Les malices du zen

Qu’est-ce qui existe ?

Un jeune étudiant du zen, assez imbu de lui-même, allait d’un maître à l’autre pour les questionner.

Un jour il rendit visite à un moine ermite, célèbre pour son laconisme et son flegme, et lui dit :

– Tout est appelé à disparaître, tout change et se transforme, nous sommes différents de seconde en seconde, je considère donc que rien n’existe vraiment. Qu’en pensez-vous ?

Le moine fumait une grosse pipe à long tuyau en bambou : il continua tranquillement, sans dire un mot, à tirer sur sa bouffarde de longues minutes durant. Et soudain, il en asséna un grand coup sur la tête de son visiteur, qui hurla de douleur et de colère.

– Si rien n’existe, d’où viens ta douleur, d’où viens ta colère ? lui dit alors le moine.

Le jeune homme comprit et s’inclina en silence.

*

La montagne

Un disciple demande au maître :

A quoi peut-on comparer la méditation ?

A une montagne, répond le maître.

Je ne comprends pas, dit le disciple.

En méditation vous êtes immobile comme une montagne. Toutes les pensées qui s’agitent dans votre esprit sont les nuages qui recouvrent la montagne. Mais le vent de votre respiration attentive chasse peu à peu ces nuages et le ciel bleu réapparaît. Puis les nuages reviennent et le vent les chasse à nouveau et la montagne resplendit dans le ciel. C’est simplement cela, la méditation.

*

Une journée, une vie

Un maître avait l’habitude de recevoir chaque fois un élève différent une heure avant la méditation du soir. Il leur faisait alors raconter par le menu leur journée : ce qu’ils avaient vu, mangé, goûté, ressenti, leurs colères et leurs moments de bonheur même minuscules, les envies qui leur étaient passées par la tête, mais aussi les frustrations, les dégoûts, les doutes, les désespoirs. Il leur faisait décrire certains visages croisés, inconnus, qui les avaient frappés, des scènes vécues ce jour-là dans la rue, chez eux, au travail ou ailleurs. Il les poussait à donner le maximum de détails, à vraiment se remémorer les moindres souvenirs de leur fonctionnement dans ce quotidien-là.

Et à la fin, il les envoyait méditer dans le dojo en disant simplement ; « Une journée, une vie. »

Si nous y sommes attentifs, chaque jour, chaque nuit, chaque instant est différent. Et d’autres maîtres de la tradition zen ont dit qu’il faut vivre chaque jour de notre vie comme si c’était le dernier. Intensément.

Marc de Smedt dans Sagesses et malices du zen

Une pièce musicale Tsuru no Sugomori

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