Architectures de la joie

Lettre 1 – Entrer dans les caveaux

Une maison habitable est une maison pleine de joie.

Sans la joie, une maison n’est pas une maison.

Sans la joie, une maison est un dortoir.

Un caveau regrettable.

Bref, sans la joie, une maison devrait être désertée. Vendue. Défaite.

Je suis rentré chez moi il y a quelques jours et je ne me suis pas senti bien du tout. J’ai pensé : « Clairement, ici n’est pas chez moi. »

C’était si limpide.

Et – mon Dieu – si troublant.

Ça n’avait jamais été aussi clair avant cette semaine que nous avons passée ensemble, toi et moi.

La joie m’échappe.

Ou j’échappe la joie.

Je ne sais pas si c’est elle ou si c’est moi, mais peu importe.

Nous nous passons l’un à côté de l’autre elle et moi.

Il m’arrive très difficilement de la saisir.

*

Tant, tant de mots ont été vidés de leur sens. J’aime écrire beaucoup pour ça, chercher longtemps, le bon mot pour dire, le mot d’avant le piétinement. 
J’aime écrire beaucoup pour ça, rattacher le mot déformé à ses racines. 
Trouver le bon mot me procure systématiquement beaucoup de joie, et plus la recherche est longue, plus la victoire est grande et plus la joie me mordille érotiquement le cœur.

*

Elle [la joie] est ce qui augmente notre puissance d’exister.

*

Est-ce que tu te promènes parfois ? Je suis presque certaine que non. Tu n’as pas appris à te promener. Là aussi, tu es débutant. Il faudra apprendre à marcher. Comme les petits. Apprendre à marcher pour la lumière, pour se perdre, pour cueillir, pour aucune utilité autre que celle de faire partie du jour.

Anaïs Barbeau Lavalette et Steve Gagnon dans Architectures de la joie

Une pièce musicale de Shakti – Happiness Is Being Together

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