Après une relation sectionnée

Il ne m’est demandé en somme qu’un seul geste pour rester digne de la vie – et quelle qu’ait été la souffrance que j’ai subie : m’incliner.

Cette loi secrète semble jouer dans toute vie.

Lorsque, après une relation malheureuse (parents, époux, amants, etc.), je me détourne et m’éloigne sans un regard, la relation est certes coupée.

Mais ce qui demeure, c’est la dépendance.

Même si la relation vivante est sectionnée, le lien têtu de l’inachevé, du malaise ou de la malédiction persiste.

Bien des biographies, des aventures humaines, des entreprises commencent ainsi : par une porte claquée au nez du passé, elles sont très vite envahies par un herpès, un mal-être indécelable.

La porte est certes close mais les rhizomes, eux, traversent les murs.

Il n’y a qu’une délivrance à la dépendance maléfique : c’est l’hommage rendu.

Et la conscience d’une reliance universelle.

Chaque être tente à sa façon la difficile traversée de la vie. Le succès obtenu n’est pas un critère. C’est l’élan, l’espérance la plus secrète au plus profond de la personne que nous saluons quand nous nous inclinons.

À ignorer cette loi du respect dû à chaque âme, le monde s’enfonce dans l’agonie. Chacun réclame et encaisse sont dû, sans dire merci, les fesses et les mâchoires serrées, le cœur sec.

Des mercenaires, des brokers, des chicaneurs ont débarqué là où la Vie invite des danseurs, des voltigeurs, des adorateurs, des porteurs de flambeaux.

Là où la mémoire est vivante, l’arbitraire ne règne pas. Un invisible paramètre agit, une unité de mesure qui ne se discute pas davantage que le mètre utilisé par le vendeur de tissu.

La corruption généralisée, elle, marque la rupture. Corrompre

(co–rompre), c’est rompre ensemble l’alliance tacite de l’équité.

Mais quel est ce ‘continuo’ qu’il s’agit de ne pas laisser tarir, cette transmission qui, interrompue, crée la dérive ?

L’aspect le plus subtile du devoir de mémoire et la prise en compte de ‘l’invisible’.

Cela veut être éclairci.

Christiane Singer (1943-2007) était une femme de lettres française. Qu’il s’agisse de romans ou d’essais, toute son œuvre est baignée de spiritualité. Elle fut disciple de Karlfried Graf Dürckheim. Femme de la rencontre, elle était très régulièrement invitée à donner des conférences dans les contextes les plus variés. Thérapeute, elle conduisait également des séminaires dans la propriété du château médiéval de Rastenberg en Autriche où elle vivait avec mari et enfants. Christiane Singer, nourrissant son récit de souvenirs, d’anecdotes, de contes et de récits mystiques, atteint, avec une grâce infinie, l’intime et l’universel, dans ce livre de sagesse dont on ressort apaisé et radieux.

Christiane Singer dans N’oublie pas les chevaux écumants du passé

Une pièce musicale de Michel Pépé – Lumière du Coeur