Tohu-bohu et harmonie

Les mélanges ne font pas nécessairement régresser vers le tohu-bohu et l’harmonie qu’ils manifestent parfois n’efface pas les singularités. Parlant de la pureté du son des cloches de Notre-Dame, Victor Hugo écrit : « D’abord la vibration de chaque cloche monte droite, pure, et pour ainsi dire isolée des autres, dans le ciel splendide du matin. Puis, peu à peu, en grossissant, elles se fondent, elles se mêlent, elles s’effacent l’une dans l’autre, elles s’amalgament dans un magnifique concert. Ce n’est plus qu’une masse de vibrations sonores qui se dégagent des innombrables clochers.

*

Cependant cette masse d’harmonie n’est point un chaos. Si grosse et si profonde qu’elle soit, elle n’a point perdu sa transparence ; vous y voyez serpenter à part chaque groupe de notes qui s’échappe des sonneries.

*

L’accès à la pureté de cette beauté-là, au cœur d’un mélange donc, est-elle un « pur » leurre sur le plan humain ? Beaucoup le pensent en effet, arguments de fait à l’appui. Dans les âpres conflits qui ne cessent d’opposer les humains entre eux, on a recours en effet le plus souvent aux mélanges de forces accusatrices les unes des autres, afin de brouiller toutes les distinctions, de rendre inaudibles les paroles qui tentent de les énoncer et d’éviter de réfléchir à ce qu’elles mettent en évidence, bien plutôt qu’on ne cherche à donner consistance à cette pureté du mélange évoquée par Hugo. Mélange de forces qui ne s’annihilent pas les unes les autres mais dont chacune grandit grâce à l’autre, en écoutant les autres. Par contre, dès lors que les mélanges sont habités par des forces impures auxquelles on laisse libre cours – mélanges dont la haine scande les imprécations – les mots finissent par se fondre dans un magma qui ne permet plus de percevoir la moindre singularité, magma qui ne peut manquer de provoquer des violences terribles qui ne seront plus seulement verbales tant il est vrai que nul ne peut vivre dans le magma. Certains en meurent donc tandis que d’autres font mourir et, dans les deux cas l’impureté triomphe donc.

Catherine Chalier dans Pureté, impureté. Une mise à l’épreuve

Une pièce musicale de The Beatles – Because  

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/247523.html

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s