La Martinique Libre

Parti pour découvrir la Martinique, je vous propose quelques vidéos et textes d’écrivains sur cette île.

La Martinique semble être une société empêchée, et ces empêchements ou ces renoncements sont le terreau fertile pour certains groupes de personnes qui accusent principalement l’État de ne pas prendre ses responsabilités, notamment dans le dossier complexe du chlordécone, qui cristallise la méfiance, la défiance et la contestation.

Pour ceux, rares, qui n’en auraient jamais entendu parler : il s’agit d’un produit phytosanitaire utilisé pour lutter contre le charançon, un insecte menaçant les bananeraies. Commercialisé sous les marques Képone et Curlone, ce pesticide organochloré s’est révélé dangereux, notamment lors d’un accident survenu en 1976 dans l’usine qui le fabriquait à Hopewell, aux États-Unis. Les services de l’État, pourtant alertés de la dangerosité de ce produit, ont néanmoins renouvelé l’autorisation de l’utiliser aux Antilles alors même qu’il était interdit en 1990 en France. Cet usage s’est poursuivi jusqu’en 1993. Des plaintes pour empoisonnement ont été déposées en 2006, mais le dossier n’avance pas sur le plan pénal. L’annonce d’un possible non-lieu a cependant « réveillé » l’opinion publique en février 2020 lors d’une manifestation qui a rassemblé près de 20 000 personnes à Fort-de-France, alors que jusque-là l’indifférence régnait.

Le « dossier du chlordécone », est devenu le point Godwin des Antillais, un véritable poison de la société antillaise, qui déchaîne les passions et qui est devenu pour certains extrémistes une forme de « hochet idéologique » facile. Il enflamme tout et exclut tout débat rationnel sur la question essentielle : comment vivre, produire, consommer sainement, malgré ce poison et le passé ? Est-ce possible ? Qu’est-ce qui est fait pour que cela soit possible ?

Pour le volet pénal : les pertes et disparition de pièces utiles à l’instruction doivent être expliquées, les responsables identifiés et punis le cas échéant. La lenteur de la justice pour instruire un dossier qu’on imagine complexe et dans lequel la responsabilité de l’État lui-même, du ministre de l’agriculture de l’époque, mais aussi de parlementaires pourrait être établie, ne peut tout expliquer.

Barbara JEAN-ÉLIE dans La Martinique Libre

Une pièce musicale de Max Cilla – Le chant du pauvre

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