Harold et Maude   Leave a comment

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Harold, prenant le tuyau, aspira, puis dit en souriant : « je vais bientôt avoir tous les vices »

– Vice ? Vertu ? Mieux vaut ne pas être trop vertueux, Harold. On se prive de tant de choses ! Il faut viser plus haut que la simple moralité. Comme le dit Confucius, « Ne vous contentez pas d’être bons. Sachez provoquer les bonnes choses de la vie ».

*

Mon petit Harold, si certaines personnes ont des ennuis parce qu’elles pensent avoir des droits sur quelque chose, je ne fais que leur rafraîchir gentiment la mémoire. Vous êtes ici aujourd’hui, vous n’y serez plus demain. Ne vous attachez à rien. Forte de cette pensée, je me permets de collectionner un tas de choses.

*

_ Je me souviens qu’une fois, en Perse, cela se passait il y a bien longtemps, nous avons rencontré au bazar un véritable sage, un sage de profession qui vendait de la sagesse à qui voulait bien la payer. Il avait fait graver, à l’intention des touristes, une maxime sur une tête d’épingle. ‘Les mots les plus sages, les plus vrais, les plus instructifs, nous dit-il, et qui conviennent à tous les hommes de tous les temps.’ Frederick m’en acheta une et de retour à l’hôtel, à l’aide d’une forte loupe, je déchiffrai ces mots : ‘Cela aussi passera.’ Ce saint homme avait raison, ajouta Maude en souriant. Faites-en votre profit et vous vivrez pleinement.

*

_ Voyez-vous, dit-il, la plupart des gens ne sont pas comme vous. Renfermés en eux-mêmes, ils vivent, solitaires, dans leur forteresse. Tout comme moi, d’ailleurs.

_ Chacun vit dans sa propre forteresse, répondit Maude. Mais rient ne nous empêche d’abaisser le pont-levis et de frayer avec nos semblables.

_ Vous reconnaissez cependant, dit Harold en lui souriant, que nous vivons seuls et que nous mourrons seuls, chacun dans notre propre cellule.

_ C’est vrai jusqu’à un certain point, dit Maude laissant errer son regard sur la forêt. C’est pourquoi nous devons nous ingénier à remplir notre vie de choses agréables… lire de bons livres ; rêver auprès d’un feu de bois ; évoquer d’heureux souvenirs. Par ailleurs rien ne nous empêche de sauter le mur de temps en temps et de dormir à la belle étoile.

_ Tout cela exige du courage.

_ Pourquoi ?

_ Vous n’avez donc jamais peur ?

_ Peur de quoi ? Je ne redoute pas ce que je connais et j’aspire à connaître ce que j’ignore. De plus j’ai des masses d’amis.

_ Quels amis ?

_ L’humanité toute entière.

_ Cela fait en effet beaucoup d’amis, dit Harold en souriant. Mais qui vous dit qu’ils vous portent tous de l’amitié ?

_ Pour moi nous sommes tous pareils. Le tout est de se comprendre. J’ai entendu une fois raconter, en Orient, l’histoire de deux architectes qui se rendirent auprès du Bouddha. Ils manquaient d’argent pour achever leurs travaux et ils espéraient que le Bouddha leur viendrait en aide. ‘Je vais voir ce que je peux faire’, leur déclara-t-il et il partit inspecter leurs travaux. Le premier architecte construisait un pont et le Bouddha en fut fort impressionné. ‘C’est là un pont magnifique’, et il se mit en prières. Soudain un grand bœuf blanc surgit, portant sur son dos assez d’or pour achever les travaux. ‘Prends cet or, dit le Bouddha et construis encore beaucoup d’autres ponts.’ Sur quoi, le premier architecte partit le cœur en fête. Le deuxième architecte élevait une muraille et quand le Bouddha la vit, il en fut également impressionné. ‘C’est là une très belle muraille’, dit-il gravement, et il se mit en prières. Soudain le bœuf sacré surgit, se dirigea vers le deuxième architecte et se coucha sur lui, l’écrasant de tout son poids.

Harold fut à ce point secoué de rire qu’il dut se retenir au tronc du pin pour ne pas tomber.

_ Maude ! s’écria-t-il. Cette histoire, vous venez de l’inventer.

_ Ma foi, je l’avoue, fit Maude joignant son rire au sien. Mais elle est pleine d’enseignement. Le monde a assez de murailles. Ce dont les hommes ont besoin, c’est de sortir de leurs forteresses et de jeter des ponts entre eux.

Colin Higgins dans Harold et Maude (qui a été adapté au théâtre et au cinéma).

Le film est bien et illustre cette vision de la vie ou il est possible dépassé les lieux communs et entrer dans sa vie.

Une chanson de Cat Stevens – If you want to sing out 

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