J’ai chéri ce monde

J’ai chéri ce monde

Et l’ai entouré comme une vrille végétale avec chaque fibre de mon être !

La lumière et le ténèbre de la lune mêlée au soir

Ont flotté parmi ma conscience, en elle se sont fondues,

Tant qu’à la fin ma vie et l’univers

Sont un !

J’aime la lumière du monde, j’aime la vie en elle-même.

Pourtant ce n’est pas une moindre vérité que je dois mourir.

Mes mots, ils cesseront un jour de fleurir parmi l’espace ;

Mes yeux, jamais ils ne pourront plus se livrer à la lumière ;

Mes oreilles s’entendront plus les messages mystérieux de la nuit,

Et mon cœur

Il ne viendra plus en hâte au fougueux appel du soleil levant !

Il faudra que je prenne fin

Avec mon dernier regard,

Avec ma dernière parole !

Ainsi le désir de vivre est une grande vérité,

Et l’adieu absolu, une autre grande vérité.

Pourtant doit se produire entre eux une harmonie !

Sinon la création

N’aurait pu supporter si longtemps souriante

L’énormité de la fraude !fleur

Sinon la lumière aurait déjà noirci, comme la fleur dévorée par le ver !

Rabindranàth Thakur, dit Tagore (1861-1941) est poète, romancier, dramaturge et philosophe de langues bengali et anglaise. Mais il est aussi peintre et compositeur.

Rabindranath Tagore dans Cygne

Une pièce musicale de Lévon Minassian (Duduk) –  » They Have Taken the One I Love « 

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