Pérégrinations

L’interstice entre les pensées – comme entre les respirations ou les humeurs – nous permet d’entr’apercevoir l’esprit nu, l’esprit qui n’est pas obscurci par des idées préconçues et des modèles de la mémoire. C’est cet éclat nouveau qui nous surprend et nous fait accéder à l’Éveil, qui nous rappelle que les nuages ne sont que des soucis superficiels et temporaires et que le soleil brille que nous le voyions ou non. Prendre note de cet interstice nous fait découvrir un esprit qui ne cherche pas à s’accrocher à une histoire de perte ou d’amour, à une étiquette de gloire ou d’infamie, ou à une maison, une personne, un animal familier. C’est l’esprit affranchi des fausses perceptions qui nous enferment dans des cycles répétitifs.

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Nous aimer en dépit de toutes les raisons de nous détester. Nous ne sommes pas parfaits, un être parfait n’est qu’un fantasme, la réalité est autrement plus subtile, mouvante, vivante. S’aimer soi-même, sans vanité, sans forfanterie, ou plutôt aimer l’être vivant, aimer la vie, s’aimer comme un don ou une grâce, comme le numéro chanceux sorti de la loterie de la chimie et de la biologie.

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En nous comparant, nous sommes à côté de nous-mêmes.

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D’ailleurs, il est impossible pour l’homme d’accomplir quoi que ce soit s’il ne part pas de ce qu’il est.

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Une métaphore souvent utilisée dans la voie bouddhiste est celle de nager à contre-courant. Cela fait référence à l’aspect de toutes les formes d’entraînement de l’esprit qui vont à contre-courant des tendances habituelles. Questionner et investiguer la réalité consensuelle va à contre-courant des normes sociales. Dans une société bruyante et matérialiste, s’asseoir et rester immobile et silencieux est une activité qui va à rebours. Consacrer ne serait-ce qu’une heure par jour à devenir personne alors que nous pourrions être dans le monde à devenir quelqu’un va à l’inverse des objectifs considérés comme socialement gratifiants. Aspirer à ce que tous les êtres sensibles aient le bonheur et soient libérés de la souffrance va à contre-courant des préoccupations égocentriques.

Lorsque nous adoptons un regard large à contre-courant, nous pouvons voir que le sens est beaucoup plus profond que l’étiquetage d’une catégorie d’exercices discrets. Cela peut devenir un principe fondamental pour guider les situations de la vie quotidienne. Il peut être utilisé pour dissoudre des schémas comportementaux insensées et pour nous réveiller de nos habitudes de somnambulisme.

Mingyour Rinpoché (1975- ) est un moine bouddhiste tibétain, 7e représentant de la lignée de réincarnation de Yongey Mingyour Dorjé.

Yongey Mingyour dans Pour l’amour du Monde : Les pérégrinations d’un moine bouddhiste

Une pièce musicale de Raphael & Shakya · Jai Uttal – Morning Grace