Pour qui on prie et on implore?

Photo de Olivier Föllmi Photographe

Nous avons déjà tous vu prier des gens de différentes appartenances religieuses ou spirituelles, et même aller jusqu’à implorer. Qu’est-ce que cela nous inspire au niveau d’une démarche spirituelle ?

La prière, dans la plupart des traditions, est d’abord une mise en relation. Elle peut prendre mille formes, que ce soit la louange, la méditation, la contemplation silencieuse. Dans sa forme la plus répandue, elle n’attend pas nécessairement une réponse précise, elle exprime un état d’ouverture, une orientation de l’être vers quelque chose de plus grand.

L’imploration ouvre une dimension différente. Le mot vient du latin implorare, que l’on pourrait traduire par appeler en pleurant. On implore quand on a épuisé ses propres ressources, quand la vulnérabilité est totale. L’imploration brise l’illusion de l’autosuffisance.

Toutefois, on pourrait voir les deux approches comme deux moments d’un même chemin. L’imploration écarte l’ego, l’illusion de contrôle, c’est un point de rupture. La prière habite l’espace qui s’est ouvert après cette rupture, c’est la relation qui s’installe dans la fissure.

Vu d’un autre angle, est-ce qu’un être supérieur à qui l’on adresse une demande peut changer les choses pour répondre à celle-ci ?

Certains penseurs, comme Spinoza, tirent la conclusion radicale que la prière de demande n’a aucun sens ontologique. Elle n’agit pas sur Dieu, elle agit seulement sur celui qui prie.

Chose certaine, si nous ne pouvons affirmer hors de tout doute que la prière et l’imploration ne modifient pas le plan divin, on peut constater qu’elles transforment néanmoins profondément le sujet qui les pratique. En reconnaissant son impuissance absolue, la personne sort de l’illusion de maîtrise. C’est l’affaissement de l’ego. La prière reconstruit ensuite une subjectivité différente, plus poreuse, plus réceptive, moins crispée sur sa propre volonté. Dans cette lecture, ce n’est pas Dieu, le grand Esprit ou la Nature qui intervient, c’est la structure psychospirituelle de la personne qui se réorganise autour d’un centre autre que l’ego.

Alors, il est possible d’aborder la prière et l’imploration comme une mise en relation, non pas comme une destination, mais un stade nécessaire sur le chemin. La destination serait ce que les soufis, les bouddhismes et chamanes évoquent, la disparition du demandeur dans ce à quoi il s’adresse. Plus personne pour implorer, plus rien à demander.

Alors, on répond alors à la question qui prie, et qui implore. Et si l’on pousse la question jusqu’au bout, reste-t-il un sujet ?

Une chanson de Céline Dion – Prière païenne 

Les paroles sur https://www.lacoccinelle.net/1444369-celine-dion-priere-paienne.html

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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