Mal d’ego

La conscience égotiste nous apparaît en tant que non- conscience, conscience de « moi je suis ceci/cela », mais absente du réel et de ses manifestations car sur toutes ses perceptions, cette conscience ne fait que projeter diverses influences et conditionnements, résultant de l’éducation familiale, du système scolaire et de la culture propre au pays. Cela fait dire au maître indien swami Prajnanpad : « Vos pensées sont des citations, vos émotions sont des imitations, vos actions sont des caricatures. » Et si nous pensons que cela concerne les autres, c’est que le chemin, pour nous, n’a pas commencé. En revanche, la conscience impersonnelle « Je Suis », est goûtée en tant que conscience-présence, non consciente d’Elle-même en tant que je suis ceci/cela, vide de références identitaires, sans aucune appropriation, et pour cette raison intensément aimante et présente au réel et à ses manifestations. Elle s’exprime ainsi à travers St. Jean de la Croix : « Vous direz que vraiment je me suis perdue. Qu’éprise d’un Amour ardent, je me trouvais en me perdant.

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Après cet éveil ordinaire, même si cet état n’est pas stabilisé, nous nous ressentons comme « espace » en lequel se déploie le manifesté sous la forme de l’individu que nous sommes, et sous la forme du monde. Nous assistons à l’apparition et à la disparition constante du vu, perçu, conceptualisé, de nos identifications (apparition et disparition du spectateur scotché au film et identifié au premier rôle). Nous commençons à devenir une personne, dans les deux sens de ce terme : être sans moi (je ne suis personne) et per sonare (sonner à travers). Il est alors clairement perçu que la réalisation de cette conscience impersonnelle totalement accomplie laissera l’incarnation vide de moi et libre de résonner du Divin.

François Malespine dans Mal d’ego, Bonheur d’être : Petit livre sur l’éveil ordinaire

Une pièce musicale de Nobody Knows The Trouble I’ve Seen