
Parti pour découvrir la Martinique, je vous propose quelques vidéos et textes d’écrivains sur cette île.
_ Étrange destinée que le nôtre, de vivre enracinés ici et pourtant, de toucher tant de vies là-bas, répondais-je.
_ C’est notre cadeau, n’est-ce-pas ? Donner sans voir, nourrir sans connaître, aimer sans frontières.
* Ils avaient été plantés, arrosés et sarclés dans un jardin botanique, jusqu’à ce qu’ils retrouvent la force de leur espèce, que leurs racines s’emparent de leur nouveau sol, et qu’ils aceptent enfin de faire souche dans ce nouveau pays. On les avaient affublés du nom de « Bois noir de Haïti » et on leur avait attribué un rôle : celui d’ombrer les arbres de café. Les hommes les avaient domestiqués comme on modèle une terre d’argile. Ils les avaient soumis à leur volonté. C’était dans l’ordre de leur tempérament… Ces petits êtres hors sol sont de terribles prédateurs : ils vous tuent ou ils vous exploitent. Sans le moindre état d’âme.
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Par quelle magie suis-je entré dans la conscience des hommes ? Par quel miracle ai-je eu accès à leur monde intime ? Comment ai-je découvert l’existence de leurs petits moteurs faits de sentiments, d’émotions, de volontés, d’ambitions, de choix ? Tous ces ressorts qui leur donnent l’illusion de tenir les rênes et qui les rendent si fascinants. Ces causes insolites qui donnent vie à leur récits. Parce qu’ils racontent des histoires, les hommes sont uniques. Contrairement à nous, arbres, ils ont le verbe créateur ; ils inventent leurs réalités et se laissent convaincre qu’elles existent bel et bien : argent, entreprises, utopies, dieux, boucs émissaires, justice … autant d’idées, autant de concepts qui émergent de leur esprit fertile et qu’ils croient vrais. Ils créent des fictions collectives qui encombrent leur monde réel. Ont-ils oublié que seul existe vraiment ce qui nourrit et ce qui blesse ?
Emmanuel de Reynal dans Zamana
Une pièce musicale de Rhapsodie Martinique: III. Découverte de nouveaux rivages – Sueurs, souffrance et sang
