Humain, trop humain

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Celui qui veut seulement dans une certaine mesure arriver à la liberté de la raison n’a pas le droit pendant longtemps de se sentir sur terre autrement qu’en voyageur, — et non pas même pour un voyage vers un but final : car il n’y en a point.

Mais il se proposera de bien observer et d’avoir les yeux ouverts pour tout ce qui se passe réellement dans le monde ; c’est, pourquoi il ne peut attacher trop fortement son cœur à rien de particulier ; il faut qu’il y ait toujours en lui quelque chose du voyageur, qui trouve son plaisir au changement et au passage. Sans doute un pareil homme aura des nuits mauvaises, où il sera las et trouvera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir un repos ; peut-être qu’en outre, comme en Orient, le désert s’étendra jusqu’à cette porte, que les bêtes de proie hurleront tantôt loin, tantôt près, qu’un vent violent se lèvera, que des brigands lui raviront ses bêtes de somme.

Alors peut-être l’épouvantable nuit descendra pour lui comme un second désert sur le désert, et son cœur sera-t-il las de voyager. Qu’alors l’aube se lève pour lui, brûlante comme une divinité de colère, que la ville s’ouvre, il y verra peut-être sur les visages des habitants plus encore de désert, de saleté, de fourbe, d’insécurité que devant les portes — et le jour sera pire presque que la nuit.

Ainsi peut-il en arriver parfois au voyageur ; mais ensuite viennent, en compensation, les matins délicieux d’autres régions et d’autres journées, où dès le point du jour il voit dans le brouillard des monts les chœurs des Muses s’avancer en dansant à sa rencontre, où plus tard, lorsque paisible, dans l’équilibre de l’âme des matinées, il se promène sous des arbres, verra-t-il de leurs cimes et de leurs frondaisons tomber à ses pieds une foison de choses bonnes et claires, les présents de tous les libres esprits qui sont chez eux dans la montagne, la forêt et la solitude, et qui, tout comme lui, à leur manière tantôt joyeuse et tantôt réfléchie, sont voyageurs et philosophes.

Nés des mystères du matin, ils songent à ce qui peut donner au jour, entre le dixième et le douzième coup de cloche, un visage si pur, si pénétré de lumière, si joyeux de clarté, — ils cherchent la philosophie d’avant-midi.

Friedrich Nietzsche dans Humain, trop humain, tome 1

Une pièce musicale 2001: A Space Odyssey Theme • Also Sprach Zarathustra • Richard Strauss

Petite philosophie du matin

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Il faut savoir donner sans regret, sans rien attendre en retour : de l’attention, un présent, un coup de file, de l’amour… Lorsqu’on le fait sincèrement et arrière pensée, sans autre préoccupation que de faire plaisir, on ressent une immense plénitude.

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Tous les jours, d’autres nous tendent la main et nous offrent des possibilités que nous ne voyons pas.

Nous sommes entourés d’êtres à côté desquels nous passons par manque de curiosité ou par indifférence.

Pourtant, tous ont des envies, des talents ou des rêves à partager.

Il faut apprendre à les connaître, échanger, s’intéresser.

Chacun à quelque chose à nous apporter, à nous enseigner.

De tout cela peuvent naître des projets, des opportunités et de nouvelles chances.

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On est riche de ce que l’on donne. Aussi convient-il de donner chaque jour ne serait-ce qu’un regard à autrui. Mais aussi de l’écoute et du temps.

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Quand on a connu le malheur, le bonheur retrouve sa vraie saveur : une indicible douceur.

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Bien souvent, ce n’est pas l’incapacité qui est à l’origine d’un échec, mais le manque de confiance en soi.

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Partager, regarder, offrir, ouvrir, échanger, recevoir oublier, tolérer, apaiser, rassurer, consoler, pleurer, rire, chanter, s’amuser, danser, … C’est encore aimer.

Catherine Rambert dans Petite philosophie du matin

Une pièce musicale de Dave Matthews  – Everyday

Matière à contredire : Essai de philo-physique

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A la fin de sa vie, Einstein reconnut que, sans la lecture des grands penseurs, notamment Hume, Kant, Schopenhauer ou encore Mach, il n’aurait pas eu la force intellectuelle de contester la conception classique de la temporalité, et ne serait sans doute pas parvenu à élaborer en 1905 sa théorie de la relativité restreinte : c’est chez eux qu’il trouva certains des arguments critiques qui lui permirent d’abandonner l’idée d’un temps absolu et universel.

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Dans les mouvements des corps gravitant ensemble, il n’y a rien qui puisse être appelé une cause, et il n’y a rien qui puisse être appelé un effet : il y a là simplement une formule qui permet de calculer la configuration du système à n’importe quel instant.

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-Combien d’enfants avez-vous, Madame ? Demande le prêtre.

-Nous avons quatre paires de jumeaux, mon Père.

-Vous faites donc toujours de jumeaux ?

-Oh non, mon Père, mon mari et moi, parfois, nous ne faisons pas d’enfant du tout !

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Il ne s’agira pas, bien sûr, de prôner une improbable fusion de la physique et de la philosophie qui conduirait à regrouper leurs épreuves aux examens (« Déterminez l’équation du mouvement d’un astéroïde de masse m en tenant compte de l’insoutenable légèreté de l’être », « La théorie de la relativité générale d’Albert Einstein signe-t-elle dialectiquement la mort de Dieu ? », « Selon vous, la formule E=mc² démontre-t-elle qu’une volonté de puissance se cache derrière tout désir de connaissance ? »).

Étienne Klein dans Matière à contredire : Essai de philo-physique

Une pièce musicale de Ludovico Einaudi – Divenire (Devenir)

De la fumisterie intellectuelle

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La peur collective favorise l’instinct grégaire et la cruauté envers ceux qui n’appartiennent pas au troupeau.

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Afin de mettre cet orgueil en sourdine, rappelons-nous que l’humanité n’est qu’un épisode éphémère dans la vie d’une petite planète nichée dans un recoin de l’univers et que pour autant que l’on sache, d’autres galaxies abritent peut-être des êtres qui nous sont tout aussi supérieurs que nous ne le sommes aux méduses.

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Si la moindre contradiction vous met en colère, c’est qu’inconsciemment vous vous savez incapable de justifier l’opinion qui est la vôtre.

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L’homme est un animal crédule, il a besoin de croire et, à défaut de fondements solides à sa croyance, il se contentera de fondements bancals.

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Méfiez-vous des opinions qui flattent votre amour-propre.

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Surmonter sa peur, c’est le premier pas vers la sagesse dans la recherche de la vérité comme dans la quête d’une vie digne.

Bertrand Russell dans De la fumisterie intellectuelle

 

Une pièce musicale de Chamber orchestra and chorus of the Staatskapelle Berlin – Aydar Gaynullin & Friends