
Deux mots qui semblent synonymes, coexister et interdépendance, presque interchangeables dans l’usage courant et qui pourtant, dessinent deux visions du monde très différentes.
Coexister, c’est exister à côté de l’autre. L’étymologie le dit clairement : cum— (avec) et existere (se tenir hors de, exister). Deux entités coexistent lorsqu’elles occupent le même espace, la même durée, sans s’annuler mutuellement. C’est une notion fondamentalement spatiale et temporelle. Elle décrit une juxtaposition tolérée, parfois pacifique, parfois simplement neutre.
La coexistence n’exige aucun lien substantiel. Deux arbres peuvent coexister dans un jardin sans que l’un ait besoin de l’autre pour vivre. Deux cultures peuvent coexister dans une même ville sans se transformer réciproquement. Le mot porte en lui une forme de retenue, presque de distance polie, on pense à la « coexistence pacifique » de la guerre froide, où deux blocs s’évitaient plus qu’ils ne se rencontraient.
L’interdépendance suppose autre chose, notamment, que l’existence même de chaque partie soit conditionnée par l’autre. Ce n’est plus une question de proximité, mais de constitution. On ne coexiste pas en dépit du lien, on existe par le lien.
Cette idée trouve une résonance profonde dans la pensée bouddhiste du pratītyasamutpāda, la « coproduction conditionnée ». Rien n’existe en soi, indépendamment, tout surgit en relation à des causes et conditions qui le traversent. L’interdépendance n’est donc pas une option éthique ou politique qu’on choisirait d’adopter, c’est, dans cette perspective, une structure intrinsèque déjà là, que l’on peut simplement reconnaître ou méconnaître.
Le passage de la coexistence à l’interdépendance est un déplacement du regard, de la tolérance à la reconnaissance. Coexister, c’est admettre que l’autre a le droit d’être là. Être interdépendant, c’est comprendre que je ne serais pas ce que je suis sans cet autre, et que la frontière nette entre « moi » et « non-moi » est elle-même une construction, utile, mais provisoire.
C’est peut-être là que se loge un seuil intéressant à explorer. Beaucoup de discours contemporains sur l’écologie, le vivre ensemble ou la paix sociale s’arrêtent au seuil de la coexistence, un idéal minimal, souvent présenté comme suffisant, sans franchir le pas vers l’interdépendance, qui demande un changement de posture plus radical. En effet, il implique de prendre conscience que ma survie, mon identité, mon sens même, soient tissées dans la trame d’autres existences.
Coexister protège les frontières.
Reconnaître l’interdépendance les traverse.
Une chanson de Lara Fabian et Maurane – Tu es mon autre
les paroles sur https://www.musixmatch.com/lyrics/Lara-Fabian-feat-Maurane/Tu-es-mon-autre-2
Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage
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