Vision Wendat de la création du monde

Le récit cosmogonique Wendat, que l’on appelle souvent « la femme venue du ciel », se transmet oralement depuis des générations. Sa version écrite, acceptée par le Conseil traditionnel de Wendake, a été publiée en récemment par Louis-Karl Picard-Sioui. La Nation Wendat est établie à Wendake, voisine de la ville de Québec.

Avant notre monde, il existe un Monde-Ciel où vit un peuple semblable aux humains. Une jeune femme, nommée Aataentsic qui veut dire fille du chef, creuse un jour au pied d’un grand arbre, à la recherche de racines pour soigner son mari malade. Le sol cède : un trou béant s’ouvre et elle tombe vers le Monde-Mer, l’océan primordial qui recouvre alors tout ce qui deviendra la terre.

Deux oies sauvages, la voyant tomber, la rattrapent en plein vol et la déposent sur le dos de la Grande Tortue, qui nage dans cet océan des premiers âges. La Tortue convoque un conseil des animaux aquatiques pour trouver une solution durable. Plusieurs échouent, puis le vieux crapaud plonge dans l’abîme et remonte, après une longue absence, avec quelques grains de terre dans la gueule. Cette terre, étalée avec soin sur la carapace de la Tortue, devient rapidement une île verdoyante, l’île de la Grande Tortue, ce que d’autres nations appelleront aussi l’Amérique. La femme s’y établit et cette terre est nommée Wendake. On raconte encore aujourd’hui que les tremblements de terre viennent des mouvements de la Grande Tortue.

Enceinte au moment de sa chute, la femme donne naissance à une fille, qui elle-même, de façon mystérieuse, devient mère de jumeaux : Iouskeha et Tawiscaron. Les deux frères incarnent des principes opposés et complémentaires. Iouskeha, l’aîné, est associé au bien, à la vie, au soleil. C’est lui qui enseigne aux humains la chasse, l’agriculture et la maîtrise du feu, qui libère les animaux et fait couler les rivières, bref, qui rend la terre habitable et féconde. Tawiscaron, lui, incarne une force plus destructrice ou contrariante, il crée les montagnes et les rivières qui séparent les peuples, ou engendrent les créatures malfaisantes.

Les deux frères finissent par s’affronter dans un combat violent. Iouskeha triomphe et blesse mortellement Tawiscaron. Le sang répandu de ce dernier se change en silex, la pierre, dont les Wendat tireront leurs outils et leurs pointes de flèches. Ainsi, même le conflit fondateur porte un fruit utile aux vivants.

Iouskeha retourne vivre avec sa grand-mère Aataentsic, celle-ci ayant, avec le temps, glissé du rôle de mère fondatrice à celui de gardienne des âmes et de la mort, tandis qu’Iouskeha reste tourné vers les vivants et leur subsistance. Leur demeure, une maison-longue au-delà du visible, devient dans la cosmologie wendat le lieu où se rendent les âmes après la mort.

Ce mythe présenté ici et grandement résumé, comme beaucoup de récits de terre portée sur la carapace d’une tortue, trouve des échos ailleurs en Amérique du Nord.

Une chanson de Les Femmes au Tambour de Wendake – AHSONTA’ ANNIKOUYA ANOYE 

Les paroles Le chant n’a pas de traduction versifiée ligne à ligne. Il s’agit d’un chant d’invocation sacré et traditionnel, et non d’une chanson à texte.

Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage

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