Consoler

Consoler, c’est savoir et accepter que nos paroles ne soulagent qu’imparfaitement la peine ; mais c’est aussi souhaiter que cette peine ne soit pas vécue dans la solitude. La consolation est un acte de présence aimante, même si elle est parfois impuissante.

Au moment où l’on console, on peut ne pas savoir ce que la situation va devenir. Quelquefois, l’incertitude est plus grande et plus belle encore : on peut consoler en étant soi-même dans le malheur. Comme dans ces récits de prisonniers ou de déportés qui se consolent entre eux ; ou comme tout humain plongé dans l’adversité qui s’efforce d’apaiser la détresse d’un proche. Consoler alors qu’on est dans le brouillard et la crainte pour soi-même, c’est sans doute la plus émouvante des consolations : d’un endolori à un endolori, d’un menacé à un menacé, d’un désespéré à un désespéré…

*

Parfois, c’est seulement des années après que l’on repense à une parole, un geste, qui nous a consolés et remis en route. Parfois encore, certains des mots consolateurs fonctionnent comme des mantras, ces formules courtes et simples, destinées à nous protéger ou à nous aider, et que l’on se répète pour s’en imprégner.

Je me souviens de patients me racontant comment mes paroles de consolation, souvent prononcées sur le pas de la porte avant de les quitter, leur avaient servi de viatique pour traverser les turbulences, comme une amulette au pouvoir magique permet d’affronter l’adversité. J’avais remarqué que ces phrases consolantes étaient rarement des conseils techniques, mais plus fréquemment des mots de réconfort, banals, que n’importe qui aurait pu leur dire ; mais, formulés au bon moment, avec simplicité et sincérité, ils avaient un effet bien plus grand qu’eux.

Il y a quatre phases dans la vie d’une parole consolante :

  • Celle où elle est dite et entendue ;
  • Celle où elle est pensée et repensée ;
  • Celle où elle disparaît de la conscience de la personne consolée, mais continue son chemin réparateur et bienfaisant ;
  • Celle enfin où elle s’est déposée tout au fond de la mémoire des consolés, dans le coffre aux trésors des souvenirs et des ressources, qui confirment – lorsqu’on en doute – que la vie vaut la peine et que l’adversité peut être traversée.

Christophe André dans Consolations – Celles que l’on reçoit et celles que l’on donne

Une pièce musicale de Vladimir Horowitz plays Liszt: Consolation No. 3

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