Le monde de Sophie

ImAGE Naxos

T’ai-je déjà dit que la seule qualité requise pour devenir un bon philosophe est notre capacité d’étonnement ? Sinon je te le répète maintenant : La seule qualité requise pour devenir un bon philosophe est de s’étonner.

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Un philosophe, c’est quelqu’un qui n’a jamais vraiment pu s’habituer au monde. Pour le philosophe, homme ou femme le monde reste quelque chose d’inexplicable, de mystérieux et d’énigmatique. Les philosophes et les petits enfants ont par conséquence ne grande qualité en commun. On pourrait dire que les philosophes gardent toute leur vie une peau aussi fine que celle de l’enfant.

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La Conscience absolue, c’est l’art, la religion et la philosophie. Et, de ces trois domaines la philosophie est la forme la plus élevée de la raison, puisque dans la philosophie l’Esprit du monde réfléchit à sa propre activité au cours de l’Histoire. Ce n’est donc que dans la philosophie que l’Esprit du monde se réalise, atteint la parfaite égalité avec lui-même. Tu peux aller jusqu’à avancer que la philosophie est le « miroir » de l’Esprit du monde.

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Kierkegaard dit que la vérité est « subjective ». Ce qui dans son esprit, ne revient pas à dire que toutes les opinions se valent, mais que les vérités vraiment importantes sont personnelles. Ce sont seulement ces vérités qui sont « une vérité pour moi.

Jostein Gaarder dans Le monde de Sophie

Une pièce musicale de Damien Rice – I Don’t Want To Change You

Les paroles en français sur https://www.lacoccinelle.net/942357.html

Le plaisir d’être

Deux moines un rire

Pour la personne qui veut se réaliser dans sa démarche spirituelle ou philosophique, il n’existe pas un seul courant de pensée, il n’existe pas une seule voie pour l’entraînement de l’esprit, que ce soit par la lecture, le zazen, l’écriture, la méditation, le yoga, le taï-chi ou toute autre pratique.

D’ailleurs, plus une personne expérimente, pratique et expérimente, plus elle a l’esprit ouvert à sa nature propre qui est non duelle. Elle en arrivera à faire le constat que la voie est libre.

Il réalisera avec le temps qu’il ne subsiste aucune séparation, pas plus qu’il y a une réelle différence entre la conscience et celui qui est conscient.

Tout doucement, la pratique fait en sorte que la pensée et le penseur ne sont plus différents. La force de l’attachement qui fige la différence est mieux contrôlée.

La pratique, peu importe de quel courant elle est issue, doit devenir un jeu de l’esprit et non pas une chose de sérieuse. L’entraînement de l’esprit doit être simplement un appel du cœur comme si nous réalisions ce que nous avons toujours été.

Il n’y a rien à gagner ou à perdre au regard des autres. La scission entre ce que l’un pratique et ce que l’autre pratique, malgré la forme, est fictive. La différence ne devrait jamais entraîner l’exclusion.

Dans notre état naturel, la pratique devrait être une façon d’être et non seulement une pause régulière sur un zafu ou une chaise. Tout se passe dans l’étendue de la conscience et le plaisir d’être.

Une chanson de Jean-Jacques Goldman – Veiller tard

Les paroles sur https://www.lacoccinelle.net/906880.html

COPYRIGHT – DROIT D’AUTEUR 2019 – Daniel Jean – Vous pouvez copier ce texte en indiquant la source dandanjean.wordpress.com, SVP ne pas modifier les textes et le contenu sans approbation, merci.

Thomas de Koninck et le Petit Prince

Après s’être exilé à New York, Antoine de Saint-Exupéry se pose à Québec en mai 1942. Un de ses amis de la Capitale, Charles De Koninck, organise sa venue. L’aviateur est alors invité à partager ses souvenirs de guerre lors d’une conférence au Palais Montcalm. À l’époque, l’écrivain connait une popularité sans pareil aux États-Unis comme au Québec.

La soirée se poursuit dans la demeure des De Koninck, sise au 25, rue Sainte-Geneviève dans le Vieux-Québec. Déjà à l’époque, la maison est reconnue comme un lieu d’échanges entre scientifiques, universitaires et hommes politiques. Plusieurs intellectuels s’y retrouvent donc, mais ce qui intéresse le plus le célèbre aviateur, ce sont plutôt les jeux des enfants de son ami professeur. Il leur montre entre autres divers dessins de même que des avions en papier.

L’aîné de la famille De Koninck, Thomas, est alors un petit garçon blond de 8 ans d’une grande curiosité. Il pose sans cesse des questions à l’écrivain qui finira par séjourner cinq semaines rue Sainte-Geneviève, en attente d’un visa. Comme un personnage enfantin d’un certain classique vendu à 145 millions d’exemplaires.

La ressemblance est frappante entre les deux. Toutefois, Thomas De Koninck n’est pas tout à fait le Petit Prince. Saint-Exupéry avait déjà commencé à esquisser ce personnage quelques années auparavant, mais il a avoué avoir été inspiré par le jeune garçon pour terminer ses dessins. Selon le principal intéressé, devenu depuis un influent professeur de philosophie à l’UL, le Petit Prince, ce serait plutôt Saint-Exupéry

Article produit par KIM CHABOT

Voici une conférence qui soulève l’enjeu de la responsabilité collective de l’humain et de l’avenir de la philosophie

Les irremplaçables

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Tel est le nouvel âge du décervelage: la société de consommation et des « loisirs forcés »; la tutelle des puissances de divertissement. Derrière cette forme de « loisir », il n’y a pas de scholé, pas de lieu propre pour l’homme pour construire son processus d’individuation. « La majorité de ceux qui mènent une vie absurde ne sont pas encore conscients de ce malheur. C’est la vie qu’on les contraint à mener qui les empêche de percevoir qu’elle est absurde. Voilà pourquoi ils ne font rien contre elle. Mieux: même ce qu’ils font à côté de cette vie absurde est quelque chose qu’on fait à leur place, quelque chose qu’on leur livre.

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… puisqu’on les prive de leur autonomie, de la chance de devenir autonomes, ils restent aussi non autonomes pendant leur temps libre. Ils s’acquittent de leur plaisir servilement, tout aussi servilement qu’ils s’acquittent de leur job.

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L’instant à saisir, c’est l’obligation éthique pour l’homme de l’engagement. Il ne suffit pas de l’espérer. Il faut le créer.

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L’allusion au printemps n’est pas neutre dans la mesure où elle évoque la régénérescence. Le printemps est cette saison dont l’allure est celle des matins perpétuels. C’est l’éveil en soi.

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Connaître, c’est se souvenir, au sens aussi où connaître c’est choisir ce que l’on n’oubliera pas.

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L’affectation n’est pas l’attention. Philosopher, ce sera toujours destituer le simulacre. La sophistique n’est qu’une affectation de la mesure. Sa motivation première reste le pouvoir, précisément le « tout en trop » et, si l’on en croit Calliclès, de contourner légalement la loi qui s’est faite le censeur de la nature.

Cynthia Fleury dans Les irremplaçables

Une pièce musicale de Pat Metheny et Toots Thielemans – Always And Forever

Philosophie du quotidien et les stoïciens

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La philosophie Stoïcienne s’attache à définir la liberté de l’individu, en mettant en exergue les notions de vertu et d’ordre naturel. Les fondements de cette doctrine datent de Zénon de Cittium qui, au IVe siècle av. J.C., s’attacha à développer une théorie de l’univers. La sagesse était alors définie comme «le savoir des affaires divines et humaines». Mais ce sont surtout les préceptes des grands Stoïciens impériaux (Sénèque, Épictète, Marc-Aurèle) qui ont eu des résonances durables, exprimant une morale fondée sur l’effort, le sens du devoir et l’intention du bien.

Dans les écrits de Stoïciens, il est souvent fait allusion aux lois naturelles, dont le modèle doit guider les hommes vers la vérité et l’harmonie. «Vivre heureux et vivre conformément à la nature une même chose»

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Le stoïcisme engage à ne pas se résigner face à ; une prétendue fatalité, mais à apprendre à » distinguer ce qui dépend de notre volonté et ce qui ne nous appartient pas. Quitte à transformer la  fatalité en Providence : «Je ne suis pas l’esclave de Dieu, je lui donne mon accord» précise Sénèque. La méditation personnelle ne doit pas être érigée en attitude esthétique mais se déployer en force inspiratrice, en courage, en résolution active.

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La vertu stoïcienne pourrait être traduite ainsi : les circonstances de la vie se renouvellent perpétuellement en une infinie diversité de formes, mais aucunes d’entre elles ne doit nous troubler.

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Tous ceux qui croient aux vertus salvatrices de la sagesse dans un  monde désorienté  et matérialiste, de plus en plus coupé du divin et du vivant, gagneront à méditer ces paroles de vie, de noblesse et de liberté que le Stoïcisme nous livre à travers des préceptes intemporels.

François Garagnon dans Philosophie du Quotidien (Paroles d’honneur et de bonheur, mots d’amour et de bravoure et autres exhortations vivifiantes sur l’art et la manière de gouverner sa vie)

Une pièce musicale d’Yann Tiersen – Porz Goret

Le philosophe nu

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Je viens de lire une anecdote qu’on prête aux Pères du désert :

« L’abbé Joseph demande à l’abbé Pastor : « dis-moi comment devenir moine ? » l’ancien lui répond : « si tu veux trouver le repos en ce monde et dans l’autre, en toute occasion, pose-toi cette question : « Qui suis-je ? » Et ne juge personne. »

La sobriété de ce Pastor est parlante. On s’attendait à un barda de recettes mais le saint homme renvoie à l’intériorité, à l’observation de ses démons intérieurs, à la connaissance de la foule braillarde qui se presse dans son cœur. Comment après une telle introspection, oser pointer du doigt les petits travers de ses proches. »

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Un maître dit à ses disciples : « Ne condamnez jamais le bâton qui vous frappe. Ce n’est que l’instrument de la colère. De même, celui qui vous fait du mal est l’esclave de la passion.

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Par intuition plus que par expérience, je devine qu’un cœur libre se rassasie totalement de la vie. Dans les moments de joie, les besoins disparaissent d’ailleurs d’eux-mêmes chez celui qui sait se combler du réel.

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Ne jamais oublier que se sont mes fragilités qui sont la source de ma fécondité.

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Je m’aperçois que par peur de souffrir, j’ai voulu bannir toutes les passions. Or, sans elles je ne serais pas là. Sans l’affection de mes proches, sans l’amour de la philosophie, sans mon ardeur au combat, sans le goût des rencontres, je ne serais assurément plus sur cette terre.

La vie me donne sans cesse des maîtres et des guides. L’humour et le rire de ma famille m’ont révélé que le goût de l’existence peut triompher de la souffrance ; le père Morand m’a convié à me tourner vers l’intériorité plutôt qu’à chercher au-dehors des motifs à ma joie ; l’enthousiasme de mes enfants, tous les jours, m’enseigne à désapprendre mes peurs et à oser tant bien que mal un tout petit peu d’amour de soi…

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Le maître Sekkei Harada m’y appelle : « Il n’y a qu’une personne que vous deviez rencontrer ; une personne que vous devez rencontrer comme si vous étiez amoureux fous. Cette personne est votre Soi essentiel, votre vrai Soi. Tant que vous n’aurez pas rencontré ce Soi, il vous sera impossible de ne pas avoir le sentiment que quelque chose vous manque, impossible d’être clair à propos des choses en général.

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Je veux m’ouvrir à ce nouveau défi : rencontrer le vrai Soi, devenir Soi, au-delà de la comparaison et de la jalousie.

Alexandre Jollien dans Le philosophe nu

Une pièce musicale de Lex Van Someren – Journey to the Heart

Humain, trop humain

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Celui qui veut seulement dans une certaine mesure arriver à la liberté de la raison n’a pas le droit pendant longtemps de se sentir sur terre autrement qu’en voyageur, — et non pas même pour un voyage vers un but final : car il n’y en a point.

Mais il se proposera de bien observer et d’avoir les yeux ouverts pour tout ce qui se passe réellement dans le monde ; c’est, pourquoi il ne peut attacher trop fortement son cœur à rien de particulier ; il faut qu’il y ait toujours en lui quelque chose du voyageur, qui trouve son plaisir au changement et au passage. Sans doute un pareil homme aura des nuits mauvaises, où il sera las et trouvera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir un repos ; peut-être qu’en outre, comme en Orient, le désert s’étendra jusqu’à cette porte, que les bêtes de proie hurleront tantôt loin, tantôt près, qu’un vent violent se lèvera, que des brigands lui raviront ses bêtes de somme.

Alors peut-être l’épouvantable nuit descendra pour lui comme un second désert sur le désert, et son cœur sera-t-il las de voyager. Qu’alors l’aube se lève pour lui, brûlante comme une divinité de colère, que la ville s’ouvre, il y verra peut-être sur les visages des habitants plus encore de désert, de saleté, de fourbe, d’insécurité que devant les portes — et le jour sera pire presque que la nuit.

Ainsi peut-il en arriver parfois au voyageur ; mais ensuite viennent, en compensation, les matins délicieux d’autres régions et d’autres journées, où dès le point du jour il voit dans le brouillard des monts les chœurs des Muses s’avancer en dansant à sa rencontre, où plus tard, lorsque paisible, dans l’équilibre de l’âme des matinées, il se promène sous des arbres, verra-t-il de leurs cimes et de leurs frondaisons tomber à ses pieds une foison de choses bonnes et claires, les présents de tous les libres esprits qui sont chez eux dans la montagne, la forêt et la solitude, et qui, tout comme lui, à leur manière tantôt joyeuse et tantôt réfléchie, sont voyageurs et philosophes.

Nés des mystères du matin, ils songent à ce qui peut donner au jour, entre le dixième et le douzième coup de cloche, un visage si pur, si pénétré de lumière, si joyeux de clarté, — ils cherchent la philosophie d’avant-midi.

Friedrich Nietzsche dans Humain, trop humain, tome 1

Une pièce musicale 2001: A Space Odyssey Theme • Also Sprach Zarathustra • Richard Strauss