L’incarnation joyeuse

Nous avons hérité d’une image de la spiritualité qui regarde vers le haut, transcender, s’élever, se détacher, quitter le poids du monde pour rejoindre une pureté qui lui serait étrangère. Cette image porte en elle une forme de fuite, celle qui consiste à se soustraire de la vie sous prétexte de la dépasser. Or, peut-être que la voie de la spiritualité non duelle peut nous aider, non pas à s’échapper de l’existence, mais à s’y imprégner davantage, à s’incarner plus pleinement, non pas malgré ce qui passe et s’en va, mais précisément à travers cela.

Car tout, dans une vie, est fait de passages. Les jours se referment les uns sur les autres, les visages changent, les énergies se transforment, les certitudes se métamorphosent, et ce que nous croyions posséder se révèle n’avoir jamais été qu’un prêt. Le réflexe le plus ancien, devant cette fuite continuelle, est la résistance, retenir, se cramponner, ou bien, ce qui revient au même sous une forme plus subtile, s’élever au-dessus d’elle pour ne plus la sentir. La transcendance devient alors une manière raffinée de ne pas consentir à ce qui passe.

L’incarnation consciente, elle, demande du courage. Elle ne cherche pas de sortie, elle habite ce qui passe, avec la conscience aiguë de son passage. Et c’est là qu’émerge la joie, non pas une joie naïve qui ignorerait la perte, ni une résignation triste qui s’y soumettrait, mais une joie insoumise, une joie qui refuse de se laisser dicter sa forme par ce qui se perd. Elle ne nie pas le deuil continu qu’est la vie, elle refuse simplement de laisser ce deuil devenir la trame de fond. C’est une joie qui n’a pas besoin que les choses restent pour se donner pleinement à elles tant qu’elles sont là.

Cette insoumission n’est pas un défi lancé contre l’impermanence, ce serait encore une forme de lutte, donc de fuite. C’est plutôt une manière de nous tenir debout au milieu de ce qui s’écoule, sans que le courant nous emporte. Le fleuve emporte tout, mais celui qui a pris un ancrage sur la rive peut encore, chaque jour, chanter en le regardant passer.

Une voie à explorer. Une joie qui ne s’appuie sur rien de stable, sinon sur cette fidélité calme à la vie telle qu’elle est, passagère, et permettant, à chaque instant, d’aimer.

Une chanson de Christophe Maé – Y’a du soleil

Les paroles sur https://genius.com/Christophe-mae-ya-du-soleil-lyrics

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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