuit loin du bonheur et de la joie.

Personne ne triomphe avant d’être anéanti :

O Bien-aimé ! Réconcilie-moi avec l’anéantissement !

Cette sombre poussière, avant d’être totalement anéantie

Ne peut être glorifiée, ni échapper à la stagnation.

Tant que l’embryon était l’embryon, que son état de germe n’avait pas disparu,

Il n’a trouvé ni la stature du cyprès, ni la beauté du visage.

Quand le pain et les aliments sont consumés dans l’intérieur du corps,

Ils se transforment en intelligence, en âme, en objet d’envie.

Avant que la pierre noire n’ait été entièrement anéantie,

Elle n’est devenue ni or, ni argent, ni métal des monnaies.

D’abord sont l’humilité et la servitude, puis vient la couronne du Roi des rois.

Dans la prière, on se tient debout avant de pouvoir s’asseoir.

Une vie entière, ta propre existence a été mise à l’épreuve ;

Mets une fois aussi à l’épreuve l’anéantissement.

Les fastes de l’anéantissement ne sont pas non plus un leurre ;

Partout où apparaît la fumée, cela prouve l’existence du feu.

Si l’amour n’a pas de desseins sur nous, s’il n’a pas pour nous de désir,

Quelle extravagance lui a fait ravir notre cœur et notre esprit ?

L’amour est venu nous prendre par la main,

Il nous amène à chaque aube à l’école de ceux qui « accomplissent les promesses ».

Des yeux des croyants il fait couler les larmes du repentir,

Afin qu’elles lavent le coeur de la négation et de la haine.

Tu es endormi, alors que l’eau de Khezr jaillit sur toi :

Lève-toi de ton sommeil et saisis la coupe de l’éternité.

Le reste, c’est l’amour qui te le dira, en cachette de moi.

Sois comme les compagnons de la Caverne, à la fois endormis et éveillés.

 

Rûmî  dans La joie de l’anéantissement

 

Une chanson d’IDIR : Hommage aux femmes

Publié 28 avril 2018 par dandanjean dans Contes, Pauses lectures

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