Lettre à un Inuit de 2022

INUSKSHUK

Je commençais ainsi à découvrir ce qu’ultérieurement, avec mon ami Claude Lévi-Strauss, nous avons appelé la « pensée sauvage ». Cette intelligence est une mémoire sans cesse ravivée par l’enseignement des mythes, dicté le soir par la mère, devant moi, aux jeunes qui l’entourent, mais aussi un chuchotement des pierres, un bruissement.

Si le “shaman” veut vivre sa force de médium, alors il s’assied sur certaines roches soigneusement choisies. Après une ascèse alimentaire, sexuelle, et une intériorisation intense, il sent monter en lui des fulgurances qui peuvent dans une séance chamanique se traduire par des transes et même des visions.

Le chaman, la pierre dans sa main, interprète alors les sons, qu’il traduit comme une langue inconnue de l’au-delà ; un message personnel lui est transmis de très très loin. Ils ont été frappés par mon souci de mieux comprendre la qualité des roches selon leur forme, leur dimension et, je dirais, leur densité.

Ma volonté d’être précis me conduit à mesurer le même échantillon à plusieurs reprises, et cela les frappe en ma faveur — « Cet homme, décidément, est sérieux dans cette lecture qui paraît très difficile. C’est un chaman de la pierre. » S’ils me suivent, c’est qu’ils veulent eux aussi écouter et apprendre : « celui qui parle avec les pierres », tel est le surnom que m’a donné le grand chaman Uutaaq.

Jean Malaurie dans Lettre à un Inuit de 2022

Une pièce musicale de Elisapie – Arnaq

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