Ça sent la coupe

Après la dernière cène, le calice du Christ a été perdu. On l’a oublié dans la cuisine, au lavoir, dans la cuve où l’on déposait la vaisselle sale. Personne n’a prêté attention, personne n’a dit : « Nous devrions conserver ce calice, car l’objet pourrait bien un jour avoir de la valeur ! » Non, la coupe dans laquelle Jésus a bu son dernier verre s’est évanouie dans la nature, probablement vendue en vrac avec le mobilier de la dernière cène. Depuis ces temps bibliques, la quête pour retrouver l’objet perdu a occupé une grande partie de l’imaginaire de l’Occident. Si l’on en croit les chroniques d’Indiana Jones, ce calice perdu n’est rien d’autre que le Saint-Graal, volé par les mahométans, repris par les Templiers, caché dans les montagnes du désert pour le protéger des voleurs.

Or au fil du temps la légende s’est enrichie. Boire l’eau pure dans la coupe du Christ confère l’éternité. Il faut trouver le calice, probablement un bol en bois, et il faut trouver de l’eau pure. C’est la quête d’entre les quêtes, la recette de l’éternité. En 1500, Ponce de León, grand conquistador catholique, a découvert une terre amérindienne qu’il a appelée Florida. Ponce de Léon cherchait des cités d’or ainsi que la fontaine de Jouvence. Rien que ça, ne plus vieillir, ne plus mourir et être riche comme dix Crésus. Mais, en Floride, Ponce de León n’a trouvé que des moustiques, des marécages, des autochtones très hostiles et des alligators affamés. Pauvre Ponce de León, il voulait la jeunesse éternelle, il est mort prématurément.

Ne plus mourir et rester jeune, n’est-ce pas la quête de notre époque ? Aurions-nous finalement trouvé la recette de la santé éternelle ? Le sens de la vie ne serait-il rien d’autre que la croissance économique, la croissance personnelle et l’allongement illusoire de l’existence ? Il n’y a pas de réponses à ces mystères. Mais, dans cette quête universelle qui fait courir l’humanité depuis toujours, se pourrait-il que nous nous soyons égarés en chemin ? Il faut faire nos recherches, car il est impossible que Google nous cache quelque chose. Depuis le GPS, il n’y a plus aucune raison de se demander où nous en sommes rendus.

Serge Bouchard (1947-2021) est un anthropologue, écrivain et animateur de radio québécois. De novembre 1975 à octobre 1976, Serge Bouchard a voyagé avec des camionneurs dans le Nord-Ouest québécois. Son but : étudier et observer leur travail pour en faire le sujet de sa thèse de doctorat. Serge Bouchard et Mark Fortier ont transformé la matière de cette recherche ethnographique unique en un portrait vivant et pénétrant du monde des routiers. 

Serge Bouchard dans La Prière de l’épinette noire

Une pièce musicale de Keith Jarrett Keith avec Gary Peacock et Jack DeJohnette – Guess I’ll Hang Out My Tears To Dry

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