La souplesse du dragon   Leave a comment

Bonheur bleu

Les caractères n’ont pas de sens, ils ont une surface. N’étant pas enfermés dans un carcan grammatical, ils jouissent d’une souplesse d’interprétation dont rêveraient les mots de toutes les autres langues.

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Les mots sont les outils avec lesquels on pense, et l’on pense différemment selon qu’on écrit avec des mots formés de signes dénués de sens et placés les uns à la suite des autres (les lettres) ou avec des idéogrammes constitués de dessins schématiques disposés de façon à tenir chacun dans un espace identique.

Le raisonnement analytique, ce fondement de la vertu occidentale qui nous a donné la science et la philosophie, doit beaucoup à notre façon d’écrire. Il nous semble évident que tout le réel, les objets physiques, le corps humain, le fonctionnement des entreprises, puisse être ramené à un nombre restreint de composants élémentaires pour être analysés, puisqu’il en est ainsi de tous les mots avec lesquels nous pensons.

Rien de tel en chinois. On l’a vu, on ne peut pas épeler un idéogramme, c’est un tout, un agrégat dont la constitution est souvent rétive à notre forme usuelle d’analyse.

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Les Chinois n’ont pas de prénom, ils ont un « post-nom ». Or la manière dont on énonce sa propre individualité n’est pas un acte anodin, mais un signe culturel profondément emblématique des choix d’une civilisation. Dans le monde indo-européen, chacun se désigne d’abord par son prénom suivi de son nom de famille, marquant ainsi le primat culturel de l’individu sur l’appartenance familiale. En Chine la perspective est différente. Lorsqu’on décline son identité, on commence toujours par indiquer le nom de son clan suivi de son appellation individuelle.

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Feindre d’ignorer, ne pas souligner les fautes ou les défaillances d’autrui, c’est rendre la vie plus facile à soi-même et aux autres.

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Dans la Chine antique, l’inventeur n’est pas forcément bien vu, parce que la nouveauté qu’il apporte remet en question l’harmonie préétablie. Aussi les découvreurs chinois ont-ils pris l’habitude de se protéger en attribuant leurs inventions à quelques personnages légendaires.

Cyrille J.-D. Javary dans La souplesse du dragon : Les fondamentaux de la culture chinoise

Une pièce musicale d’Eric Aron – Suzhou

Publié 16 avril 2018 par dandanjean dans Pauses lectures

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