Brèves de philo

Pour profiter vraiment de chaque moment, il faudrait qu’il n’y ait pas de fin (ni de Fin). Qui n’a pas fait cette expérience déprimante du dimanche où l’on passe son temps non pas à savourer l’instant mais à surmonter la douleur du lundi, que le dimanche annonce et contient déjà en soi ? Est-il possible de saisir la beauté d’un seul instant dominical sans être en même temps gagné par la triste conscience du lundi ? L’adage ne devrait donc pas être « Profite de chaque jour » mais « Oublie que ce jour va mourir » – et que toi-même tu mourras un jour. Si l’on ne parvenait pas à volontairement ignorer cette horloge qui tictaque au cœur de chaque instant, on ne pourrait jamais se lever le matin. Vivre, c’est survivre à l’idée de la mort. Et ce sont encore les poètes qui le disent le mieux, comme Aragon : « Elles ont ces journées un ver dans le fruit : la certitude jamais oubliée de leur fin, l’obsession de leur brièveté, la connaissance anticipée de cette séparation qui a le goût de l’irréparable ».

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L’invention marketing du « Parce que je le vaux bien » relève du génie, et pas seulement du génie cosmétique. A travers ce slogan publicitaire, c’est toute une morale qui est proposée. Elle se fonde sur le mérite qu’il y a non pas à faire le bien mais à se faire du bien. En achetant pots, tubes, gels et crèmes, on ne succombe pas à la tentation du futile, au culte de l’apparence : on fait son devoir.

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S’inquiéter de son image est un commandement moral ; le narcissisme est devenu une forme de puritanisme marqué par la stricte observance de préceptes non pas religieux mais esthétiques.

Laurence Devillairs (1969 – ) est normalienne, agrégée, docteur en philosophie, habilitée à diriger des recherches (Sorbonne université), spécialiste du XVIIe siècle et de philosophie morale.

Laurence Devillairs dans Brèves de philo : Seriez-vous stoïcien sans le savoir ?

Une pièce musicale de Anouar Brahem – After the Last Sky

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