L’art de la pêche   Leave a comment

Pérou Matchou Pichou 3

Dans les vallées proches du Macchu-Picchu vivait un vieil Indien quechua. Don Justino était son nom. Il était aussi noble et vieux que le temps, il occupait la place du sage dans la communauté indienne de Quilote. Il était le grand-père de tous les enfants du village. Tous le considéraient comme un oracle auprès duquel chacun, suivant les circonstances, pouvait trouver conseil et consolation.

Parmi ses multiples occupations, don Justino aimait aller à la pêche. Et là, surveillant sa ligne dans la solitude et la paix qui l’environnaient, il sculptait des figurines de bois ou de glaise.

Ce matin-là, dès l’aube naissante, il s’était amoureusement glissé parmi les ombres pour lancer son long fil dans la rivière Patay. Une lumière pâle tintée d’or scintillait sur l’eau. La terre sommeillait encore, mais la journée s’annonçait belle.

Don Justino était bon pêcheur. Il connaissait bien la voracité des poissons. Aussi, la veille au soir, il avait appâté les eaux de la rivière.

Il était aussi économe. Il n’aimait ni improviser ni gaspiller son temps. Pour lui la pêche, comme tout rituel magique, avait ses exigences.

Dans son enfance, son père lui avait enseigné à observer les choses autour de lui. Et il savait par expérience que chez les poissons, comme chez les hommes, la force de l’habitude est toute puissante.

Il ne croyait pas au hasard, il se fiait à la tradition de l’Aigle qui dit : «Rien n’arrive pour rien, même si tu l’ignores.»

Il savait qu’il n’y a pas de coïncidences fortuites.

Immobile comme un roc, il laissa passer les heures, mâchouillant sa boule de coca, accompagnant son fidèle ami le temps.

Ses yeux mi-clos scrutaient la surface de la rivière, à l’affût du moindre frétillement révélateur de la prise, lorsqu’un léger bruit derrière lui mit ses cinq sens en alerte. À l’odeur, il reconnut un corps d’enfant. Pablito, le fils de dona Jacinta, vint s’asseoir à côté de lui.

Le vieil Indien connaissait la nature réservée de l’enfant, il laissa passer un long moment avant de lui parler.

– Est-ce que tu veux apprendre à pêcher,Pablito ?

L’enfant fit «oui» de la tête.

– Alors, reste sans bouger et observe ce que je fais.

Des heures s’écoulèrent, silencieuses. Au bout d’un long, très long moment, le petit garçon osa demander :

– Dites, don Justino, apprendre à pêcher, est-ce donc ne rien faire ? Ne rien faire et attendre, est-ce ainsi que l’on apprend à pêcher ?

– Oui Pablito, répondit le vieil homme c’est ainsi que l’on apprend l’art de la pêche.

Il faut savoir rester attentif dans les ombres, éveillé dans le silence, en contact avec toi-même, pour laisser Dieu et la rivière te donner les «poissons» qu’ils ont préparés pour toi en réponse à ta demande.

Ce fut ce jour-là que Pablito, le petit Quechua, fils de dona Jacinta, commença son initiation à l’art de la pêche.

Luis Ansa  dans Les contes de l’aigle : Histoires chamaniques

 

Une chanson de Simon and Garfunkel – Bridge Over Troubled Water 

Publié 18 juillet 2017 par dandanjean dans Contes

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