La chasse aux sorcières

En anéantissant parfois des familles entières, en faisant régner la terreur, en réprimant sans pitié certains comportements et certaines pratiques désormais considérées comme intolérables, les chasses aux sorcières ont contribué à façonner le monde qui est le nôtre. Si elles n’avaient pas eu lieu, nous vivrions probablement dans des sociétés très différentes. Elles nous disent beaucoup sur les choix qui ont été faits, sur les voies qui ont été privilégiées et celles qui ont été condamnées. Pourtant, nos nous refusions à les regarder en face. Même quand nous acceptions la réalité de cet épisode de l’histoire, nous trouvons des moyens de le tenir à distance. Ainsi, on fait souvent l’erreur de le situer au Moyen Age, dépeint comme une époque reculée et obscurantiste avec laquelle nous n’aurions plus rien à voir, alors que les grandes chasses se sont déroulées à la Renaissance – elles ont commencé vers 1 400 et pris d’ampleur à partir de 1 560. Des exécutions encore eu lieu à la fin du XVIIIe siècle comme d’Anna Göldi décapitée à Claris en Suisse en 1782. La sorcière, écrit Guy Bechtel « fut une victime des Moderne et non des Anciens ».

De même, on met souvent les persécutions sur le compte d’un fanatisme religieux incarné par des inquisiteurs pervers. Or l’Inquisition, avant tout préoccupée des hérétiques, a très peu pourchassé les sorcières; l’écrasante majorité des condamnations ont été le fait de cours civiles. En matière de sorcellerie, les juges laïcs se sont révélés « plus cruels et plus fanatique que Rome ». La distinction n’a d’ailleurs qu’un sens relatif dans un monde où il n’existait pas d’en-dehors possible à la croyance religieuse.

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C’est précisément par c que les chasses aux sorcières nous parlent de notre monde que nous avons d’excellent raison de ne pas les regarder en face. S’y risque, c’est se confronter au visage le plus désespérant de l’humanité. Elles illustrent d’abord l’entêtement des sociétés à désigner régulièrement un bouc émissaire à leurs malheurs, et à s’enfermer dans une spirale d’irrationalité, inaccessible à toute argumentation sensée, jusqu’à ce que l’accumulation des discours de haine et une hostilité devenue obsessionnelle justifient le passage à la violence physique, perçue comme une légitime défense du corps social. Elles illustrent, pour reprendre les mots de François d’Eaubonne, la capacité humaine à « déchainer un massacre par un raisonnement digne d’un aliéné ». LA diabolisation des femmes qualifiées de sorcières eut d’ailleurs beaucoup en comme avec l’antisémitisme. On parlait de « sabbat » ou de la « synagogue » des sorcières; on les soupçonnait, comme les juifs, de conspirer pour détruire la chrétienté et on les représentait, comme eux, avec le nez crochu ».

Mona Chollet dans Sorcières

Une chanson de Claude Dubois /interprétée avec Garou et Eric Lapointe – Chasse – Galerie

Les paroles sur https://genius.com/Claude-dubois-chasse-galerie-lyrics

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