Wu Wei

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Notre présence parmi cette beauté est aussi naturelle que celle de l’arbre ou du rocher. Si nous savons nous maintenir dans notre état de simplicité, nous nous sentons définitivement en sécurité dans le vaste rythme du système universel. Tant et tant de paroles ont été dites sur la vie humaine, et les savants se sont égarés dans un labyrinthe inextricable. Pourtant, notre vie est aussi simple en essence que la nature entière. Aucune chose n’est plus compliquée qu’une autre, et l’ordre règne partout. La marche de toute chose est aussi inévitable que le mouvement de la mer…

*

Tu voudrais savoir si l’homme qui possède la véritable inspiration du poète ne doit pas s’astreindre à certaines préparations techniques pour se guider dans son art ou si au contraire c’est entièrement par lui-même qu’il s’y meut, pareil à la nature. Sans nul doute, c’est cette dernière idée qui est juste. N’oublie pas en effet qu’un jeune poète, après avoir étudié pendant peu de temps les diverses formes de vers, arrive tout à coup à les trouver si naturelles qu’elles lui ôtent toute inclination pour aucune autre. Ses vers prennent une forme belle, involontairement, simplement parce que tout autre mouvement lui serait étranger. C’est précisément la différence entre le poète et le dilettante : le poète chante ses vers spontanément, en s’abandonnant à sa propre impulsion et ensuite, quand il les examine, il reconnaît que tout en eux –le son, le rythme, le mouvement d’ensemble – est juste ; au contraire, le dilettante après avoir choisi une forme de vers parmi les types consacrés par les artistes, cherche à y faire pénétrer de force une succession de mots sans âme ; les paroles pleines d’âme du poète s’épanchaient d’elles-mêmes, précisément parce qu’elles étaient pleines d’âme ; et si nous envisageons les choses sous leur véritable aspect, il n’y a point de formes poétiques immuables et définitives. Il n’y a même absolument aucune loi, car des vers qui jaillissent spontanément de leur source se meuvent d’eux-mêmes et sont indépendants de tout type humain conçu précédemment. La seule loi est qu’il n’y a pas de loi.

Henri Borel dans Wu Wei

Une pièce musicale de Filiae maestae Jerusalem, RV 638: II. Sileant Zephyri

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