
Toutes les grandes traditions religieuses et spirituelles évoquent des fantômes, et la majorité leur donnent le même rôle, rappeler aux vivants qu’un lien n’a pas été dénoué. Le fantôme n’est pas une représentation de peur. C’est une représentation de relation inachevée.
Il apparaît là où quelque chose manque, un rite omis, une sépulture refusée, une injustice ou un amour interrompu. Le fantôme se tient entre deux mondes, ni tout à fait dans notre monde, ni vraiment disparu. Pour ceux qui y croient, il est l’habitant par excellence du seuil d’un point de bascule.
Documenter la réalité des fantômes, c’est donc explorer la manière dont chaque culture se représente la mort, la mémoire et la dette envers ceux qui nous ont précédés. Les réponses varient ; la question, elle, est universelle.
Au-delà de leurs formes, les fantômes portent quatre significations qui traversent toutes les traditions.
Le fantôme est une mémoire qui refuse de s’éteindre. Il rappelle qu’un nom ne doit pas tomber dans l’oubli. Partout, honorer un mort, c’est d’abord prononcer son nom.
Le fantôme réclame souvent quelque chose, une sépulture, une offrande, une prière, une justice. Il dit que les vivants doivent encore quelque chose à ceux qui sont partis. Le spectre d’Hamlet comme l’ombre de Patrocle sont des exemples.
Le fantôme figure aussi un deuil inachevé, du côté des vivants nécessitant un travail. Il s’agit d’aider l’absent à prendre sa juste place, ni trop près ni trop loin.
Enfin, le fantôme est l’être du passage par excellence. Il vit entre deux mondes, entre deux états, entre la présence et l’absence. Les fêtes des Morts ont lieu à des moments charnières de l’année, quand les portes sont dites ouvertes. Le fantôme nous rappelle que la frontière entre la vie et la mort est poreuse.
Ainsi, croire ou non aux fantômes importe peut-être moins que ce qu’ils nous enseignent. Ils disent qu’aucune vie ne se ferme vraiment tant que le lien n’a pas été honoré. Un mort apaisé est un mort dont on a honoré le passage sur Terre. Et les vivants, en l’honorant, apprennent à habiter leur incarnation.
Une pièce musicale The Phantom of the Opera – Prague Cello Quartet
Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage
COPYRIGHT – DROIT DE REPRODUCTION – La reproduction de cet article sur un blogue ou un site est autorisé à condition de respecter : * L’intégralité du texte — Vous ne devez pas modifier, transformer ou adapter ce texte. * Le droit d’auteur — Vous devez citer le nom de la source (avec un hyperlien vers l’article original de préférence). * La finalité sans but lucratif — Vous n’avez pas le droit d’utiliser cette création à des fins commerciales. Si j’ai utilisé vos textes/photos et que vous souhaitez que je les retire, merci de me contacter en commentaire, ce sera fait rapidement.
