Sous le déguisement

J’ai endossé des vêtements qui m’ont déguisée mais sous eux, le petit moi qu’ils gênaient est toujours lui-même et je le retrouve avec tant de joie.

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Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace.

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En toutes circonstances, lorsqu’on a agi du mieux que l’on peut, se faire du souci est inutile.

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L’Orient – surtout au Thibet » – est la terre du mystère et des évènements étranges. Pour peu que l’on sache regarder, écouter, observer attentivement et longuement l’on y découvre un monde au-delà de celui que nous sommes habitués à considérer comme seul réel, peut-être parce que nous n’analysons pas assez minutieusement les phénomènes dont il est issu et ne remontons pas suffisamment loin l’enchaînement des causes qui le déterminent.

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Pendant des jours, nous marchions dans la demi-obscurité d’épaisses forêts vierges, puis, soudain, une éclaircie nous dévoilait des paysages tels qu’on n’en voit qu’en rêve. Pics aigus pointant haut dans le ciel, torrents glacés, cascades géantes dont les eaux congelées accrochaient des draperies scintillantes aux arêtes des rochers, tout un monde fantastique, d’une blancheur aveuglante, surgissait au-dessus de la ligne sombre tracée par les sapins géants.

Nous regardions cet extraordinaire spectacle, muets, extasiés, prêts à croire que nous avions atteints les limites du monde des humains et nous trouvions au seuil de celui des génies.

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Le soleil matinal enveloppait le paysage d’une lumière rosée qui répandait la joie depuis la rivière aux eaux moirées opalines et vert clair, jusqu’à la cime des hautes falaises rocheuses sur lesquelles quelques rares sapins se dressaient en plein ciel d’un air triomphant. Chaque caillou du chemin paraissait jouir voluptueusement de la chaleur du jour et babillait sous nos pas avec des rires étouffés. Des arbrisseaux minuscules croissant sur les bords du sentier imprégnaient l’air d’un violent parfum aromatique.

C’était un de ces matins où la nature nous ensorcelle avec sa trompeuse magie, où l’on s’abime dans la béatitude de la sensation, de la joie de vivre.

Louise Eugénie Alexandrine Marie David, plus connue sous son nom de plume Alexandra David-Néel (1868-1969), de nationalités française et belge, est une orientaliste, tibétologue, chanteuse d’opéra, journaliste, écrivain et exploratrice française. 1924. Pour la première fois, une femme étrangère déguisée réussit à entrer dans Lhassa, capitale interdite du Tibet!

Alexandra David-Néel dans Voyage d’une parisienne à Lhassa : A pied et en mendiant de la Chine à l’Inde à travers le Tibet

Une pièce musicale de Buddhist Méditation Académie · Marco Rinaldo – Musique de fond tibétaine