
Parfois, nous entendons des penseurs affirmer que tout est conscience. La conscience serait-elle l’un des fondements de la réalité ? C’est une question qui préoccupe aujourd’hui aussi bien la philosophie de l’esprit que la physique fondamentale, et elle est loin d’être réglée. Différentes représentations de la conscience existent.
Le physicalisme tient la conscience pour un produit tardif et dérivé de la matière, c’est-à-dire que là où il y a suffisamment de complexité neuronale, l’expérience subjective émerge. Actuellement la science peut décrire toute la mécanique sans jamais être capable d’expliquer qu’il existe un point de vue depuis l’intérieur. On est capable de voir l’activité neuronale lorsqu’une personne pense, mais on ne peut expliquer comment. C’est cet enjeu qui garde la question ouverte, à savoir la conscience est-elle dérivé de la matière, ou si elle est un ingrédient de base du réel.
Le panpsychisme, dans sa version contemporaine (Chalmers, Goff, mais avec des sources chez Spinoza et Leibniz), propose que des formes rudimentaires d’expérience soient présentes à même les constituants fondamentaux de la matière, non pas que l’électron « pense », mais qu’il possède une forme minimale de qualité expérientielle, et que la conscience humaine soit une combinaison complexe de ces micro-expériences. Toutefois, on ne peut pas expliquer comment des milliards de micro-expériences s’assemblent-elles en une seule conscience unifiée, la mienne, plutôt qu’en une cacophonie de fragments ?
Le physicalisme non-réductif ou émergentiste défend que la conscience soit fondée entièrement sur la matière, mais qu’elle constitue un niveau d’organisation véritablement nouveau, comme la liquidité n’existe pas dans une seule molécule d’eau, mais émerge de leur agencement. Cette position laisse ouverte la question du comment la conscience émerge.
L’idéalisme, dans sa version analytique récente (Kastrup notamment, mais héritier direct de Berkeley et, dans un tout autre registre, du Vedānta advaita), inverse complètement la perspective, ce n’est pas la conscience qui émerge de la matière, c’est la matière qui apparaît dans et à partir de la conscience, le monde physique serait la manière dont un champ de conscience unique se manifeste à lui-même sous forme d’expérience partagée. Pour rappel le Vedānta advaita affirme depuis des siècles que le Brahman, réalité ultime, de nature consciente, est le fondement dont le monde phénoménal n’est qu’une apparence (māyā), une position presque identique, structurellement, à l’idéalisme analytique contemporain, mais atteinte par la voie contemplative plutôt qu’argumentative. Le bouddhisme Yogācāra tient une position voisine avec sa doctrine du « rien que conscience » (vijñaptimātra). Demeure toutefois le défi d’expliquer pourquoi le monde nous paraît si obstinément physique, régulier, indépendant de l’observateur.
Certaines interprétations de la mécanique quantique suggèrent que l’observateur conscient jouerait un rôle constitutif dans l’actualisation du réel. Il faut ici une grande prudence, la majorité des physiciens jugent que cette position surinterprète le formalisme, et des interprétations comme celle d’Everett avec les mondes multiples ou de Bohm n’accordent aucun rôle spécial à la conscience.
Aucune des positions n’est aujourd’hui démontrée, ni même clairement favorite dans la communauté des personnes qui travaillent cette question.
Sans pouvoir expliquer d’où elle vient, on doit reconnaître que c’est une des bases de notre capacité d’adaptation dans ce monde et de notre qualité de vie.
Une chanson de Pixies interprétée par Yoav – Where is my mind
Les paroles sur https://www.lacoccinelle.net/243063-pixies-where-is-my-mind.html
Par Daniel Jean dans Voies (x) de passage
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