Apprendre à vivre

Pour les stoïciens ce qui était bon, c’était ce qui était conforme à l’ordre cosmique. L’essentiel était de parvenir dans la pratique à s’accorder à l’harmonie du monde afin d’y trouver la juste place qui revenait à chacun dans le Tout.

Si tu veux comparer cette conception de la morale à quelque chose que tu connais et qui existe encore aujourd’hui dans nos sociétés, pense à l’écologie.

Pour les écologistes, en effet, et en cela ils reprennent, bien que souvent sans le savoir, des thèmes de l’Antiquité grecque, la nature forme une totalité harmonieuse que les humains auraient tout intérêt à respecter.

La « biosphère » a remplacé le « cosmos » des Grecs.

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Comme le disent chacun à leur façon plusieurs penseurs contemporains, on ne philosophe pas pour s’amuser, ni même seulement pour comprendre le monde et se comprendre mieux soi-même, mais parfois, « pour sauver sa peau ». Il y a dans la philosophie de quoi vaincre les peurs qui paralysent la vie, et c’est une erreur de croire que la psychologie pourrait aujourd’hui s’y substituer.

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L’action vraiment morale, l’action vraiment « humaine » (…) sera d’abord et avant tout l’action désintéressée, c’est-à-dire celle qui témoigne de ce propre de l’homme qu’est la liberté entendue comme faculté de s’affranchir de la logique des penchants naturels. Car il faut bien avouer que ces derniers nous portent toujours vers l’égoïsme. La capacité de résister aux tentations auxquelles il nous expose est très exactement ce que Kant nomme la « bonne volonté », en quoi il voit le nouveau principe de toute moralité véritable : alors que ma nature -puisque je suis aussi un animal- tend à la satisfaction de mes seuls intérêts personnels, j’ai aussi, telle est du moins la première hypothèse de la morale moderne, la possibilité de m’en écarter pour agir de façon désintéressée, altruiste (c’est-à-dire tournée vers les autres et non seulement vers moi).

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Sans l’hypothèse de la liberté, une telle idée n’aurait évidemment aucun sens : il faut bien supposer que nous sommes capables d’échapper au programme de la nature pour admettre que nous puissions parfois mettre notre « cher moi » de côté.

Luc Ferry dans Apprendre à vivre : Traité de philosophie à l’usage des jeunes générations

Une pièce musicale de Max Richter – On The Nature Of Daylight (Entropy)

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